Quel scénario pour le Nord - Pas-de-Calais en 2020? C'est la question posée par le Crédit Agricole Nord de France, à l'origine d'une réflexion commune intitulée «Ambition 20/20», sur le devenir de l'économie régionale. Sondage à l'appui (réalisé par MédiaNord), on apprend que 63% des Nordistes estiment que la région a des atouts pour concurrencer les grandes métropoles européennes. Mais en face, trois habitants sur quatre estiment aussi que le chômage régional va encore augmenter. Atouts, mais aussi faiblesses sont connus de tous et ont été déjà maintes fois répétés. Du passé, table rase? Pas exactement. «Nous ne sommes plus protégés par notre passé», martèle Jean-Paul Delevoye, ancien médiateur de la République et actuel président du Conseil économique, social et environnemental. Pour ce grand témoin invité par la banque verte à s'exprimer, la région a «une capacité d'anticipation». Et l'élu de préférer le terme «métamorphose» à celui de crise pour qualifier l'état de nos territoires.
«Métamorphose» Illustration de cette métamorphose, le groupe Roquette sort de l'ombre: «On ne peut plus faire seul, il faut faire ensemble», confie son leader, Marc Roquette au «collaboratif externe très fructifère», malgré la crainte de fuites technologiques. Roquette prépare les matériaux du futur: nos hublots de machine à laver et nos écrans en dérivés du sorbitol, nos nutriments en micro-algues... Pour construire la région de demain, il faudra aussi s'appuyer sur ses leaders mondiaux, nombreux et souvent méconnus aussi, qui entraînent les PME dans leur sillage. La région n'a «jamais eu autant de projets de R & D que depuis l'an passé» (211), note l'élu régional Pierre de Saintignon, heureux de «récolter enfin les fruits de vingt ans d'efforts». L'intelligence collective qui sort la région du lot reste encore à affirmer. Tout comme les pôles d'excellences, clusters et nouvelles filières (telle la santé) à construire. Les Nordistes eux-mêmes les connaissent peu. Pas étonnant alors que ces atouts ne sont pas non plus identifiés au plan national (l'Ifop l'a mesuré). Nommé récemment à la direction générale du Crédit Agricole, François Macé se dit étonné par cette «terre de contrastes», surpris encore par la vision de ses habitants, très axée sur le passé, postindustrielle et de souffrance. «Nous avons l'histoire, l'expérience et les hommes», préfère-t-il souligner. Le visage est encore flou, mais se dessine.
Géry Bertrande
Un récent sondage régional montre que 63% des Nordistes estiment que la région a des atouts pour concurrencer les grandes métropoles européennes. L'avenir est tracé.