La Nantaise d’Habitations est un acteur historique du logement social en Loire-Atlantique. Comment définiriez-vous son identité aujourd’hui ?
La Nantaise d’Habitations est une vieille dame nantaise. Elle est née en 1919 sous l’impulsion des patrons nantais qui souhaitaient loger décemment les salariés. Plus d’un siècle plus tard, nous sommes toujours dans cette logique puisque nous appartenons au groupe Action Logement, un organisme paritaire piloté par les organisations patronales et syndicales, dont la mission est de faciliter l’accès au logement des actifs. Nous sommes historiquement tournés vers le logement des salariés, mais nous avons progressivement élargi notre offre pour répondre à des besoins variés, en développant notamment des résidences étudiantes, des foyers de jeunes travailleurs et des résidences sociales destinées aux jeunes actifs. Cette histoire explique aussi notre culture. Nous sommes convaincus qu’il faut faire de l’économique pour faire du social.
Que représente aujourd’hui La Nantaise d’Habitations ?
Aujourd’hui, nous gérons 14 500 logements, dont 86 % situés sur la métropole nantaise, ce qui fait de nous la première Entreprise Sociale pour l’Habitat de Loire-Atlantique. La Nantaise emploie 160 salariés et réalise environ 75 millions d’euros de chiffre d’affaires. Sa filiale Coop Logis, dédiée à l’accession sociale à la propriété, génère pour sa part près de 30 millions d’euros de chiffre d'affaires. Notre coopérative produit ou commercialise autour de 160 logements par an.
Vous revendiquez une culture de l’innovation. Comment se traduit-elle ?
Nous cherchons en permanence à nous remettre en question. Cela passe par l’amélioration continue de nos organisations, mais aussi par l’expérimentation de nouvelles solutions. Nous développons par exemple Loire Campus, notre offre de résidences étudiantes. Nous gérons aujourd’hui 427 logements étudiants répartis sur trois résidences et plusieurs projets supplémentaires sont en préparation. L’objectif est simple : proposer la qualité du privé au prix du logement social.
Nous expérimentons également de nouvelles façons de construire. C’est le cas avec la construction hors-site ou encore avec des programmes utilisant des matériaux biosourcés, comme l’opération bois-paille menée à Couëron.
Pourquoi avoir développé une activité de vente HLM depuis si longtemps ?
Nous pratiquons la vente HLM depuis 1985, ce qui était assez précurseur à l’époque. Cette activité répond à deux objectifs. Le premier est de permettre à nos locataires qui le souhaitent de devenir propriétaires grâce à des prix très accessibles. Sur la métropole nantaise, nous vendons en moyenne autour de 2 000 euros le mètre carré. Le second objectif est économique. Les ventes HLM constituent aujourd’hui une source essentielle de fonds propres pour les organismes de logement social. Elles nous permettent de continuer à investir dans le développement et la réhabilitation de notre patrimoine. Nous ne vendons pas pour réduire l’offre locative. L’an dernier, nous avons vendu 74 logements et nous produisons environ 400 logements par an. La logique reste bien celle du développement de l’offre.
Comment qualifieriez-vous aujourd’hui la situation du logement sur la métropole nantaise ?
La tension est considérable. En Loire-Atlantique, le fichier commun recense environ 58 000 demandeurs de logements sociaux. Sur la métropole nantaise, nous sommes à près de 39 000 demandes. Le délai moyen d’attente atteint désormais 30 mois. Nous sommes sur des niveaux de tension comparables à ceux de l’Île-de-France. Dans le même temps, la mobilité dans le parc social a fortement ralenti. Les locataires déménagent moins, ce qui réduit mécaniquement les possibilités d’attribution.
Nous faisons donc face à un paradoxe : les besoins n’ont jamais été aussi importants alors que l’ensemble des acteurs du logement évoluent dans un contexte extrêmement contraint. Le secteur de l’immobilier connaît de grandes difficultés, beaucoup d’opérations ne se font pas.
Cette tension est-elle alimentée par l’attractivité économique du territoire ?
La Loire-Atlantique accueille chaque année de nouveaux habitants et de nouveaux emplois. Les grands projets industriels, les besoins liés à la santé, au numérique ou encore à la transition énergétique renforcent encore cette dynamique.
Derrière chaque emploi créé, il y a une personne ou une famille qui doit pouvoir se loger. Le logement est devenu un enjeu majeur d’attractivité économique et de recrutement pour les entreprises. C’est d’ailleurs un message que nous entendons régulièrement de la part du monde économique. Les entreprises ont besoin de logements pour attirer et fidéliser leurs salariés.
Quels sont selon vous les principaux leviers pour répondre à cette situation ?
Le premier sujet est celui du foncier. Nous devons collectivement trouver les moyens de mieux maîtriser cette ressource devenue rare. Dans notre métier, c’est la clé, et il faut agir en ce sens avec les collectivités territoriales.
Le deuxième levier est l’innovation constructive. Le hors-site constitue une piste très intéressante parce qu’il permet de construire plus rapidement, à un coût réduit à terme, avec moins de nuisances, moins de déchets et des conditions de travail améliorées pour les entreprises et les salariés.
Enfin, il faut poursuivre les efforts engagés avec les collectivités. Nantes Métropole a fortement soutenu la production de logements ces dernières années. Cet engagement a permis de débloquer de nombreux projets qui n’auraient probablement pas vu le jour autrement.
La rénovation énergétique constitue-t-elle également un axe fort de votre stratégie ?
Absolument. Nous avons aujourd’hui un patrimoine particulièrement performant puisque 70 % de nos logements sont classés A, B ou C sur le plan énergétique.
Nous avons adopté un plan stratégique de patrimoine qui prévoit 247 millions d’euros d’investissements sur dix ans sur le parc. L’objectif est triple : améliorer le confort des habitants, réduire les consommations énergétiques et accélérer la décarbonation de notre parc.
"La question du logement est depuis trop d’années relayée au second plan du débat public, malgré son poids dans le budget des ménages et son impact sur l’emploi, l’attractivité des territoires et le développement économique."
Nous travaillons notamment sur les raccordements aux réseaux de chaleur, le développement des énergies renouvelables ou encore l’amélioration continue de la performance énergétique des bâtiments.
Comment imaginez-vous La Nantaise d’Habitations dans dix ans ?
Notre priorité restera la même : construire, réhabiliter et loger. Nous devons poursuivre notre rythme de production d’environ 400 logements par an tout en continuant à améliorer notre patrimoine existant. Les difficultés sont nombreuses, mais elles ne peuvent pas nous faire renoncer. Gardons à l’esprit que le logement n’est pas un sujet secondaire. Se loger est un besoin vital. C’est ce qui donne tout son sens à notre mission d’intérêt général. Face à l’ampleur des besoins, nous n’avons pas le droit de baisser pavillon. La question du logement est depuis trop d’années relayée au second plan du débat public, malgré son poids dans le budget des ménages et son impact sur l’emploi, l’attractivité des territoires et le développement économique.