Maine-et-Loire
"Notre plateforme logistique est un outil de performance pour l’avenir"
Interview Maine-et-Loire # Distribution # Stratégie

Jérôme Moinard président du directoire de Jean Rouyer Automobiles "Notre plateforme logistique est un outil de performance pour l’avenir"

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Basé à Cholet, le groupe Jean Rouyer Automobiles (1,2 Md€ de CA, 1 600 collaborateurs) a ouvert cet été un hub logistique à Sainte-Luce-sur-Loire, en Loire-Atlantique. Le groupe, qui compte 58 concessions de différentes marques dans l’Ouest et 12 agences Europcar, projette maintenant la construction d’une nouvelle carrosserie à Angers pour juin 2025, comme l’explique le président du directoire, Jérôme Moinard.

Jérôme Moinard est depuis janvier 2023 président du directoire du groupe choletais Jean-Rouyer Automobiles — Photo : Jean-Rouyer Automobiles

Que représente cette nouvelle plateforme logistique récemment ouverte pour le groupe Jean Rouyer Automobiles ?

Le hub de Sainte-Luce-sur-Loire, qui sera inauguré en octobre, va monter peu à peu en puissance. L’investissement dépasse les 10 millions d’euros, sans compter celui que nous avons fait en interne, d’à peu près 3 millions d’euros, pour se mettre aux normes et pouvoir stocker les pièces. C’est un outil de performance pour l’avenir : il nous permet à la fois de mieux maîtriser notre stock de pièces de rechange et d’améliorer notre taux de service pour nos clients professionnels, des concessions internes ou des agents. Nous pourrons continuer de nous développer plus tard car il est bien situé géographiquement. Ce hub est en capacité de stocker environ 18 000 références de pièces et 26 000 pneus et il est dimensionné pour absorber plus de charge.

Qu’est-ce qui a motivé sa construction ?

Auparavant, chaque concession disposait de son stock de pièces de rechange et six concessions principales, à Nantes, Cholet, Angers et La Roche-sur-Yon, avaient un stock plus important. Le constructeur devait livrer à six points différents et nous devions dispatcher ensuite. Maintenant, il livre à un seul endroit. Cela nous permet d’ajuster notre effectif par rapport à la distribution des pièces. À l’intérieur du hub, il y aura à terme 80 personnes et ce sont 100 personnes au total qui travailleront pour cette activité. Tout est digitalisé mais le rangement et le déchargement se font manuellement.

Avez-vous d’autres projets d’investissement ?

Nous voulons construire une nouvelle carrosserie à Angers, ce qui nous permettrait d’avoir un outil de travail plus moderne, adapté et de plus grande capacité que ce dont nous disposons aujourd’hui. Elle travaillera pour différentes marques du groupe car nous avons à Angers plusieurs concessions qui font appel, pour certaines, à des carrosseries extérieures quand elles ont des besoins. Demain, cette carrosserie pourra prendre tous les véhicules des concessions. Nous avons le lieu, à proximité d’Angers, le permis de construire est signé et nous sommes actuellement dans le recours des tiers. L’investissement, que nous ne communiquons pas, est conséquent et l’ouverture est envisagée pour juin 2025.

Pourquoi le groupe s’est-il beaucoup développé ces dernières années par croissance externe ?

Il y a d’une part la volonté des constructeurs qui souhaitent avoir des acteurs plus importants en face d’eux pour pouvoir mieux négocier, et d’autre part une question de survie et d’effet de masse. Si on ne grandit pas et que l’on n’atteint pas une taille critique, on devient une proie pour d’autres groupes. Les constructeurs souhaitent également des regroupements par régions. Pour Renault, nous sommes plutôt présents dans le Grand Ouest, en Bretagne c’est un autre groupe, comme en région parisienne ou dans le Sud-Ouest. Cela nous permet de faire des économies d’échelle et de bien mieux absorber nos frais fixes. Nous avons atteint cette taille critique nécessaire mais nous sommes toujours en veille.

Avec la transition énergétique, on s’oriente vers de nouveaux types de motorisation. Vos métiers évoluent-ils au regard de ces changements ?

Les vendeurs doivent savoir expliquer à nos clients la différence entre véhicule thermique, hybride ou électrique, et cela concerne aussi les métiers de l’après-vente et de l’entretien. Il faut donc former, avec à la fois des formations dispensées par les constructeurs et des formations en interne pour mettre les gens au meilleur niveau. Nous avons au minimum deux à trois personnes formées par site et leur nombre grandit. Il faut aujourd’hui savoir gérer les moteurs thermiques, hybrides et électriques. Cela demande une palette de compétences beaucoup plus large que ce que l’on demandait avant.

Ce qui inquiète le plus actuellement les distributeurs est le marché du véhicule d’occasion : la part de l’électrique en ce début d’année n’était que de 3 % et les stocks augmentent. Il n’y a pas encore une grande appétence des acheteurs. Nous avons sans doute à nous corriger et il faut que nos vendeurs sachent aussi les valoriser. Les moteurs ne s’usent pas, les batteries ont une durée de vie garantie huit ans. Ce n’est donc pas un problème technique, mais il faut changer les habitudes et que le client se dise qu’il peut passer à l’électrique tout en achetant un véhicule d’occasion.

Parvenez-vous à recruter facilement ?

Nous avons du mal à recruter en mécanique et en carrosserie. Pour la mécanique, nous nous appuyons sur les écoles, et nous avons lancé une formation en carrosserie. Nous avons a signé un partenariat avec la CCI de Maine-et-Loire et nous ouvrirons à Cholet à la rentrée de septembre une formation de niveau CAP en un an ou deux ans. Il y aura 20 à 24 personnes sur deux sessions et nous pourrons en ajouter une si besoin.

En matière, de RSE, comment s’engage le groupe ?

Nous avons signé en octobre 2023 une convention avec l’Agefiph (Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées), car nous avons à cœur de travailler sur le maintien dans l’emploi et l’intégration des personnes en situation de handicap. Nous avons créé un "Copil handicap", on a des référents dans les concessions, nous nous formons, nous sensibilisons et le service RH travaille sur le maintien et le retour à l’emploi. Une de nos autres priorités est la sécurité des salariés à laquelle je suis très attaché et aujourd’hui, dans les concessions, le manager se préoccupe aussi de cet aspect. Parallèlement, nous avons travaillé sur notre bilan carbone et nous avons investi dans des bornes de recharge. Nous en aurons sur tous nos sites d’ici la fin de l’année. Nous allons promouvoir pour les salariés l’utilisation de véhicules hybrides, voire électrique.

Vous avez atteint 1,2 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2023. La croissance se poursuit-elle ?

Je regarde plutôt la marge opérationnelle que le chiffre d’affaires, qui est réalisé aussi par l’après-vente mais majoritairement par les ventes. Nous avons vendu plus de voitures et leur prix a eu tendance à augmenter. Le chiffre d’affaires est donc en hausse. La rentabilité, quant à elle, est faite à 50 % par la vente et à 50 % par la partie après-vente. En revanche, le début de l’année 2024 a été plus compliqué, avec une baisse du marché français et des prix revenus maintenant à ceux d’avant-covid.

Maine-et-Loire # Distribution # Stratégie # Investissement immobilier