L'image est symbolique. Mi-mars, une grande affiche est collée sur la façade des locaux du Pôle Image, recensant les centaines de collaborateurs passés à Lorient, depuis sa création en 2000. Quelques jours plus tard, le bâtiment communal occupé par des entreprises spécialisées dans l'audiovisuel, la communication ou le numérique, a été détruit. Désormais, il fera place à des logements, bureaux et commerces, dans le cadre de la ZAC du Péristyle.
Un déménagement dans l'urgence
Loin d'être une surprise pour les acteurs présents. « On savait depuis le début qu'on n'allait pas rester », affirme Thierry Gainié, fondateur d'Her-Bak Media (7 salariés et 643.000 € de CA). « Quand nous avons quitté les lieux, c'était un soulagement, à cause des travaux. » Comme d'autres, il a reçu, en 2013, un courrier recommandé de la Ville annonçant la fin du bail de location. Peu de temps à peine après le rapatriement de TV Breizh en région parisienne. « Au départ de la chaîne, on a senti un vide, que le soufflet était retombé, » constate Anne-Edith Cuillandre, gérante de Lyo production (1 personne et 120.000 € de CA) Contraintes de partir, la plupart des sociétés ont élu domicile, il y a peu, dans l'agglomération lorientaise : Her-Bak Média s'est installé au port de pêche, Lyo Production derrière le stade du Moustoir, Plurielle Production (5 salariés et 600.000 € de CA) à Larmor-Plage... Dizale a en revanche décidé de s'expatrier à Plouharnel. « On a longtemps cherché sur Lorient, mais on n'a rien trouvé, relate Samuel Julien, directeur de l'association de doublage cinématographique en langue bretonne. Nous avons réussi à avoir un espace mis à disposition par Aqta (Auray Quiberon Terre Atlantique) ».
Plusieurs alternatives
L'éparpillement des entreprises renforce un sentiment de frustration et de nostalgie, comme pour Pascal Goyet, gérant de Plurielle Production : « Pour une grande partie des acteurs du Pôle, on pouvait travailler ensemble de manière intelligente. Je me suis même associé à un concurrent ». Le tout avec des loyers attractifs, au vu de l'emplacement. « C'est désolant et attristant que cette dynamique n'ait pu trouver de place sur Lorient, » renchérit Céline Durand, directrice de Films en Bretagne, toujours présente au Péristyle, à l'hôtel des officiers. Ce constat s'illustre d'ailleurs par la disparition des équipements laissés dans les anciens locaux de TV Breizh. « C'est un gâchis. Il y avait moyen de garder l'auditorium de La Découverte et de développer un projet urbanistique. » Sans compter le studio de post-production qui a coûté 750.000 €. Du côté de Tristan Douard, « j'ai le sentiment qu'il y a eu beaucoup d'incompréhensions », en écho aux remarques de certains gérants, se plaignant de « ne pas être écoutés ni accompagnés » par les pouvoirs publics. « Ce dossier n'a pas été compris par les politiques », appuie Pascal Goyet. L'adjoint au maire en charge du développement économique rappelle qu'une dizaine d'options ont été évoquées pour reloger les entreprises dans un lieu commun : le Parc de Soye à Ploemeur, « qui ne convenait pas pour la hauteur du bâtiment » ; les Halles de Lanester, « où cela s'est joué à peu de chose » ; l'ex-garage du Tourniquet, au port de pêche ; la place Jules-Ferry... Mais aucun site n'a répondu aux attentes des entreprises.
Un avenir entre Auray ou... Lorient
La formation d'un nouveau Pôle Image, ou plutôt numérique, à Lorient n'est pour autant pas écartée. Tristan Douard, également vice-président de l'agglomération, veut entamer un dialogue constructif avec les entreprises. « J'ai envie de renouer ce lien, qu'on sorte de la polémique et de l'amertume ». Même si l'élu prévient que les collectivités ne dépenseront pas « autant de fonds que par le passé » et verront « ce que les entreprises pourront investir». « La Ville réfléchirait à nous intégrer dans le cadre du réaménagement de la gare », confirme la directrice de Films en Bretagne. Une autre piste dans un bâtiment historique du centre-ville serait dans les cartons. Mais « ce sera beaucoup plus compliqué de revenir sur Lorient, » avoue Samuel Julien, de Dizale (15 ETP et 130.000 € de CA). « À Auray, nous avons un accueil intéressant, une localisation idéale et un projet global de Pôle Image avec des sociétés qui travaillent déjà avec nous ». Lionel Buannic gérant de Brezhoweb, la première web télé bretonne, est aux manettes. Son projet répond a ses besoins de croissance et a reçu le concours d'autres structures dont Dizale. Et surtout, il a trouvé un écho favorable au sein d'Aqta. Philippe Le Ray, député et président de la structure, ne cache pas son souhait de mettre tout en oeuvre pour que ce projet de pôle images et numériques voit le jour sur son territoire d'ici à deux ans. Après l'accueil de Dizale à Plouharnel, trois lieux potentiels pourraient accueillir le projet. Il s'agit de la zone du Suroît à Belz, d'un site potentiel à Etel ou de la Porte Océane à Auray. C'est ce troisième site qui tient la corde. Reste un postulat : l'arrivée de la fibre optique sur place. Si le projet alréen se veut ambitieux, les entreprises lorientaises le regardent pour le moment d'un oeil lointain, mais curieux. Histoire de tourner un nouvel épisode dans l'audiovisuel morbihannais.
Après quinze ans d'existence et le départ de TV Breizh en 2013, le Pôle Image n'est plus à Lorient. Les entreprises ont fait leurs valises, entre regrets et déceptions. Mais certaines espèrent toujours reformer un espace dédié à l'audiovisuel et au numérique.