Où sont les chefs d'entreprise? On serait tenté de se poser la question en observant notre paysage politique. Au conseil général de la Gironde, qui sera partiellement renouvelé en mars, on ne compte aucun dirigeant de PME parmi les 63 élus. On dénombre quatre patrons parmi les 85 élus du conseil régional et très peu de maires entrepreneurs. La situation est quelque peu différente à la mairie de Bordeaux, avec huit chefs d'entreprise parmi les 61 élus.
Cumul des agendas
Plusieurs raisons expliquent la faible représentation du monde patronal dans nos assemblées, le manque de temps étant la première raison invoquée. «C'est une vie de fou, admet René Laversanne, adjoint au maire de Pessac et dirigeant de Synéliance (9 salariés). Il faut jongler entre les rendez-vous». Pour Jean-Louis d'Anglade, maire sans étiquette d'Abzac (1.800 habitants) et premier employeur de la commune avec Abzac SA (600 salariés dont 100 dans sa ville), le problème de la représentation se situe en amont. «Encore faudrait-il que les partis nous fassent une place! Ceux qui font les listes ont une méfiance vis-à-vis du monde économique. L'entreprise est considérée comme congénitalement peu soucieuse de l'humain, alors qu'à l'inverse l'homme politique ne pense qu'à ça». Le potentiel électoral des chefs d'entreprise serait donc insuffisant. Mais comment changer l'image de l'entrepreneuriat sans prendre part au débat politique? «Pour faire bouger le train il faut monter dedans, répond Jean-Charles Palau, adjoint au maire de Bordeaux et président du groupe Palau (170 salariés). Il faut que les chefs d'entreprise se fassent une place et aussi éviter les chapelles».
Deux mondes qui se connaissent peu
Tous les patrons qui s'engagent en politique soulignent l'importance de leur investissement. «La fonction publique, très représentée en politique, et la sphère économique, sont deux mondes qui se connaissent peu, souligne René Laversanne. Et, il ne faut pas le nier, il existe un reliquat de vision manichéenne chez certains élus. Un véritable travail de pédagogie doit être réalisé car certains dogmatismes perdurent». Un propos que l'on ne peut taxer de partisan, René Laversanne ayant débuté sa carrière à l'Education nationale, puis au CNRS. Pour ce patron non encarté, mais élu au sein d'une majorité socialiste, le développement économique dans les collectivités n'est jamais aussi bien assuré que par les chefs d'entreprise. Pour Jean-Charles Palau, «il existe plein de talents chez les fonctionnaires. Mais s'il est un sujet qui ne hante pas leur quotidien, c'est celui de l'efficacité. Les fonctionnaires savent très bien faire les choses, en dehors du coût que cela représente. À l'inverse, pour un chef d'entreprise, la question du coût est centrale».
Patron bon gestionnaire
Un argument que Jean-Louis d'Anglade reprend à son compte: «Beaucoup d'élus considèrent les moyens de leur collectivité comme illimités, grâce aux impôts ou à la dette. Le chef d'entreprise peut apporter beaucoup grâce à sa politique de gestion». Qu'attendent donc les entrepreneurs pour défendre leur vision du développement économique et d'une gestion saine des deniers publics? René Laversanne répond par une autre question: «Le chef d'entreprise n'est-il pas un individualiste?». Il faut avoir la fibre, répond pour sa part Jean-Charles Bron, adjoint au maire de Bordeaux et dirigeant de Sud-Ouest radiologie (6 salariés). «L'engagement en politique est un sacrifice qu'il faut assumer. L'initiative, le risque et le travail sont des valeurs qui méritent d'être défendues. Je suis conscient que si j'avais consacré 100% de mon temps à ma société, elle aurait pu plus se développer. Mais les mandats locaux m'ont toujours attiré». Et le dirigeant d'ajouter: «Nos sommes trop peu de chefs d'entreprise à nous engager et notre discours, s'il est écouté, est trop peu entendu».
Pas de représailles des collectivités ou des clients
S'il faut sacrifier une partie de son temps, il ne faut pas aller jusqu'à craindre les représailles d'une appartenance partisane. Ainsi, l'entreprise d'Arnaud Tauzin, conseiller régional d'opposition, a bénéficié d'une subvention régionale en 2010. Et les patrons qui possèdent un mandat politique le reconnaissent en choeur: les clients font la part des choses entre le business et l'engagement politique. À condition, toutefois, de rester modéré: «J'avais un confrère bourguignon qui exerçait un poste important au FN, se souvient Michel Querre, négociant en vin et ancien adjoint au maire de Libourne. Cette étiquette était lourde à porter et lui nuisait. Il faut savoir rester prudent».
Le conseil général de Gironde, dont plusieurs sièges seront renouvelés en mars, ne compte aucun dirigeant de PME parmi ses 63 élus Les rares chefs d'entreprise qui s'investissent en politique soulignent l'importance de leur engagement pour porter les dossiers économiques