L'annonce de la constitution du GIE Haropa a été faite en janvier dernier. Quel premier bilan tirez-vous au bout de six mois?
Le rapport que nous avions commandé au cabinet Ernst & Young soulignait que cette alliance entre nos trois ports était attendue par nos clients. Aujourd'hui, pour moi, les retours sont favorables. Mais attention, l'annonce de la constitution d'Haropa est récente. Les clients attendent des résultats et surtout un changement d'échelle.
Localement, cette annonce a-t-elle été bien accueillie?
Les collectivités locales vivent très bien cette alliance. Il y a un accord unanime de l'ensemble des grands élus régionaux. Avec Haropa, nous sortons de longues querelles et de fantasmes sur la rivalité à laquelle se livraient les ports!
Faites-vous le même constat avec les acteurs portuaires?
AuHavre comme à Rouen les Unions portuaires ont affiché qu'elles travaillaient déjà ensemble. Leur principal point de vigilance tient à la gouvernance: elles ne veulent pas que cela se fasse sans eux. Il nous faut trouver le meilleur moyen de les associer de façon courante au fonctionnement du GIE.
Et du côté des salariés?
Les instances représentatives du personnel du port duHavre (CSHCT) ont réclamé un audit. Elles devraient rendre leur avis en juin. Tout cela est un peu long mais objectivement, nous n'avons pas su construire quelque chose qui soit à la fois suffisamment resserré pour être opérationnel et représentatif de tout le monde. Nous prévoyons d'ailleurs d'organiser des Assises d'Haropa en septembre prochain pour évoquer l'ensemble de ces sujets.
Comment jugez-vous les préconisations contenues dans le rapport du Commissaire au développement de la vallée de la Seine Antoine Rufenacht?
Ce rapport a un énorme mérite: replacer le développement économique de la vallée de la Seine au coeur d'une stratégie nationale. On ne peut que s'en féliciter. Quant à sa proposition de fusionner les trois ports de Paris, Rouen et LeHavre, elle est trop hâtive. Une fusion pour quoi faire? Nous avons montré que nous pouvions travailler ensemble. Quand nous aurons prouvé qu'Haropa est reconnu, on pourra alors se poser la question. Pour l'heure c'est contre-productif d'annoncer une telle proposition! Les salariés des ports ont d'ailleurs fait un blocage qui a des répercussions sur la constitution du GIE. Mais je note que le gouvernement précédent n'avait pas retenu cette proposition de fusion. Je ne sais pas aujourd'hui quelle sera la position du nouveau gouvernement. L'un des principaux enjeux d'Haropa était de mettre sur pied une politique commerciale commune.
Où en êtes-vous?
Nos équipes commerciales travaillent ensemble depuis déjà un an et demi. Nous avions alors identifié une dizaine de filières avec pour chacune d'entre elles un chef de fil. Cette démarche a aidé à la constitution d'Haropa. Le meilleur exemple à ce jour est peut-être l'annonce de l'implantation de Carrefour à Honfleur. C'est véritablement un projet commun qui dépend étroitement de la logistique havraise, puis du transport par barges depuis Honfleur en direction de Paris pour terminer avec de la logistique urbaine innovante avec l'utilisation de véhicules électriques. Nous n'aurions pas pu chacun de notre côté attirer ce client-là. Nous en sommes au stade où nous bâtissons nos offres commerciales. Désormais il faut que chacun se sente capable de vendre le global.
Quelles autres formes peut prendre cette alliance des trois ports de la Seine?
Nous développons notre stratégie Web avec un site commercial destiné à nos clients qui présente de manière objective l'ensemble de nos services. Nous menons également une grande réflexion sur la gestion des conteneurs vides ou encore sur le développement du transport fluvial qui nous amène à travailler avec les professionnels de la batellerie.
En termes d'activité, quelle est la situation du GPMR?
Nous aurons une année 2012 en baisse. Quand on atteint deux années de suite des records historiques c'est toujours moins bien après. C'est notamment le cas avec les céréales mais nous comptons sur un redémarrage en juillet.
Quel est l'impact de l'arrêt de Petroplus?
Les hydrocarbures d'une manière générale représentent 50% de nos volumes. Nous n'avions pas vu venir l'arrêt de Petroplus. Avec 2,5millions de tonnes par an, cela représente environ 10% du total de nos trafics. Si le site devenait un dépôt, cela nous permettrait de récupérer des tonnages mais nous militons pour une activité de raffinage qui maintienne à la fois de l'activité et de l'emploi. Il ne faut pas oublier que cela impacte également le port duHavre qui réceptionnait les importations de pétrole brut de Petroplus.
La réforme portuaire a-t-elle selon vous déjà porté ses fruits?
Au-delà de la conjoncture, les ports français ont beaucoup perdu face à leurs concurrents étrangers. Pendant trop longtemps il n'y a pas eu d'investissements dans les ports, pas plus que d'organisation sociale efficace. Les deux principaux ingrédients de nos échecs sont là! La réforme était donc nécessaire. La coordination n'aurait pas pu être faite avant cela. Mais aujourd'hui nous devons convaincre par la fiabilité que les trafics perdus ont vocation à repasser dans nos ports, dans un contexte mondial de trafics en croissance.
Comment avez-vous accueilli la nomination d'Hervé Martel (ex-dg de Ports de Paris) au port du Havre?
C'est une excellente nouvelle. Humainement, nous nous entendons très bien et nous faisons souvent la même analyse des choses. Nous l'avons démontré avec la constitution du GIE. Globalement je me réjouis que le GPMH soit dirigé par quelqu'un qui connaît bien les problématiques portuaires.
Après le départ de Laurent Castaing au Havre, doit-on s'attendre à d'autres mouvements?
J'ai un mandat de cinq ans à compter de mars2009. La question de mon départ ne se posera donc qu'en 2014. Mais elle n'est pas à l'ordre du jour. J'ai même refusé une proposition pour prendre la direction d'un autre port plus important en 2011. Ce n'est pas pour quitter Rouen maintenant!