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Inorix : "Devenir société à mission est un moyen de nous différencier auprès de nos clients"
Interview Bordeaux # Sécurité # ETI

Patrice Béal cofondateur et président d’Inorix "Devenir société à mission est un moyen de nous différencier auprès de nos clients"

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Le bordelais Inorix est devenu la première société à mission du secteur de la sûreté et de la sécurité privée en France. L’ETI (52 M€ de CA) s’est engagée dans la démarche il y a plus de trois ans et embarque désormais ses 1 200 salariés. Son président Patrice Béal raconte pourquoi l’idée lui a semblé évidente et ce que le statut implique. Il détaille aussi les démarches, le temps et l’argent nécessaires.

Pour devenir société à mission Patrice Béal, président d'Inorix, a investi 100 000 euros en 2025, notamment pour créer un poste dédié et financer des actions de mécénat — Photo : Caroline Ansart

Si vous êtes la première entreprise de votre secteur à adopter le statut de société à mission c’est bien qu’il ne semble pas évident au premier abord. Comment vous est venue cette idée pour Inorix ?

En participant à un campus sur l’inclusion. C’était avant le Covid, Inorix démarrait (l’entreprise a été créée en 2018, NDLR). J’ai été frappé de constater que l’on faisait déjà naturellement beaucoup d’inclusion mais sans le dire. Les métiers de la sécurité sont des métiers d’inclusion. Nous accompagnons beaucoup de profils éloignés de l’emploi en proposant des métiers accessibles sans diplôme, c’est notre engagement sociétal. Donc pour le statut d’entreprise à mission, autant le volet environnemental (comme la décarbonation de flotte auto, la gestion des déchets, etc.) est moins omniprésent — même si nous le traitons aussi — autant le social est dans notre ADN. C’est le premier constat qui m’a encouragé à vouloir "marketer" nos pratiques. Le second a été de mesurer l’engouement autour de ces engagements sociaux. Nos clients — qui sont majoritairement des grands comptes auxquels nous proposons de la surveillance humaine, autrement dit des agents, de la vidéosurveillance de sites, etc. — travaillent aussi beaucoup leurs problématiques RSE. J’y ai vu un moyen de nous différencier sur la durée.

"Demain nos clients continueront de travailler avec nous certes pour la qualité de notre travail et nos prix, mais aussi pour notre politique RSE qui va s’imbriquer dans la leur."

La concurrence est si rude dans le secteur ?

On compte 10 000 entreprises de sécurité en France. Les 20 premières se partagent environ 70 % du marché. Avec notre chiffre d’affaires (52,1 M€ en 2025, 60 M€ visés en 2026, NDLR) nous en faisons partie. Je suis que convaincu que demain nos clients continueront de travailler avec nous certes pour la qualité de notre travail et nos prix, mais aussi pour notre politique RSE qui va s’imbriquer dans la leur, parce que la RSE est un écosystème.

Concrètement, quels changements implique ce statut ?

Nous avons dû modifier nos statuts d’entreprise pour inclure cet engagement social dans notre raison d’être. La formulation a changé comparé à la précédente, elle est plus longue mais plus complète, en conservant nos principes historiques : "Engagés pour la sécurité de tous, nous veillons à protéger durablement les intérêts et les biens de chacun dans un contexte où les risques évoluent constamment. Nous faisons de la sécurité un métier d’avenir, innovant et inclusif, tourné vers l’excellence opérationnelle et l’épanouissement de nos salariés."

Chaque année, nous devons établir des objectifs qui en découlent, qui sont contrôlés tous les 18 mois par un organisme tiers indépendant. Il s’agira par exemple d’améliorer la féminisation de nos métiers, de questionner nos salariés sur leur bien-être au travail, de poursuivre nos missions auprès d’acteurs de l’insertion professionnelle (associations, collèges…), de cibler nos actions de mécénat (École de la 2e chance…). Beaucoup d’actions existaient déjà mais elles sont désormais structurées et contrôlées.

Concrètement comment se sont déroulées les étapes ?

Nous avons commencé en 2022 par structurer notre démarche RSE accompagnés par la CCI de Bordeaux qui a réalisé un audit. Nous avons ensuite sollicité une intervenante extérieure spécialisée qui nous avait été recommandée. L’écosystème est large, il faut être accompagnés. Nous avons ensuite défini notre raison d’être et nos objectifs majeurs déclinés en mesures opérationnelles. Nous avons aussi constitué un comité de mission avec des personnes de l’entreprise et extérieures — dont la présidente de la CPME 33 Cécile Despons et Romain Bossard le directeur de l’établissement d’insertion Epide — à qui nous présenterons nos résultats et qui vont nous challenger sur nos objectifs annuels.

100 000 euros

Comment votre projet a-t-il été accueilli par vos équipes ?

Cela n’a pas toujours été simple. Certains n’ont pas compris l’intérêt au départ, trop accaparés par d’autres priorités. Pourtant, il faut embarquer toutes les équipes et donc savoir bien expliquer. Collectivement et individuellement, c’est beaucoup de temps et d’argent. En 2025, c’est 100 000 euros, y compris la création d’un poste dédié. Quand on connaît les marges, c’est un gros investissement.

Quels conseils dispenseriez-vous à un chef d’entreprise, quel que soit le secteur, qui s’interroge sur l’intérêt de ce statut ?

Il faut y aller. Tous les accompagnements existent, la première étape c’est l’envie. Avons-nous le choix ? Face au contexte international irrationnel il faut justement être plus vertueux. Et une entreprise a besoin de projets à court et long terme. Ici c’est du long terme.

Aviez-vous hésité avec d’autres labels ?

Oui, mais il s’agit souvent de labels RSE généraux ou qui intègrent des sujets environnementaux. L’avantage de la société à mission est qu’elle est concentrée sur notre cœur de métier. Notre statut ne sera pas le même que celui d’une autre société concurrente.

Le statut d’entreprise à mission vous aide-t-il aussi à recruter ?

Nous sommes convaincus en termes de marque employeur qu’avoir cette démarche sociétale nous donne une image positive et cela se traduit dans les indicateurs que sont les taux d’absentéisme (2,5 %) et de turn-over (6 %). Pour des entreprises de notre taille ce sont de bons ratios.

Bordeaux # Sécurité # ETI # RSE # Engagement sociétal # Mécénat
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