Quel taux de croissance la Chine affichera-t-elle en 2010? Supérieur ou légèrement inférieur à la barre des 10%? S'il n'est pas encore possible de répondre à cette question, elle semble incongrue en Europe où l'on attend un taux qui sera de toute façon dix fois inférieur. Résultat, nos entreprises, qui ne parviennent plus à assurer leur croissance organique sur leurs marchés de proximité, veulent aller chercher du business en Chine. Mais si ce marché les fait rêver, c'est les yeux ouverts qu'elles y vont: la Chine, oui, mais pas à tout prix. «Je ne ferai pas en Chine ce que je n'ai pas envie de faire», explique ainsi Jean Metzger, directeur de la distillerie Bertrand, à Uberach (67). Le risque est en effet de se faire imposer des conditions parfois intenables par les distributeurs sur place. «Il arrive que la première de leurs questions porte sur le montant du chèque que l'on fera pour les aider à commercialiser nos produits», poursuit Didier Baltzer, responsable Asie du fabricant de robinetterie Horus (Obernai, 67). Le problème est que si nos entreprises ont besoin de la Chine, la réciproque n'est pas vraie, même si l'évolution des consommateurs chinois, qui aspirent désormais à la qualité, peut jouer en leur faveur. Mais «le monde entier se dispute la Chine», rappelle Isabelle Fernandez, directrice d'Ubifrance en Chine...
Ténacité, patience, qualité
C'est donc pour prendre conscience de ces réalités et des différences culturelles, parmi d'autres, qu'une mission économique généraliste était organisée fin juin par les services export des CCI d'Alsace et de Lorraine. Tout juste inauguré, le pavillon Alsace de l'exposition universelle de Shanghai (la ville affiche un taux de croissance de 15%, contre 5% pour le reste du pays!) accueillait ainsi une table ronde sur l'économie chinoise. «Notre relation avec la Chine se construit aussi par l'économie, nous devons tenir notre place sur ce marché et vous êtes notre figure de proue», a souligné Philippe Richert, le président du conseil régional d'Alsace, à l'adresse des entreprises alsaciennes déjà implantées (Hager, Caddie, Dollfus & Muller notamment). Face aux entrepreneurs français, les dirigeants de ces trois entreprises ont dévoilé la recette pour pénétrer ce marché: ténacité, patience, différenciation et qualité de produits et de services. Cela n'est qu'à ces conditions que la Lorraine atteindra ses objectifs: multiplier, à terme, par deux le nombre de ses entreprises travaillant avec la Chine, pour atteindre la centaine. La création d'emplois en serait la conséquence la plus heureuse.
La Chine dans toute sa démesure. Fin juin, une dizaine de chefs d'entreprises lorrains ont découvert le marché chinois en même temps qu'ils nouaient des contacts avec de potentiels partenaires. Un déplacement organisé par les services export des CCI d'Alsace et de Lorraine, qui coïncidait avec l'inauguration par le président de la Région voisine, Philippe Richert, du pavillon Alsace à l'exposition universelle de Shanghai.
Par Philippe Armengaud