Planète écoPar Axel de Tarlé Une France sans usine

Planète écoPar Axel de Tarlé Une France sans usine

Philips, Total, Renault, Continental, Heuliez... En trente ans, la France a perdu deux millions d'emplois industriels. La Direction générale du Trésor, qui vient de publier une étude sur le sujet, note que l'industrie représentait 24% de l'économie française en 1980, contre 14% aujourd'hui. À qui la faute? Évidement aux délocalisations... mais pas seulement! Le Trésor montre que les délocalisations vers les pays à faible coût de main-d'oeuvre expliquent moins de la moitié des pertes d'emplois dans l'industrie. Il existe deux autres forces très destructrices d'emplois. Tout d'abord, la productivité: là où il fallait, avant, quatre ouvriers sur une chaîne de montage pour fabriquer une voiture, il n'en faut plus que trois aujourd'hui. L'autre facteur, c'est l'externalisation. Autrefois, la cantine, le ménage, étaient assurés par des salariés badgés ?Renault ?, aujourd'hui, ces fonctions ont été externalisées auprès de sociétés de service, type Sodexo. Cela concerne environ un quart des ?pertes ?d'emplois industriels, même si, on l'a compris, il s'agit d'un transfert d'emplois vers les services. C'est dire si cette frontière entre les emplois industriels d'un côté (avec des ouvriers dans des ?usines qui fument ?), et de l'autre les services, a perdu de son sens. En fait, les ?États Généraux de l'Industrie ?ont montré que l'avenir de l'emploi ?industriel ?passait par l'innovation. C'est la fameuse recette allemande. Et ce combat peut être gagné en France. Une récente étude de l'Insee a montré la réussite de trois grandes métropoles régionales en matière d'emplois: Grenoble, Lyon et Toulouse. Dans ces trois villes, la part de l'emploi ?intelligent ?a doublé en vingt ans. À Grenoble par exemple, les cadres supérieurs ne représentaient que 7% de l'emploi en 1982, contre 14% aujourd'hui. Or, un emploi à haute valeur ajoutée génère derrière lui, deux emplois affiliés. Leur recette, l'innovation. Grenoble a su développer des filières d'excellence dans l'atome (CEA), l'électronique, les nanotechnologies... Idem à Toulouse avec l'industrie aéronautique (Airbus). Bien sûr, ces succès nécessitent un travail de longue haleine... bien moins visible que les ?coups de menton ?de Christian Estrosi ou les prises d'otage de ?patrons voyous?!