Les plans sociaux de grande ampleur font souvent la une des journaux, les obligations auxquelles sont soumises les entreprises à l'origine de ces restructurations, un peu moins. Et pourtant, depuis 2005, ces dernières ont l'obligation de compenser les emplois qu'elles ont détruits afin de revitaliser le territoire qu'elles ont fragilisé (cf. interview ci-dessous). Dans ce cadre, différents dispositifs sont mis en place qui sont autant d'opportunités à saisir pour les entreprises locales.
Des aides financières Freescale, qui aura licencié 1.100 personnes à fin 2011, vient de lancer, en partenariat avec le cabinet Semaphores, un appel à projets innovants. Les PME, TPE et entreprises des ex-salariés Freescale ayant un projet de création d'emplois en CDI peuvent bénéficier de prêts participatifs (de 5.000 à 8.000€ par emploi prévu sur trois ans) ou de subventions (1.000 à 1.500€) pour l'embauche de salariés seniors. Les sociétés, implantées sur le territoire du Grand Toulouse et du Sicoval et évoluant dans des secteurs d'activité à fort contenu innovant (électronique, systèmes embarqués, TIC, biotechnologies, etc), sont particulièrement concernées. «Nous rencontrons les entreprises et instruisons leur plan d'affaires. Nous gérons ensuite le versement et le recouvrement des prêts», explique Dominique Valentin, directeur de Sémaphores Sud-Ouest. Si le fonds Freescale / Sémaphores vient d'être créé, il en existe d'autres en région. Parmi eux: le fonds de reconversion Alcan-Rio Tinto (cf. témoignages ci-contre) dont la gestion a été confiée au comité départemental de développement économique (CDDE) des Hautes-Pyrénées. À noter que cette structure prend déjà en charge des outils financiers comme Bigorre Initiative. «Les premiers prêts ont été réalisés en juillet1995. À ce jour, plus de 80 prêts ont été octroyés», explique Jean-Philippe Baklouti, directeur du CDDE 65. Il précise que les éléments d'appréciation pour l'obtention d'un prêt sont la création de valeur et/ou d'emploi sur le territoire.
Un vivier de compétences
Si Intel a hésité entre la Chine, l'Inde et Toulouse, le groupe américain a fait le choix des compétences présentes en région et surtout reconnues par l'un de ses partenaires, Nokia. «Ce qui est développé à Toulouse (des couches logicielles, ndlr) ne l'est nulle part ailleurs», précisait Stéphane Nègre, président d'Intel France en mai2010. Intel a ainsi repris une cinquantaine de salariés de chez Freescale afin de se développer sur de nouveaux marchés comme celui des terminaux Internet mobile. Pour Marc Laisné, président de VM Industries, qui s'est porté acquéreur des outils de production et du site industriel de Molex, les anciens salariés on compté dans la renaissance du site un an après. «C'est l'ensemble du projet qui m'a intéressé. J'ai en effet pu bénéficier de fonds (via HIG Capital, ndlr), d'équipements, de contrats de fournitures et bien sûr des anciens employés, qui ont une connaissance poussée des métiers et du site», précise-t-il.
Un tremplin pour la création
«Nous avons aidé de nombreux salariés qui souhaitaient créer leur entreprise et concrètement, nous avons accompagné jusqu'au bout 44 ex-salariés à déposer leur dossier de création d'entreprise. On peut estimer qu'ils ont créé une centaine d'emplois y compris le leur», raconte Patrick Roux, directeur des ressources humaines Europe du Sud de Freescale. Parmi ces salariés qui ont fait le choix de rebondir en créant leur entreprise: Emmanuel Sicard. Responsable intégration logiciels, il aurait pu être repris par Intel mais a préféré créer MH Comm. Son idée: développer une solution basée sur la téléphonie mobile pour l'hospitalisation à domicile. Afin de s'entourer de compétences pointues, il est allé chercher des ingénieurs Freescale. Il en a convaincu quatre de le rejoindre et de devenir actionnaires de la société. Ils ont chacun bénéficié d'une aide de 12.000€ à la création. De plus, deux ingénieurs ont également eu une aide à la formation (14.000€ par personne). «Nous sommes hébergés sur le site pour une durée de neuf mois c'est-à-dire jusqu'à fin avril. Nous aurions bien aimé rester plus longtemps dans ces conditions. En effet, en plus de l'hébergement, nous bénéficions de nombreux services (ménage, téléphone, ndlr)», explique Olivier Galy, directeur général de MH Comm, seul de l'équipe à ne pas être issu de Freescale. Et ils comptent bientôt déposer un dossier pour demander un prêt participatif au fonds Freescale / Sémaphores.
Ces dernières années, Midi-Pyrénées a perdu des milliers d'emplois industriels suite à des licenciements collectifs opérés par de grands groupes. Contraints par l'État à les compenser, ils mettent en place divers dispositifs susceptibles d'intéresser les PME.