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Quand les jeunes volontaires internationaux boostent l’export des entreprises
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Quand les jeunes volontaires internationaux boostent l’export des entreprises

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La région Pays de la Loire vient de lancer la première édition des V.I.E Export Day. Plus d’une centaine d’entreprises, de la PME aux grands groupes, sont venues défendre l’intérêt du dispositif des Volontaires Internationaux en Entreprise. Ce dernier permet de partir à la conquête de marchés à l’international. Véritable tremplin à l’export, il connaît un succès grandissant.

Lors de la première édition du V.I.E Export Day, la Région Pays de la Loire a réuni plus de 100 entreprises et 150 jeunes — Photo : David Pouilloux

C’est assez étonnant de voir qu’un dispositif plutôt situé dans l’ombre des sujets économiques traités suscite autant d’enthousiasme auprès d’un panel aussi large d’entreprises de notre territoire. Inaugurant sa première édition de son V.I.E Export Day, la région Pays de la Loire avait convié une centaine d’entreprises ligériennes, la Team France Export au complet ainsi que 150 jeunes à une journée entièrement dédiée aux Volontaires Internationaux en Entreprise (V.I.E). Intégrant ce dispositif dans sa stratégie de son soutien à l’export, la Région Pays de la Loire finance 50 % des indemnités d’un V.I.E "Pour nos entreprises ligériennes, il y a des gains de croissance à aller chercher à l’international, déclare Christelle Morançais, présidente de la région. Nos jeunes talents, nos V.I.E, sont une formidable vitrine pour les entreprises de nos territoires."

2 400 candidats au V.I.E dans la région

Christophe Monnier, directeur V.I.E Business France. L’agence de développement à l’international salarie tous les V.I.E et les accompagne pour des contrats de 1 à 2 ans. La Région Pays de la Loire finance 50 % des indemnités des V.I.E — Photo : David Pouilloux

Une vitrine encore peu présente dans nos pages économiques, mais qui connaît pourtant un succès retentissant depuis quelques années. "Nous n’avons jamais eu autant de V.I.E en entreprises, souligne Christophe Monnier, directeur V.I.E, au sein de Business France. Plus de 11 000 sont en poste à l’étranger, contre 7 000 voilà cinq ans. Ils sont dans 120 pays, aujourd’hui." Sur le plan régional, 600 jeunes ligériens connaissent les joies du travail à l’export, et près de 2 400 sont candidats aux V.I.E "Ils sont 50 000 au niveau national à être inscrits sur notre Job Board, la plateforme de Business France qui enregistre leur candidature, précise Christophe Monnier. Il y a un engouement, mais ce dispositif national, porté par l’État, reste encore peu connu des entreprises, alors qu’il est incroyablement efficace. Il mérite d’être mis en lumière."

Soutenus par la région, intégrés aux entreprises, les jeunes sont néanmoins salariés de Business France, l’agence française pour le développement international des entreprises. "Chaque mois, 450 jeunes partent en V.I.E, précise Isabelle N’Guyen, cheffe de service accompagnement et suivi des V.I.E au sein de business France. Ce chiffre monte à mille durant les mois d’été. Sur les 2 000 entreprises qui ont des V.I.E, 75 % sont des PME et des ETI."

"Il n’y a pas de taille critique d’entreprise pour aller à l’international, estime Jean-François Reynouard, président de la CCI Pays de la Loire. Le V.I.E est un excellent moyen de mettre un premier pied à l’export, de tester un marché et de trouver des relais de croissance." Depuis que le dispositif a été mis en place en mars 2000, plus de 100 000 jeunes sont partis en V.I.E, prévient Henri Baïssas, Directeur général délégué Réseau France de Business France. Ils sont les têtes de pont du développement à l’international de nos entreprises."

Les bénéfices pour les deux parties, les entreprises d’un côté et les jeunes de l’autre, semblent pléthoriques. "Un V.I.E sert à capter des clients à l’export que l’on n’aurait pas eu autrement, explique Olivier Seine, dirigeant de Pepper Bay, une PME du secteur informatique, implanté à Basse-Goulaine en Loire-Atlantique. Notre V.I.E, installée au Sénégal, est allée chercher des clients dans l’industrie, alors que l’on n’avait pas prospecté ce secteur d’activité. Cela a représenté un nouveau levier de développement pour nous. Par ailleurs, notre V.I.E porte l’image de l’entreprise."

Compétences, responsabilité, autonomie

150 jeunes sont venus à la première édition des V.I.E Export Day de la région Pays de la Loire, début décembre 2023 — Photo : ©rpdl

Pour Sébastien Pierre, directeur général de Sérac (700 salariés, 62 M€ de CA), basé au Mans, l’expérience du V.I.E est une expérience culturelle et professionnelle extraordinaire pour le jeune, et un atout pour l’entreprise. "J’ai été moi-même V.I.E, au Brésil, je devais y rester un an, je suis resté 13 ans, confie Sébastien Pierre. Aujourd’hui, en tant que dirigeant, j’estime que le V.I.E est une excellente façon de recruter de jeunes talents, qui apportent une autre vision du monde, de nouvelles idées, au sein du groupe." Christophe Monnier confirme cet aspect : "Ces jeunes sont un atout pour développer les entreprises. Ils apportent de nouvelles compétences, et vont aider à la transformer, à relever les nouveaux défis, comme la transition écologique."

