P-A Le Pogam : Le producteur qui voulait vivre sa vie
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P-A Le Pogam : Le producteur qui voulait vivre sa vie

CINÉMA Natif de Lorient, Pierre-Ange Le Pogam remonte une société de production après un clash avec Luc Besson, dont il aura été la cheville ouvrière chez EuropaCorp.

L'ironie de la situation fait sourire Pierre-Ange Le Pogam. EuropaCorp lui doit ses deux seuls films présentés au festival de Cannes du 11 au 22mai. La Source des Femmes de Radu Mihaileanu, coproduction EuropaCorp, et The Tree of Life du rare Terrence Malick acheté par Pierre-Ange Le Pogam à Summit Entertainment et au producteur Bill Pohlad.




Série B

Une page se tourne. Luc Besson et Pierre-Ange Le Pogam, complices depuis 1988 à l'époque du Grand Bleu, optent aujourd'hui pour une séparation loin d'être amiable. Aboutissement logique de crispations larvées, notamment depuis l'entrée en bourse d'EuropaCorp et la revente par Pierre-Ange Le Pogam d'une partie de ses titres pour 12,6millions d'euros. Une série B à rebondissements: arrivée de l'ex-Publicis Conseil Christophe Lambert, qui grignote petit à petit les prérogatives de Pierre-Ange Le Pogam, licenciement pour faute lourde en février du Lorientais d'origine, qui poursuit aujourd'hui EuropaCorp aux Prud'hommes. «L'ensemble du dossier sera géré par les avocats, la réaction de mes camarades pour contrecarrer mes désirs de liberté a été tellement violente», constate l'intéressé, qui ajoute, amer: «Dans la culture, pour faire des affaires, on se retrouve au bistrot et on boit un coup. Dans le monde des affaires, la culture, c'est de se retrouver au tribunal.»




Stoneangels

Mais Pierre-Ange Le Pogam est déjà passé à autre choseavec sa nouvelle société de production, Stoneangels. Cette SAS immatriculée depuis la mi mars, il la détient à 100%. «Il s'agira d'une microsociété, dont toute la valeur reposera sur la grande compétence du peu de personnes qui y travaillent. J'attache beaucoup d'importance à la marge qui sera dégagée, je suis en pleine élaboration du "business plan", en discussion avec mes futurs investisseurs», note-il. «Mon terrain de jeu est mondial, je discute au moins autant avec des investisseurs Nord-Américains qu'Européens.» L'homme est un vieux routier de la production cinématographique. Il en maîtrise tous les arcanes, tous les équilibres. «Je proposerais une rentabilité extrêmement attractive car les investissements seront mesurés et gérés avec beaucoup de savoir faire», explique Pierre-Ange Le Pogam. «Les projets trop risqués n'iront pas en production. Lorsqu'un film s'avérera trop difficile pour le marché, on le repoussera.» Après avoir fait éclore déjà pas mal de talents - les récents L'Homme qui voulait vivre sa vie et Les Petits Mouchoirs par exemple - Pierre-Ange Le Pogam va «tenter, et même plus qu'essayer, d'en découvrir de nouveaux.»




Cinq films en projet

Cinq films sont déjà en projets, dont l'un devrait voir son tournage débuter en septembre aux alentours de Casablanca. «À chaque fois, le financement sera bien encadré», poursuit Pierre-Ange Le Pogam. «Mon idéal, c'est quatre à six productions et coproductions et six à huit distributions par an.» Stoneangels distribuera ainsi en France Wrong, le prochain film du fantasque Quentin Dupieux, après Rubber. «Un film où tout est faux, l'histoire d'un homme qui cherche son chien, je parie volontiers que ce sera quelque chose de très étonnant», s'amuse le producteur. Habitué du festival de Cannes depuis l'époque de ses débuts à la Gaumont, Pierre-Ange Le Pogam n'envisage pas de rater cette année ce rendez-vous des professionnels du cinéma: «Cannes, pour moi, ce sont des journées de dingue. J'ai des rendez-vous de business, de vente. Je vais essayer de voir beaucoup de films, rencontrer des producteurs, des acteurs, des réalisateurs. Et des investisseurs...»

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