Pôles de compétitivité : Dix ans, et maintenant ?
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Pôles de compétitivité : Dix ans, et maintenant ?

Les Pôles de compétitivité ont permis l'émergence de très nombreux projets collaboratifs sur le territoire dont plusieurs centaines en Normandie. La baisse des dotations de l'État suscite de nombreuses inquiétudes parmi les acteurs des pôles.

Pôle de compétitivité automobile et transports publics, Mov'eo (380 adhérents dont 200 PME) a labellisé 335 projets, pour un budget total de 1,3 milliard d'euros, sur son territoire couvrant l'Ile de France et la Normandie ou son siège est installé à Saint-Étienne du Rouvray près de Rouen. De son côté, Nov@log (siège social au Havre et une centaine d'adhérents), pôle dédié au développement des services et des systèmes logistiques du futur comptabilise 150 projets labellisés dont plus de 65 % d'ores et déjà financés. En Basse-Normandie, le pôle des transactions électroniques sécurisées (TES), créé en 2005 et qui compte 120 adhérents, a contribué au montage de plus de 145 projets collaboratifs innovants. Véritables acteurs de la recherche et du développement en région, les pôles de compétitivité défendent leur utilité face au désengagement des pouvoirs publics.






La force d'un réseau

Pour Cédric Morel, directeur opérationnel du pôle TES, l'utilité des pôles n'est plus à prouver : « Le pôle a plusieurs raisons d'être, dont deux essentielles. Celle d'un réseau de confiance ou les entreprises viennent partager et mutualiser. Et puis, celle de " chasser en meute " car à un moment donné, il faut vendre, traduire toute cette activité en business ». Une forme de regroupement notamment utilisée lors de salons à l'étranger comme le Consumer electronic show de Las Vegas. « On mutualise les moyens pour participer à ce salon, le plus grand au monde dans le domaine de l'électronique. Seules, nos start-up n'auraient pas les moyens d'exposer. En meute, on peut trouver du soutien public, acheter ensemble de la relation presse, du coaching. Le rôle du pôle c'est aussi de porter les entreprises, les mettre en avant », souligne le directeur du pôle TES. Monter des projets collaboratifs n'est pas chose aisée pour les entreprises, là encore le pôle de compétitivité met à disposition des entreprises des moyens d'accompagnement en matière technique ou juridique, sert d'intermédiaire entre les membres d'un consortium et les financeurs publics, jusqu'à la phase indispensable d'expérimentation des innovations. Et ça marche, assure Marc Charlet, directeur général de Mov'eo : « On commence à avoir du concret à travers des success story et des produits qui arrivent sur le marché, issus des projets menés par le pôle. Ainsi, l'Eolab de Renault, projet de véhicule hybride rechargeable, présenté au mondial de l'automobile 2014 et dont plusieurs innovations ont été développées dans le cadre des briques techniques composées par Mov'eo, une architecture qui permet de réduire les coûts de développement ». Entre autres réussites, Mov'eo a aussi participé à l'aventure du moteur électrique de Renault destiné à la Zoé : « Dans ce cas, l'impact est direct car la production est réalisée en région. La Basse-Normandie compte également de nombreux acteurs de l'automobile, notamment des équipementiers comme Valeo ou Faurecia. La vallée de la Seine dispose de nombreux acteurs de la production automobile et notre action chez Mov'eo a un impact sur leur présence ou implantation, liée au pôle de compétitivité ».




Inquiétudes

Malgré ces résultats, les pôles de compétitivité ont vu l'État réduire les aides au fonctionnement de 30 % en 2015 et le mouvement devrait se poursuivre en 2016. Une démarche inquiétante pour Frédéric Dionnet, directeur du Certam (centre d'études et recherches en aérothermique et moteurs) : « Le pôle permet de rencontrer de nouveaux partenaires, de développer de nouvelles technologies et d'élargir le portefeuille de clients. Être dans un pôle permet de disposer d'une vision macroscopique du marché et de ce que vont être les besoins des clients. En étant plusieurs, on sort de l'isolement et on trouve des complémentarités métier. C'est un peu une solution à la crise, car en France on est trop petit, il faudrait devenir des ETI. Mais en attendant, le groupement est une réponse. Il faut donc mettre de l'argent car un pôle demande des compétences. S'il y a un désengagement de l'État, c'est la mort des pôles. On perdra énormément ». Une inquiétude partagée par les dirigeants de pôles qui soulignent l'importance de leur rôle, comme l'explique Cédric Morel : « L'action du pôle permet de mener des travaux de structuration. Chaque année 50 emplois sont créés grâce à nos projets dans le domaine du numérique, soit 500 emplois depuis dix ans, plus les emplois indirects ! De l'emploi qualifié et local ». Un constat partagé par Marc Charlet de Mov'eo qui attend une année 2016 difficile : « Toutes les évaluations prouvent l'impact positif des pôles pour le maintien et le développement de la R & D en France. Il faut que l'État et les Régions maintiennent leur soutien à cette belle initiative. Si les régions ont renouvelé leur soutien, on sent le désengagement de l'État. Un vrai handicap pour nous qui fonctionnons encore à 45 % grâce aux dotations de l'État et du public. Nous augmentons chaque année la part des dotations privées mais elles ne compensent pas la baisse des dotations de l'État ». Une situation d'incertitude qui fait peser « une menace sur l'emploi », assure le DG de Mov'eo qui prend déjà des mesures en déménageant ses bureaux pour réduire sa surface de location et travaille également à la réduction des déplacements de ses collaborateurs.



Sébastien Colle

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