Côtes-d'Armor
"Nous utilisons l’IA tous les jours et nous gagnons 20 % de temps sur les tâches à haute valeur ajoutée"
Interview Côtes-d'Armor # Agroalimentaire # Gestion

Emmanuel Descloux directeur de transition de Laitik "Nous utilisons l’IA tous les jours et nous gagnons 20 % de temps sur les tâches à haute valeur ajoutée"

S'abonner

La société costarmoricaine Lait’sprit d’Éthique, qui produit la marque de lait et de crème Laitik, à Trémorel, a fait de l’intelligence artificielle un atout. Ses services supports l’utilisent au quotidien. D’après son directeur, Emmanuel Descloux, le gain de temps sur certaines tâches est très important.

Laitik a formé les collaborateurs de ses fonctions supports à l’intelligence artificielle lors d’ateliers pratiques. Depuis, ils utilisent l’IA chaque jour — Photo : DR

Quelle image avez-vous de l’intelligence artificielle ?

Il y a deux façons d’aborder l’IA. Soit on se dit que cela menace notre travail et nos collaborateurs et on la met de côté. Soit on s’en saisit comme d’un outil ultra-performant, comme cela a pu être le cas dans le passé avec l’arrivée de l’informatique ou des outils d’industrialisation. C’est une sacrée révolution !

Comment votre entreprise en est arrivé à utiliser l’IA, quels leviers pouvez-vous activer ?

Nous, qui sommes une PME de 15 salariés (11,1 M€ de CA en 2025) et fédérons 26 producteurs de lait bretons, employons un tiers de nos effectifs en fonctions supports pour la comptabilité, le commerce, l’administration financière, la qualité, etc. Nous voulions gagner du temps sur certaines tâches. Je suis féru d’informatique depuis toujours et ai testé de nombreux outils d’intelligence artificielle. J’ai décidé d’embarquer avec moi les collaborateurs pour leur libérer du temps afin qu’ils se consacrent à leur expertise métier.

Comment vous y êtes-vous pris ?

Tous les salariés des fonctions supports ont suivi un atelier de formation d’une journée avec le cabinet rennais Conjecto, spécialiste du traitement de la donnée. Il leur a appris comment se saisir de l’IA pour des tâches à valeur ajoutée, et comment rédiger un prompt détaillé. Cela nous a coûté seulement une journée de formation, soit environ 2 000 euros. Ensuite, nous payons un abonnement à ChaGPT pour 23 euros par mois. Cela ne coûte presque rien individuellement.

Quels outils utilisez-vous et pour quels gains concrètement ?

Nous utilisons trois outils : ChatGPT pour chercher des informations de marché, des données, rédiger et corriger ; Gamma pour réaliser des présentations à partir d’une trame ; et Napkin pour réaliser des illustrations. Au quotidien, c’est un gain de temps et d’une efficacité dingue ! Je dirais que nous gagnons jusqu’à 20 % de temps sur les tâches à haute valeur ajoutée.

"Au service commercial, nos collaborateurs se servent de l’IA pour la rédaction d’argumentaires. Ils ont la fiche d’un produit, mais il faut la transformer en avantages puis en bénéfices utilisateur…"

C’est-à-dire, quelles sont ces tâches ?

Le service qualité, par exemple, doit rédiger les process, que ce soit sur la stérilisation du lait, sur le port d’EPI (équipements de protection individuelle). D’autant que nous visons l’an prochain la certification IFS (International Featured Standard) en tant qu’acteur de l’agroalimentaire. Quand on décrit un processus, il faut ensuite le décliner en instructions accessibles à tous, ce qui représente des heures de travail. Notre équipe, qui est qualifiée techniquement, se sert de ChatGPT pour rédiger, car ça, ce n’est pas son métier, mais en gardant un œil critique pour la cohérence. De même au service commercial. Nos collaborateurs se servent de l’IA pour la rédaction d’argumentaires. Ils ont la fiche d’un produit, mais il faut la transformer en avantages puis en bénéfices utilisateur, ce qui est plus complexe.

"En tant que dirigeant, j’utilise l’IA pour réaliser des études de marché notamment. C’est intéressant en matière de veille"

Utiliser l’IA, c’est un peu comme faire appel à un sous-traitant. On se concentre sur les idées pour mettre le son en musique, pas sur l’écriture de la partition.

Emmanuel Descloux est le directeur de transition de Laitik — Photo : Matthieu Leman

Et vous, en tant que dirigeant, l’utilisez-vous quotidiennement ?

Oui, pour réaliser des études de marché notamment. Avant, j’allais collecter des informations sur internet sur des sites en français, anglais, espagnol, un peu en italien que je comprenais. Mais ChatGPT s’affranchit des langues, donc aujourd’hui je peux avoir des données mondiales, pourvu que mon prompt soit bien écrit. C’est intéressant en matière de veille. Je peux connaître par exemple le prix moyen pratiqué sur le lait écrémé en supermarché en France. Cela permet de détecter des tendances, des signaux faibles car l’intelligence artificielle a une vue générale que nous n’avons pas.

Côtes-d'Armor # Agroalimentaire # Intelligence artificielle # Gestion # PME
Fiche entreprise
Retrouvez toutes les informations sur l’entreprise SICA LAIT'SPRIT D'ETHIQUE