Parmi les partenaires de la Team France Export, on compte les CCIR, les Chambres de commerce et d’industrie régionales. "Une entreprise va confier à un V.I.E beaucoup plus de responsabilité qu’à un autre jeune salarié en France, explique Florence Crossay, coordinatrice Pays de la Loire et responsable activité conseil international, au sein de la CCI Pays de la Loire. Il va apprendre à se débrouiller seul et à trouver des ressources autour de lui. Il engrange une maturité professionnelle et une autonomie très rapidement."

Décalage horaire et "time zone"

Responsabilisé, le jeune se sent ainsi valorisé, mais il ne doit pas être lâché dans la nature. "Le suivi managérial est important, en particulier pour la suite, relève Sabine Kopp, consultante RH au sein de Business France. Les jeunes volontaires sont loin géographiquement, mais ils doivent être proches de la vie de l’entreprise. Il est important de bien les former au départ et de nouer des relations fortes avec eux. Le V.I.E est un tremplin pour recruter les jeunes, la moitié d’entre eux restent dans l’entreprise après cette expérience."

Olivier Seine, dirigeant de Pepper Bay, abonde : "Il faut aider son V.I.E à s’installer sur place, régler les problèmes administratifs, l’accompagner lors de ses premiers rendez-vous. J’ai passé les 15 premiers jours avec notre V.I.E à Dakar."

Le décalage horaire est également à prendre en compte, pas seulement pour le choix de l’heure des réunions. "D’un point de vue opérationnel, on raisonne en termes de "time zone", c’est-à-dire que discuter depuis la France avec un client à l’autre bout de la planète ce n’est pas facile, rapporte Matthieu Blandin, directeur de la stratégie d’Akrocéan, PME basée à Guérande (Loire-Atlantique) et experte des mesures de l’environnement marin, en plein développement au Vietnam et aux États-Unis. L’avantage d’avoir des V.I.E, c’est qu’il va couvrir une zone géographique sans décalage horaire avec nos clients à l’étranger. Cela apporte aussi une meilleure réactivité au marché."

Mais Matthieu Blandin alerte sur un point : "Avant de proposer un V.I.E, on prend le jeune en stage six mois, puis on l’engage en CDD six mois, en lui demandant au départ si un V.I.E l’intéresserait. On tient à recruter des jeunes qui se projettent dans le développement de l’entreprise."

Proximité avec les clients à l’étranger

Guillaume Bouchet, group talent manager, au sein du groupe Lactalis. Le géant des produits laitiers recrute 15 à 20 V.I.E par an — Photo : David Pouilloux

François Blua, directeur général de Biodevas, est un ancien V.I.E. Il dirige cette PME de la Sarthe qui fabrique de produits naturels pour la nutrition animale et le traitement des cultures. "Le V.I.E est intégré à notre stratégie d’entreprise. Il nous permet d’avoir une proximité avec nos clients, à l’étranger. C’est un vrai levier de croissance pour nous. Ce dispositif nous a permis d’être présents aujourd’hui dans 28 pays et d’avoir désormais 50 % de notre chiffre d’affaires à l’export."

Les PME et les ETI ne sont pas les seules à s’intéresser à ces profils capables d’acquérir une expérience irremplaçable à l’étranger. Les grands comptes sont aussi de la partie, en captant près de 65 % des effectifs des V.I.E. Parmi eux, le numéro Un mondial des produits laitiers, Lactalis, basé à Laval (en Mayenne). "Depuis plus de 20 ans, dès le lancement de ce dispositif, nous avons adopté cette formule, rapporte Guillaume Bouchet, responsable talent au sein du groupe Lactalis (30 milliards d’euros de CA, 80 000 salariés). Nous avons accueilli environ 250 V.I.E depuis sa création. Actuellement, nous avons une vingtaine de jeunes qui sont dans 12 pays à travers le monde, et l’on en recrute 15 à 20 chaque année."

Pourquoi un groupe international, avec une marque employeur aussi puissante, passe-t-il par le V.I.E ? "Cela fait pleinement partie de notre stratégie de recrutement, précise Guillaume Bouchet. Ce dispositif nous permet d’être attractifs auprès de jeunes diplômés qui veulent vivre une expérience à l’international. Et, en interne, cela nous offre la possibilité, auprès de nos jeunes stagiaires, de nos alternants, de leur donner des perspectives internationales dans leur début de carrières."

On l’aura saisi, essayer le V.I.E, ça peut changer la vie.

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