Photovoltaïque : La filière se cherche un avenir

Photovoltaïque : La filière se cherche un avenir

La région Midi-Pyrénées risque de souffrir du coup de frein donné au photovoltaïque. Surtout que cette filière est encore balbutiante côté R&D et fabrication.

Attention, grandes manoeuvres en vue dans le secteur du photovoltaïque. C'est en effet en ce début de mois de mars que des décisions gouvernementales doivent être annoncées, faisant suite à un décret du 9décembre dernier. Celui-ci a suspendu pour trois mois l'obligation d'achat, par EDF, de l'électricité produite par les installations photovoltaïques des professionnels (plus exactement, d'une puissance supérieure à 3kWc). Le temps d'engager une concertation entre les acteurs de la filière et de mettre en place un nouveau cadre réglementaire. Car force est de constater que l'État s'est laissé dépasser par un développement du photovoltaïque bien supérieur à ses prévisions et que les tarifs avantageux en vigueur ont encouragé la spéculation, sur les grandes installations professionnelles et agricoles notamment. Et ce malgré plusieurs abaissements successifs des tarifs et autre révision de taux de crédit d'impôt. Selon le Syndicat des Énergies Renouvelables (SER), la France est passée de 200MW raccordés en métropole à fin 2009 à 422 MW en juin 2010 et 760 MW au 31 décembre dernier, sans compter les innombrables demandes de raccordement en cours. Qu'en est-il en région? Toujours selon le SER, la zone Sud-Ouest (Midi-Pyrénées et Aquitaine) est passée de 70,7 MW raccordés à fin juin à 152MW à fin décembre, se plaçant non loin derrière la zone Méditerranée (Paca et Languedoc-Roussillon: 205MW raccordés). La preuve que la filière photovoltaïque se développecomme on l'espère dans la plus étendue des régions françaises, bénéficiant de surcroît d'un fort ensoleillement? Pas si simple... Car qui dit filière, dit «ensemble des activités complémentaires qui concourent, d'amont en aval, à la réalisation d'un produit fini» (définition Insee). Or, à bien y regarder, les emplois du secteur se concentrent beaucoup plus sur l'aval, au niveau de la pose et de l'ingénierie, que sur l'amont, en R&D et production de cellules qui sont, en conséquence, massivement importées d'Asie. Et Midi-Pyrénées n'échappe pas à la règle, avec de nombreux installateurs (429 d'entre eux sont agréés QualiPV en région) et quelques fabricants et assembleurs (comme Tenesol ou Batisolar), formations dédiées et laboratoires de recherche (le Laas-CNRS et l'École des Mines d'Albi, notamment). Des maillons d'une chaîne qui existent donc bel et bien mais qui, dans l'ensemble, disent souffrir de l'instabilité réglementaire et du manque de visibilité à long terme (cf. témoignages ci-contre). Même discours du côté du Conseil régional qui a fait du développement du photovoltaïque l'une de ses priorités depuis 2007. Agenda21, subventions, prêts bonifiés avec la Banque Européenne d'Investissement, installation de générateurs sur 105 lycées de Midi-Pyrénées, etc.: «En suspendant brutalement l'obligation d'achat pendant trois mois, l'État donne un coup d'arrêt catastrophique à une filière en pleine construction, créatrice d'emplois non délocalisables et contribuant à l'atteinte des objectifs que la France s'est fixés dans le cadre du Grenelle de l'Environnement», estime Françoise Dedieu-Casties, vice-présidente en charge du développement durable à la Région. Dont acte. Reste à définir le poids réel de la filière en région et là, les choses se corsent. Combien Midi-Pyrénées abrite-t-elle des quelque 25.000 emplois directs comptabilisés par le SER sur le plan national? Quelle valeur crée-t-elle sur son territoire? Autant de questions qui restent aujourd'hui sans réponse et dont on peut douter qu'elles en trouvent une au terme du moratoire... .