Ouvrier chez Ford
44 ans Un Bordelais est candidat à l'élection présidentielle de 2012. «Quoi? vous dîtes-vous. Alain Juppé est sorti du bois pendant l'été et je ne suis pas au courant?». Que nenni car ce Bordelais n'est pas celui à qui l'on pense. Celui-là a 44 ans, ne porte ni costume ni cravate, n'a pas de diplôme, est ouvrier chez Ford à Blanquefort où il est délégué syndical CGT et membre du CHSCT, a été pendant de nombreuses années militant à la feu Ligue communiste révolutionnaire et est depuis le 26juin le candidat du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) à la prochaine présidentielle. Choisi à 53% des voix par les 230 délégués nationaux du parti, Philippe Poutou a la lourde tâche de succéder à Olivier Besancenot. Car si le délégué syndical qu'il est, a l'habitude de prendre la parole et de mener des batailles localement - celle qui a mené au sauvetage de l'usine Ford a duré quatre ans-, ce coup-là, l'enjeu n'est plus tout à fait le même. «Ça m'est un peu tombé dessus tout ça, sourit Philippe Poutou. J'ai beaucoup hésité. C'est un engagement qui prend du temps. Il y avait aussi la peur de ne pas y arriver, de ne pas être à la hauteur de ce qu'attentent les militants. D'ailleurs je crois pouvoir dire que mes passages télé au lendemain de ma désignation ont été catastrophiques, s'amuse-t-il. Il faudra faire du coaching! Puis finalement ce qui m'a motivé, c'est l'esprit d'équipe et l'occasion qui m'est donnée de défendre nos idées: une meilleure répartition des richesses, plus de justice sociale, d'égalité, la lutte contre le pouvoir économique tout puissant.» Des convictions, très à gauche, qu'il tient de ses parents, mitterrandistes de la première heure, et bien sûr de son engagement syndical. «Des collègues à l'usine m'ont dit: d'habitude on ne sait pas pour qui voter, mais là on saura! Je suis un ouvrier, pas un politicien. Ma force, c'est que les gens se sentent proche de moi. Je suis de leur côté et ils se sentent représentés.» Ouvrier chez Ford et candidat à la présidentielle, une situation à laquelle tient Philippe Poutou. «Je n'ai pas l'intention d'arrêter de travailler même si je sais que la direction de l'usine ne voit pas d'un bon oeil ma candidature.»
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