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Port de Rouen : L'année de tous les records
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Port de Rouen : L'année de tous les records

En progression de 14,5% sur un an, tous trafics confondus, le port de Rouen franchit pour la première fois le cap des 30millions de tonnes. Trafic emblématique du port, les céréales à l'export affichent une progression historique de +31%.

«Historique!» C'est probablement le qualificatif le plus entendu à l'occasion de la présentation des résultats 2010 du Grand Port Maritime de Rouen (GPMR). Un terme approprié, et cela bien au-delà de la symbolique des records. Avec une progression globale de ses trafics de +14,5% sur un an, le GPMR réalise la meilleure performance de l'année en comparaison de ses homologues nationaux, mais cumule surtout pour la seconde année consécutive des résultats en progression, et cela «malgré la crise!», insiste le président du conseil de surveillance Alain Bréau.




Les céréales mais pas uniquement!

En 2009, déjà, Rouen avait su tirer son épingle du jeu avec une progression de ses trafics, certes plus modeste, de l'ordre de 2,8%, mais remarquable dans un paysage national marqué par une chute généralisée (-13,3% à Marseille et -8,4% auHavre, notamment). En 2010 la donne a changé pour beaucoup de ports français, malgré l'impact des mouvements sociaux de l'automne: Marseille, le 1er port en tonnages affiche 3,3% de progression, au même titre que Nantes-Saint-Nazaire (+4,6%) ou encore LaRochelle (+12,2%). Et même le voisin havrais, en recul de 5% (lire ci-dessous) voit des signes d'espoir dans la reprise de son trafic conteneurs. Mais les symboles comptent, Alain Bréau le sait bien et ne se lasse pas d'en jouer. Avec 32,2millions de tonnes cumulées sur le maritime et le fluvial en 2010, le GPMR renvoi aux oubliettes son précédent record datant de 1999 (24 Mt). Et si les céréales, une fois encore, se taillent la part du lion (+31% à 9 Mt), le port normand se défend de n'être qu'un port céréalier. «Les céréales? D'accord, mais nous mettons tout en oeuvre pour développer le reste», dit en substance le président du conseil de surveillance qui évoque les projets d'investissement du port tels que l'arasement des points hauts du chenal dont les premiers travaux devraient débuter au second semestre 2011. Le projet, destiné à accueillir «les navires des trente années qui viennent», explique le président du directoire du GPMR Philippe Deiss, est le principal élément de la stratégie de développement d'un port «qui n'a pas l'intention de s'arrêter là». «Un port qui fabrique ses propres trafics», explique Alain Bréau, aidé en cela «par une communauté portuaire qui va chercher ses succès»! Et des succès, en 2010, elle en a enregistré un certain nombre, symboliques eux aussi, tels l'arrivée de l'armateur Grimaldi sur sa ligne à destination de l'Afrique de l'Ouest ou encore l'accord de coopération signé entre le céréalier Senalia et le japonais Marubeni qui ouvre une porte aux exportations vers les marchés asiatiques.




L'arbre qui cache la forêt?

Mais tous ces bons résultats ne peuvent faire oublier la conjoncture et les mouvements sociaux dans les ports, sur fond de réforme des retraites mais surtout d'application de la réforme portuaire. Sur ce point, le transfert des outillages aux privés réalisé, reste à solder le volet social. La filiale chargée de la maintenance et dont le GPMR reste l'actionnaire majoritaire, a été créée et n'attend plus que «la finalisation d'un accord social global concernant une trentaine de personnes», précise Philippe Deiss. Du côté des grutiers la négociation en local est «faite à 95%», avance Alain Bréau qui regrette les difficultés des discussions au plan national «sur lesquelles nous n'avons pas de prise», insiste-t-il. À l'Union Portuaire Rouennaise, son président Philippe Dehays affiche, lui, clairement son ras-le-bol: «la situation sociale fatigue les armateurs. Nous en avons fait venir de nouveaux en 2011, mais il ne faut pas les décevoir». Un président de l'UPR amer, pour qui les mouvements sociaux de ce début d'année «sont la goutte d'eau qui fait déborder le vase!» Alors quand on évoque, une fois encore, la progression insolente des ports du Nord (+13% à Anvers, +11,1% à Rotterdam), loin devant la moyenne des ports français, le portuaire ne mâche pas ses mots: «Un Paris-Anvers coûte moins cher qu'un Paris-LeHavre! Nous sommes des ports chers et en plus nous ne sommes pas fiables», tranche Philippe Dehays. La réforme portuaire avait pour ambition de doper la compétitivité des ports français. Aujourd'hui, «pour un pas en avant, on fait deux pas en arrière», juge sévèrement le président de l'UPR qui craint qu'au bout du compte «on ne soit loin de regagner ce que l'on a perdu depuis deux ans. La confiance ne se regagnera pas comme cela».



Guillaume Ducable

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