Numérique : Deux regards rennais sur la « French Tech »
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Numérique : Deux regards rennais sur la « French Tech »

Suite à la visite présidentielle dans la Silicon Valley, Hugues Meili (Niji) et Jocelyn Denis (Digitaleo), qui a rencontré Fleur Pellerin, apportent leurs visions et critiques...

Alors que le président François Hollande achevait sa visite dans la Silicon Valley, le mois dernier, avec un panel de patrons français, Hugues Meili, P-dg de Niji, à Cesson-Sévigné (470 salariés, CA : 40 M€) a réagi : « J'aimerais plus qu'on parle des entreprises du numérique au sens large et pas des start-up, des start-up et encore des start-up comme le fait Fleur Pellerin (ministre en charge de l'Économie numérique, NDLR) ! », confie Hugues Meili. Une visite présidentielle « 100 % parisienne, à part peut-être le patron de Sigfox, mi-parisien mi-toulousain (Ludovic Le Moan, NDLR) », fait remarquer le dirigeant breton.




À propos de Fleur Pellerin...

« Fleur Pellerin ne sait pas qu'il y a des entreprises du numérique en région. Sa référence, ce sont les start-ups du Sentier et de la Halle Freyssinet (où Xavier Niel veut implanter 1.000 start-ups, NDLR). On oublie les entreprises en région qui sont dans le numérique mais qui ne sont pas des start-ups ». Au passage, Hugues Meili épingle par ailleurs l'appellation « French Tech », lancée par la ministre. Une appellation « maladroite car le numérique ça n'est pas que du "tech". On retombe dans le travers de la start-up technologique qui invente des algorithmes ». Jocelyn Denis, patron rennais de Digitaleo, tempère un peu les propos d'Hugues Meili. En cas de remaniement ministériel d'ailleurs, surtout ne pas changer la ministre à l'Économie numérique ! « Je serai déçu... » C'est le coup de coeur de Jocelyn Denis. Lui a un autre ressenti sur Fleur Pellerin qui l'a reçu le 18 février à Paris, dans le cadre de l'appel à projet « French Tech » des quartiers numériques. Jocelyn Denis faisait partie d'une délégation emmenée par les élus de Rennes Métropole, à laquelle participaient aussi les dirigeants d'Artfefacto (Valérie Cottereau), AMA (Christian Guillemot), et le président du pôle B-Com et Orange Labs Vincent Marcatté.




« Un virage positif »

« Nous avons été reçus pendant trois quarts d'heure par Fleur Pellerin. Je l'ai trouvée très à l'écoute, convaincue. Elle n'a pas essayé de nous faire sa pub, confie Jocelyn Denis. Il y a quand même un virage positif depuis quelques semaines en France. On ne va pas critiquer la prise de conscience de l'État sur le numérique. Il faut l'encourager ! », ajoute-t-il.




« Hyper-startupification »

Plus globalement, en revanche, pour le patron de Niji, on donne aujourd'hui trop d'importance aux start-ups, « des sociétés surfinancées, qui créent peu d'emplois. Et on oublie les entreprises qui sont dans une vision "long terme", souvent patrimoniales, et qui sont porteuses d'un nombre beaucoup plus important d'emplois. Et cette « hyper-startupification » dessert le numérique, selon Hugues Meili, car elle donne une vision éphémère, ultra-financière des acteurs du numérique, ce qui n'est pas le cas en réalité ».




L'usage, rien que l'usage !

Jocelyn Denis le rejoint sur ce point précis de l'« hyper-startupification » : « Il ne faut pas que les start-ups soient créées pour de la techno pure et financées à fonds perdus, mais pour un usage réel. L'esprit de Fleur Pellerin est justement de rapprocher les start-ups des usages. Elle pousse pour des métropoles numériques et elle a vu que Rennes, qu'elle ne connaît pas forcément mais où elle a envie de venir, pouvait se mobiliser très vite », ajoute Jocelyn Denis qui retournera au ministère mi-mars. Il sera invité par le conseiller de la ministre, cette fois, à discuter business modèles et accélérateurs, ces fameux incubateurs où le mentoring et la formation sont rois.



Philippe Créhange et Géry Bertrande

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