« Un jour, en 2015, je participais à un débat organisé par la CCI de Paris dont le thème était : l'école, l'entreprise et les jeunes, raconte Philippe Moulia, le dirigeant d'Eiffage construction Nord Aquitaine (450 salariés, 100 M€ de chiffre d'affaires), également président du Crepi (Clubs régionaux d'entreprises partenaires de l'insertion). C'est un thème qui me tient particulièrement à coeur. La France a un très bon système éducatif, de très bons professeurs et plein de jeunes formidables mais le monde de l'entreprise n'a pas une bonne image auprès d'eux. C'est pourquoi je suis partisan d'ouvrir les entreprises, de rétablir le dialogue entre l'école, les jeunes et l'entreprise. »
"Je vous prends au mot "
« Lors de ce débat, alors que je faisais face au directeur d'une grande école de commerce d'Ile de France et que nous évoquions notamment le niveau des salaires, je lui ai lancé : " Je serais ravi qu'une grande école de commerce comme la vôtre vienne dans une petite ville comme la mienne voir ce qui se passe dans mon entreprise. "À la fin de la journée, ce monsieur est venu me voir et m'a dit : " Je vous prends au mot. Vous avez raison, moi-même je ne suis jamais allé dans une entreprise. Seriez-vous d'accord pour recevoir quelques professeurs ?" J'étais surpris, comment un professeur peut-il enseigner le commerce ou l'entrepreneuriat si lui-même n'a jamais mis les pieds dans une entreprise ? J'ai dit banco, et un mois plus tard j'ai accueilli ici à Bordeaux une dizaine de profs volontaires pour tenter l'expérience. Je leur ai dit : je n'ai rien à cacher. C'est " open bar ". Vous pouvez poser toutes les questions, consulter ce que vous voulez. »
Un choc pour les enseignants
« Comme nos discussions avaient porté sur le niveau des rémunérations, ils ont tous souhaité aller au service du personnel et consulter les fiches de salaires ! Ca a été un grand choc pour eux je crois, car ils se sont rendu compte que leur discours ne correspondait pas à la réalité. Beaucoup de leurs jeunes diplômés arrivent devant moi lors d'entretiens d'embauche avec des idées reçues concernant le niveau de rémunération. Ils me disent : "j'ai tel diplôme, on m'a dit que je vaux tant". Mais la réalité est toute autre. Ces professeurs apprennent à leurs jeunes à raisonner en terme de diplôme. Moi je leur dis : ne mettez pas en face d'un diplôme un salaire, mettez un métier. Arrêtez de faire espérer des choses qui ne sont pas réelles car après ces jeunes se prennent le mur. Et cela participe à la mauvaise image du monde de l'entreprise chez ces jeunes. »
Échanges très positifs
« Il faut réconcilier l'école et l'entreprise et je pense même que cela se joue bien avant les études supérieures, c'est dès la troisième et le stage de découverte. Au final, ces quelques professeurs volontaires ont été tellement enthousiasmés de cette rencontre qu'ils ont demandé à revenir. Nous avons déjà organisé une deuxième rencontre et nous allons sans doute pérenniser ces échanges qui sont très positifs pour les deux parties. »