ONG-entreprises : Un mariage de raison
# Conjoncture

ONG-entreprises : Un mariage de raison

Entreprises et ONG se sont longtemps regardées en chien de faïence. Jusqu'à ce que le développement durable tente de les réunir autour de la table.

Le mur d'incompréhension et de préjugés qui a longtemps éloigné les ONG des entreprises serait-il en train de se lézarder? Après de mémorables crêpages de chignon, leurs intérêts finiraient-ils par se croiser? À en croire un sondage Ifop paru en 2009, les Français ne sont pas opposés à un rapprochement stratégique entre ces deux mondes. Ils jugent même ce dernier ?légitime? à 92%.




Des grands groupes proactifs

Régulièrement épinglés par les ONG, les grands groupes ont de bonnes raisons de se frotter à elles. C'est le cas d'Ikea, qui en 1997, s'est associé avec l'Unicef pour faire face à la problématique du travail des enfants, très répandu chez ses fournisseurs de tapis en Inde. «Ce n'est pas dans la culture des entreprises d'aller sonner à la porte des ONG, mais elles ont intérêt à le faire avant que les médias ne leur tombent dessus, conseille Antoine de Gabrielli, fondateur de Companieros, organisme de formation spécialisé en RSE. Dialoguer avec une ONG, c'est aussi s'ouvrir à un organe de contre-pouvoir. Ce qui ne veut pas dire que l'entreprise doit obéir à l'ONG.» Les grands groupes se montrent d'ailleurs de plus en plus proactifs. C'est le cas de Carrefour, qui a pris langue avec Greenpeace sur la question des OGM. En avance sur la législation, le groupe colle depuis quelques mois l'étiquette ?sans OGM? sur certains de ses produits.




Et les PME?

Pour Rachel Dujardin, chargée de campagne OGM chez Greenpeace, difficile de dire qui a influencé qui sur cette question. «Ce n'est pas dans nos principes de nouer des partenariats avec les entreprises, prévient-elle. Mais nous suivons avec intérêt ce qu'elles font sur les OGM. Elles sont en quête d'informations sur ce qui se pratique à l'étranger et veulent aussi savoir comment améliorer leurs démarches.» Quant aux PME, elles emboîtent le pas aux grands groupes. Depuis deux ans, elles ont même tendance à se tourner vers les ONG vertes au détriment de celles de la culture, comme l'observe André de Marco, de la Fondation Nicolas Hulot (FNH). «Très souvent, un chef d'entreprise se tourne vers nous par conviction personnelle. Avec la FNH, le partenariat PME-ONG prend la forme d'une convention de mécénat. Les entreprises deviennent partenaires de l'ensemble de nos actions, mais nous sommes là aussi pour les aider à identifier les sujets sur lesquels elles doivent progresser. Pour nous, c'est une façon d'impulser et d'accompagner les changements dans le secteur privé. Nous mettons le doigt là où ça fait mal!» À entendre André de Marco, l'affaire a plutôt l'air de fonctionner. «Pratiquement toutes les entreprises avec lesquelles nous collaborons ont changé leur façon de produire, ne serait-ce qu'en réduisant leur consommation d'énergie.»

# Conjoncture