Procès AZF : Le doute subsiste
# Conjoncture

Procès AZF : Le doute subsiste

Justice Après quatre mois et demi d'audience, on reste sur un sentiment mitigé car aucun élément nouveau n'a été trouvé. La Cour rendra sa décision le 24 septembre.

«On part de la conclusion, la piste accidentelle, pour trouver coûte que coûte des indices qui collent à cette réalité. Ce n'est guère satisfaisant et les doutes sont toujours là.» Jean-Pierre résume un sentiment partagé par de nombreux participants au procès en appel d'AZF, en quête de vérité. Car chacun espérait qu'il se passe quelque chose qui accrédite à coup sûr telle ou telle thèse. Un oubli dans le premier procès, un témoin capital qui apporterait un éclairage nouveau, qui sait? Mais après de très longs débats, rien n'a permis de s'orienter vers un début de preuve matérielle. On a pourtant tout épluché. Les experts, à grand renfort de Power Point, n'ont abouti qu'à la contestation mutuelle de leurs travaux. Et ce que l'on retient des expériences de reproduction de l'explosion, c'est qu'il a fallu 24 tirs pour arriver à ce que cela détone et qu'on s'est arrêté là. Pas de tir 25 pour confirmer! On reste perplexe face à cette évidence: les scientifiques n'ont rien pu prouver.




Des zones d'ombre

On a revisité la piste intentionnelle mais le juge anti-terroriste Bruguière n'a pu que dénoncer les trous de l'enquête: «Tout n'a pas été mis en place pour analyser la piste terroriste». Si les victimes ont pu s'exprimer à la satisfaction de Gérard Ratier, président des Familles endeuillées,- «On nous a redonné la parole»-, il reste des zones d'ombre: des enquêtes incomplètes, une commission interne pas assez coopérative, des experts judiciaires qui se trompent, un supplément d'information toujours refusé pourquoi?... Et cette absence de preuve de toute trace de DCCNa, le produit chloré dont le mélange avec le nitrate d'ammonium serait la cause du sinistre... Ce procès hors norme méritait plus de précisions. Et plus de sérénité. Car l'incident ultime qui a opposé la Cour à la défense- le conseiller Michel Huyette aurait commis un geste déplacé intimant à la défense de se taire- a plombé la fin des débats posant la question de l'impartialité des juges. Dans leur réquisitoire Pierre Bernard et Lionel Chassin ont écarté la responsabilité de Total et de Thierry Desmarest «Grande Paroisse étant indépendante» et réclamé 225.000€ d'amende pour Grande Paroisse, 18mois de prison assortis de sursis simple et 15.000€ d'amende pour Serge Biechlin. L'avocat général Pierre Bernard pointant les négligences, a estimé qu'elles avaient «un lien certain avec l'aggravation du sinistre» et que «le droit permettait de s'appuyer sur un faisceau d'indices établissant une causalité par défaut». Parties civiles et défense sont restées sur leurs positions, les unes demandant la condamnation des prévenus, l'autre martelant l'absence de toute preuve d'élément matériel. L'arrêt de la Cour qui confirmera ou infirmera la relaxe de la première instance risque donc d'entraîner les mêmes incompréhensions car la vérité judiciaire ne saurait représenter la Vérité tant espérée.

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