«Ce moratoire est un énorme scandale, qui va totalement détruire l'ensemble des acteurs de la filière photovoltaïque, à l'exception d'EDF», s'emporte Michaël Von Gallera, le fondateur de Niu Solar (Vannes). Placée en redressement judiciaire, son entreprise spécialisée dans le photovoltaïque, fait partie des nombreuses PME que le moratoire du 10décembre 2010 a mis en difficulté. À Vannes, quatre entreprises au moins ont déposé le bilan tandis que deux dossiers, avec encore plus d'emplois touchés, sont d'actualité pour la circonscription du tribunal de commerce de Lorient. «Ce moratoire m'a détruit 11millions d'euros de commandes, dont deux millions d'euros fermes», constate Michaël Von Gallera. «Nous sommes passés de 54 à 39 personnes et l'épée de Damoclès de la perte de beaucoup plus d'emplois plane au dessus de l'entreprise.» Selon nos informations, 22 personnes de plus pourraient être licenciées prochainement. Au niveau national, une menace sur 20.000 emplois est évoquée, dont 1.000 salariés pour le Grand Ouest selon le collectif Sol Ouest. En suspendant l'obligation d'achat pour les projets de plus de 3 Kwatts crête, le fameux décret nº2010-1510 a coupé dans leur élan nombre d'entreprises morbihannaises.
Installations hasardeuses
Depuis, le Premier ministre a légèrement rouvert les vannes mais le tarif automatique de rachat a quand même été revu à la baisse de 20% en 2011 puis de 10% les années suivantes, en fonction des quantités installées. «Ce n'est guère étonnant qu'on ait suspendu les aides à cette filière vu son médiocre rendement en termes tant énergétiques que financiers», juge de son côté Adrien Haller, gérant de l'entreprise de chauffage sanitaire AHCS à Surzur. «La biomasse et le solaire thermique offrent de bien meilleures performances.» Pour le consultant Christophe Le Gal, «l'État a probablement été victime de son succès. L'objectif était d'atteindre une puissance de 5.400 mégawatts en photovoltaïque d'ici à 2020, or au rythme actuel des projets, on s'est aperçu que le cap des 4.000 mégawatts aurait été dépassé dès 2012.» À 27 centimes le kw/heure, le prix d'achat par EDF de l'électricité produite par les centrales au sol professionnelles éclipse largement, par exemple, l'éolien (8 centimes le kilowatt/heure). On comprend dès lors la frénésie qui s'est emparée de nombreuses entreprises opportunistes. Avec au passage des conditions de mises en place parfois très hasardeuses: panneaux installés trois fois plus lourds que les autorisations accordées, décalages de puissance installée qui peuvent poser des problèmes de sécurité (courts-circuits)... «Des milliers de bombes à retardement en France», admet Michaël Von Gallera.
Sables mouvants législatifs
Avec seulement trois dossiers professionnels sur 500, Franck Chevrel, fondateur de France Panneaux Solaires à Vannes affirme pour sa part ne quasiment pas avoir été impacté par ces sables mouvants législatifs. En revanche, la suppression du crédit d'impôt de 50% pour le photovoltaïque destiné aux particuliers est chez lui un sujet brûlant. «Nous avons dû mettre trois millions d'euros de commandes à la poubelle. L'an dernier, nous devions normalement réaliser entre douze et treize millions d'euros de chiffre d'affaires. Du coup, nous n'avons pas pu dépasser le cap des profits, nous aurions dû réaliser 10% de résultat net», affirme Franck Chevrel.
Délit d'initié?
La règle du jeu ne semble pas tout à fait la même pour tous. D'après le mensuel économique Capital de février, deux dirigeants d'EDF ayant des intérêts à titre personnel dans le solaire auraient anticipé la décision du gouvernement de baisser de 12% des tarifs de rachat très avantageux depuis dix ans. «En tuant toutes les petites entreprises, les grands spécialistes des déchets et des autoroutes ont bien l'intention de s'accaparer le solaire», pense Thierry Fauvet, gérant d'Énergie Bio à Lorient. «Si on ne restitue pas les projets inférieurs à 250Kwc aux PME, ce qui reste de nos effectifs ne survivra pas à l'été, ou alors en tant que sous-traitantsdes grands groupes.» Quel sera le nouveau cadre fixé par les pouvoirs publics? Et surtout à qui sera-t-il le plus favorable? Aux PME, à EDF ou au leader (chinois) mondial du secteur, Suntech? Réponses après le 8mars, date de fin du moratoire.
Filière solaire Plus dure sera la chute. Après une véritable ruée vers le photovoltaïque, le coup de frein donné par l'État sur les tarifs de rachat de ce type d'électricité par EDF a fait déchanter de nombreuses entreprises.