Ouest France : « Nous devons nous repositionner »
Interview # Information-communication

Ouest France : « Nous devons nous repositionner »

Moins d'un an après s'être lancé sur le territoire de l'ex Haute- Normandie, François-Xavier Lefranc, rédacteur en chef de Ouest France tire un bilan mitigé de ce déploiement et décide d'un repli stratégique sur la zone havraise pour son édition papier.

Le Journal des Entreprises : Ouest France se replie sur le territoire havrais moins d'un an après son arrivée sur les terres de l'ex Haute-Normandie. Que s'est-il passé ?

François-Xavier Lefranc : Nous avions lancé une édition Normandie en décembre dernier sans pages locales avec uniquement de l'information régionale. Pour cela, nous avions ouvert 40 points de vente au Havre, 40 à Rouen et un peu moins à Evreux. Une édition distribuée sous format papier mais qui n'a pas réalisé de ventes suffisantes, en tout cas, en dessous de nos attentes. Le bilan est mitigé et nous avons surtout constaté des retours lecteurs pour nous dire « parlez-nous de nous » et notamment au Havre.

Vous avez donc décidé de vous replier sur Le Havre...

F-X.L : On s'est dit qu'il fallait faire évoluer le projet, notamment par de l'information locale au Havre. Nous avons décidé de faire évoluer notre édition Pays d'Auge qui couvre Deauville/Trouville et Lisieux pour lui faire franchir la Seine et lui ajouter trois pages d'information locale sur la zone urbaine du Havre. L'édition devient Pays d'Auge/Baie de Seine.

Quels moyens mettez-vous pour ce nouveau positionnement ?

F-X.L : Depuis le 5 octobre, nous avons développé notre réseau de points de vente pour passer de 40 à 80 et nous avons positionné un journaliste permanent au Havre : Yann-Olivier Briconbert, auparavant responsable de la rédaction de Lisieux. Il va travailler avec des journalistes pigistes et nous allons installer une équipe de correspondants locaux.

Pourquoi choisir de vous renforcer sur Le Havre ?

F-X.L : C'est une zone économique qui se structure, une intercommunalité va être mise en place de part et d'autre de la Seine. Nous pensons qu'au Havre il y a un microclimat favorable pour nous car nous sommes dans la continuité du littoral. C'est donc une nouvelle édition qui a du sens pour nous, même si cela va prendre du temps de s'installer. Pour cela, nous allons apprendre à connaître nos lecteurs afin d'adapter notre projet rédactionnel. Une enquête de lectorat sera réalisée mais rien ne vaut le terrain. On pense avoir un projet qui tient la route et en terme de contenu nous allons travailler l'actualité locale avec trois pages dédiées sur des thèmes aussi divers que le Port, la vie locale, les réseaux...

Que devient la version Normandie ?

F-X.L : Si elle n'est plus diffusée sous format papier à Rouen et Evreux, l'édition Normandie continue d'exister en version numérique de la même manière que la nouvelle édition Pays d'Auge/Baie de Seine.

Pourquoi l'édition Normandie n'a-t-elle pas fonctionné ?

F-X.L : Je pense que cela aurait été plus facile si la presse quotidienne locale avait été plus en forme. Sur le territoire de l'ex Haute-Normandie le marché est atone car les gens n'ont pas l'habitude de lire la presse. C'est l'un des territoires où la presse est la moins lue, donc je savais que ce serait compliqué de s'implanter. Notre projet avait du sens parce que la Normandie s'est réunifiée mais il va falloir du temps pour que les Normands intègrent le fait qu'ils ont une nouvelle grande région. Nous sommes dans l'accompagnement de ce processus. Je précise que c'est une première pour nous et que jamais avant la presse quotidienne régionale ne s'était développée en quittant sa zone historique.

Quelles sont les voies de développement privilégiées par Ouest France ?

F-X.L : Nous voulons développer nos audiences numériques. Nous avons notamment le projet de lancer une édition France 100 % numérique et des éditions locales comme à Nantes et d'autres encore. Et pour nous, la Normandie est un bon territoire pour innover, essayer des choses. Ainsi, l'édition du Havre va être bi-média, en version papier et en continu sur le site Internet de Ouest France. Ce sont des innovations qui vont nous servir pour nos développements futurs. On est en plein dans le basculement numérique et les projets d'avenir auront un volet numérique fort.

La presse vit une crise profonde et durable, notamment en région avec Paris-Normandie. Quel est votre sentiment sur l'avenir ? La situation de Paris-Normandie est terrible et difficile à constater, surtout quand on aime ce métier. Beaucoup d'autres titres en France sont fragilisés et le constat c'est que la diffusion de la presse quotidienne régionale a considérablement diminué en quelques années. À tel point qu'on est en droit de se demander si demain nous aurons encore des médias capables de recruter des journalistes et de faire ce métier si important pour notre démocratie.

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