Privatisation de l'aéroport de Nice : L'Etat est-il trop gourmand ?

Privatisation de l'aéroport de Nice : L'Etat est-il trop gourmand ?

L'Etat en voudrait-il trop ? C'est, selon nos informations, l'avis des prétendants au rachat des parts détenues par l'Etat dans la société de gestion de l'aéroport de Nice. Ces derniers en proposeraient moins d'un milliard d'euros, alors que les estimations oscillent entre 1,2 et 1,8 milliards d'euros. Explications.

800 millions d'euros. C'est peu ou prou la somme proposée par les consortiums candidats pour racheter les 60% des parts détenues par l'Etat dans la société Aéroports de la Côte d'Azur (ACA). Des propositions jugées trop basses par l'APE (Agence des Participations de l'Etat) qui, selon nos informations, aurait demandé la semaine dernière aux prétendants de faire un effort. Bref, la copie est à revoir. Et à la hausse, SVP !

On est en effet loin des estimations qui évaluaient la valorisation des parts de l'Etat entre 1,2 et 1,8 milliard d'euros. Comment ? Par un savant calcul qui consiste, en gros, à multiplier l'Ebitda par le coefficient 16, communément appliqué pour ce type d'opération. C'est d'ailleurs ce qu'avait proposé ADP et Vinci pour le rachat des parts de l'Etat dans l'aéroport de Toulouse, remporté par les Chinois avec un coefficient 18. S'il n'est pas question d'aller jusqu'au coefficient 28 appliqué en 2006 pour la vente du London City Airport, l'Etat entend toutefois pousser la valorisation de l'aéroport de Nice et de ses 12 millions de passagers. Quitte à le surévaluer. C'est en tout cas ce que pensent les prétendants pour qui les précédents Toulouse et Londres fausseraient le raisonnement.

"Ce qu'un candidat achète, c'est un développement, or dans le cas de Nice, celui-ci s'avère limité", explique une source proche du dossier. Certes Nice et son positionnement international restent attractifs, mais difficile - voir "impossible" - d'imaginer la plateforme aéroportuaire doubler le nombre de ses passagers. "Atteindre 15 à 16 millions de passagers seraient déjà une très belle performance".

Coincé entre la Promenade des Anglais et la mer Méditerranée, l'aéroport de Nice manque de foncier pour envisager un développement exponentiel, là où l'aéroport de Lyon, lui aussi en cours de privatisation, dispose de 80 hectares pour dynamiser le trafic passager (8,5 millions actuellement) et le fret. S'ajoute à cela la problématique des riverains, l'aéroport étant situé en ville, celle du stockage du carburant ("limité à deux jours alors qu'il en faudrait l'équivalent de sept, ce qui supposerait de classer la Promenade en Seveso") et celle des investissements nécessaires pour moderniser les plateformes aéroportuaires de Cannes-Mandelieu et de Saint-Tropez dont ACA est également gestionnaire mais aussi pour "stabiliser durablement la plateforme niçoise".

Autant d'éléments qui, pour les candidats, une fois mis bout à bout, font baisser les offres. Celles-ci devraient donc atteindre, selon notre source, au maximum le milliard d'euros. Réponse attendue à la mi-juillet, date à laquelle le nom du candidat retenu sera dévoilé. Les offres fermes, elles, seront déposées avant la date limite du 4 juillet.