Pôles de compétitivité : A la croisée des chemins

Pôles de compétitivité : A la croisée des chemins

Les pôles de compétitivité vont devoir composer en 2015 avec une baisse des crédits d'animation versés par l'État. Se pose alors la question de la capacité des pôles à prendre le virage nécessaire afin d'assurer leur autofinancement..

L'information est tombée mi-octobre. L'État réduira en 2015 les crédits d'animation des 71 pôles de compétitivité que compte l'Hexagone. Une décision que les intéressés ont apprise par courrier. « Pourtant, en décembre 2013, nous avions signé un contrat de performance établissant une feuille de route pour la période 2013-2016. Ce document engageait les deux parties. Il y a non-respect de l'engagement de l'État », regrette Katia Mirochnitchenko, directrice du pôle Optitec et membre du bureau de l'association française des pôles de compétitivité. Si, grâce à l'intervention combinée de l'association et des députés, la restriction initialement prévue de 30 % en moyenne a été ramenée à 15 %, le message délivré aux pôles demeure identique : changer de modèle économique, ne plus compter sur la manne de l'État et développer des prestations payantes auprès des adhérents. « Le raisonnement de l'État est légitime, avance Philippe Claud, directeur du pôle PASS, la valeur créée bénéficie au secteur privé, à lui de la financer. » Toutefois, il n'est pas exempt d'ambiguïtés puisque « c'est lui qui dicte les grandes lignes stratégiques ». Dans cette histoire, c'est finalement la méthode et l'angle d'attaque qui dérangent. « Nous avons été informés par mail au mois d'octobre alors que le budget 2015 est validé depuis septembre », explique Patrick Baraona, directeur du Pôle Mer Paca, d'autant plus « surpris que la compétitivité des entreprises est au coeur des enjeux de demain et les pôles y participent ».




L'action sur le terrain touchée

Les 15 % de budget manquant vont réduire les actions de certains pôles auprès des entreprises. « Pour le Pôle Mer, cela reste encaissable parce que nous bénéficions de financements d'autres ministères qui ne sont pas encore touchés ». Du côté de Pégase, même constat. « Nous avons davantage été impactés par les réductions drastiques du Feder. Pour nos financements, nous nous reposons sur des filières spécifiques à l'Aéronautique ou à la Défense », confie Isabelle Constant, la nouvelle directrice du pôle. Et Alain Sigaud, président de SCS, de s'interroger : « Au-delà de l'enveloppe budgétaire, quid de la stratégie à long terme du gouvernement ? On est là pour donner des perspectives, accélérer la croissance par l'innovation, mais comment piloter sans vision cohérente ? » Certes, les projets de recherche trouveront toujours financements grâce notamment au Fonds Unique Interministériel. Par contre, la démarche d'accompagnement des PME risque, elle, d'être impactée. « La baisse annoncée couvre à la fois le travail de réflexion des pôles et leur action terrain, or c'est là que réside notre principal actif. De ce réseau, entretenu au quotidien, naît la valeur », précise Philippe Claud, rejoint sur ce sujet par Katia Mirochnitchenko : « Sur nos 250 adhérents, nous avons 130 entreprises que nous rencontrons, accompagnons et mettons en relation. Trois personnes travaillent sur cet aspect qui risque de subir les contrecoups de la réduction ». Le challenge pour les pôles se situe dans leur capacité à trouver des financements alternatifs, sachant qu'en 2016 l'autofinancement devra représenter 50 % de leurs ressources. « Il s'agit de développer une offre privée, dans laquelle un certain nombre de services se rajoutent et deviennent payants », indique le directeur de PASS. Patrick Baraona confirme : « 2015 sera l'année de la bascule car notre avenir ne doit pas être fragilisé par une baisse du budget alloué par l'État, ou demain par la Région. Nous allons nous tourner vers l'Europe, proposer aux grandes entreprises du sourcing technologique pour qu'elles identifient mieux les innovations des PME pour lesquelles nous allons déployer une offre spécifique ». Encore faut-il que les adhérents soient prêts à payer plus. « C'est toute la difficulté, admet Philippe Claud, faire comprendre la nécessité de passer d'une offre gratuite à une offre payante. Toutefois, l'augmentation de nos cotisations n'a pas précipité les départs. Au contraire, PASS va clôturer l'année avec un record en nombre d'adhérents. »




PME vs grands groupes

Parmi les nouveaux entrants, PCW, entreprise azuréenne spécialisée dans le négoce de matières premières pour la parfumerie (40 salariés, 10 M€ de CA). À l'origine de son adhésion, l'opportunité de s'inscrire dans le projet de recherche collaboratif Garant'air, visant à développer des formulations parfumantes innovantes pour détruire les odeurs dégagées par les cuisines industrielles. « C'est un projet novateur au potentiel marché colossal qu'une petite PME comme PCW, faute de moyens humain et financier, n'aurait jamais pu mener à bien. À cet égard, l'apport du pôle s'avère indispensable », commente Patrice Blaizot, son dirigeant. Pourtant, ce dernier a longtemps été sceptique quant à l'action des pôles pour les PME. « En 2009, je m'y étais déjà intéressé, mais j'avais cru comprendre que nous étions trop petits et pas assez structurés pour adhérer ». Un reproche régulièrement adressé aux pôles qui seraient pilotés par les grands groupes et ne laisseraient pas suffisamment de place aux PME. « Il y a en effet une prévalence des grands groupes, car ce sont eux, avec les académiques, qui ont les moyens et le temps de dégager des ressources auprès des pôles, reconnaît Alain Sigaud de SCS. À nous de montrer aux PME l'intérêt de nous rejoindre. Si certaines nous quittent, elles sont cependant peu nombreuses, ce qui nous fait penser que la machine est vertueuse. »