NGE teste en Moselle un substitut à la chaux inspiré de la salive des termites
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NGE teste en Moselle un substitut à la chaux inspiré de la salive des termites

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Sur une parcelle située au sein de sa direction régionale Grand Est, à Coin-lès-Cuvry en Moselle, le groupe provençal de BTP NGE vient de lancer le test d’un nouveau procédé de traitement des sols, appelé BioCiter : la chaux pourrait être remplacée par un produit inspiré de la salive des termites. À la clé, une réduction des émissions de CO2 de 70 %.

Une première parcelle de 150 m2 a été traitée avec le procédé BioCiter — Photo : Jean-François Michel

La recette restera secrète. "Je peux vous dire que le produit est constitué d’un fil végétal, d’un biopolymère et d’un enzyme, mais je ne peux pas aller plus loin", tranche Anthony Baux, directeur adjoint de la recherche et développement pour le groupe NGE. Le groupe provençal de BTP, qui pèse un total de 4,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires et emploie 26 000 salariés, vient de lancer au sein de sa direction Grand Est, basée à Coin-lès-Cuvry en Moselle, le test d’un produit imaginé pour remplacer la chaux dans le traitement des sols. Le procédé complet a été baptisé BioCiter, pour Bio Cimentation par les termites. Car c’est ce petit insecte qui a inspiré les équipes de R & D de NGE.

Engagé dans la réduction des émissions de CO2

Pratique très ancienne dans les entreprises du bâtiment, le traitement des sols à la chaux vise à modifier ses propriétés avant de construire : en se liant avec les argiles du sol, la chaux va augmenter sa résistance et faciliter la construction des ouvrages. Problème : "Une tonne de chaux, c’est une tonne de CO2 émise", rappelle Anthony Baux. Engagé dans une trajectoire visant à réduire de près de 40 % les émissions du groupe dès 2030 par rapport au niveau de 1990, NGE a donc mobilisé ses équipes de recherche et développement pour trouver une solution.

Luc Lamoré, directeur du département connaissances scientifiques chez Bioxegy, en compagnie d’Anthony Baux, directeur adjoint de la recherche et développement pour le groupe NGE et de Jean-Christophe Pizzaferri, le directeur régional Grand Est de NGE — Photo : Jean-François Michel

Le prix de la chaux a augmenté de 50 % en 5 ans

Autre aspect du problème, le coût de la chaux. "Le prix a augmenté de 50 % en 5 ans", rappelle Jean-Christophe Pizzaferri, le directeur régional Grand Est de NGE. À l’échelle du groupe, il a fallu acheter 22 000 tonnes de chaux en 2024 et 36 000 tonnes en 2023 pour assurer le traitement des sols sur lesquels les équipes de NGE ont bâti des ouvrages. "Et il semble que l’augmentation des prix ne soit pas près de s’arrêter", concède Jean-Christophe Pizzaferri, en décrivant la concentration des industriels produisant de la chaux "Les augmentations de tarif s’expliquent essentiellement par le prix de l’énergie", pointe le directeur régional, en rappelant que la chaux s’obtient en chauffant du calcaire à plus de 1 100 °C.

Inspirés par les termitières

Pour innover, "la stratégie retenue a été le biomimétisme", retrace Anthony Baux. "Il s’agit de s’inspirer du vivant et de ses 3,8 milliards d’années de R & D pour trouver une solution." Épaulées par le cabinet parisien spécialisé dans le domaine Bioxegy, les équipes de NGE ont trouvé leur source d’inspiration dans les termitières. "Ces termitières sont des ouvrages de plusieurs mètres de haut, capable de résister à toutes les conditions climatiques et les intempéries, et qui sont fabriqués grâce à la salive des termites", précise Luc Lamoré, directeur du département connaissances scientifiques chez Bioxegy.

Le malaxage consiste à mélanger le produit inspiré de la salive des termites avec la terre — Photo : Jean-François Michel

Une première parcelle traitée de 150 m2

Lancés en 2022, les premiers travaux de recherche ont rapidement franchi une première étape en laboratoire en 2023, étape pendant laquelle la formulation du liant imitant la salive des termites a été mise au point. En 2024, les premiers essais en laboratoires ont permis de montrer que le procédé BioCiter permettait de retrouver l’essentiel des transformations du sol apportées par la chaux. L’année 2025 sera donc l’année du premier test en grandeur nature : sur une parcelle de 150 m2, à proximité immédiate de la direction régionale Grand Est de NGE, les équipes du groupe ont répandu une couche de quelques dizaines de centimètres d’épaisseur de ce produit. "En fonction de la nature du sol, argileux ou sableux, nous estimons qu’il faut incorporer entre 0,5 et 3 % de notre nouveau produit dans le sol pour le traiter", souligne Anthony Baux. Soit des quantités comparables avec celles utilisées pour un traitement par la chaux.

Des conditions climatiques extrêmes

Deuxième étape du traitement, le malaxage, pour obtenir un mélange homogène entre le sol et le produit. Enfin, une phase de compactage permet de finaliser la préparation du sol. Aucun engin particulier n’est requis, les machines mises en œuvre sont les mêmes que celles utilisées pour traiter avec de la chaux. "Ensuite, il faudra attendre quelques semaines pour comprendre comment le sol se comporte", précise Anthony Baux, qui prévoit de faire des carottages pour étudier précisément les propriétés du sol traité. "Le site de la région Grand Est a été choisi pour mener le premier test, parce que c’est là que nous observons les conditions climatiques les plus extrêmes", souligne Jean-Christophe Pizzaferri. "Très sec en été, très froid en hiver, c’est ce qu’il faut pour envisager un déploiement à l’échelle du groupe".

Jean-Christophe Pizzaferri est le directeur régional Grand Est de NGE — Photo : Jean-François Michel

Un coût "comparable" à celui de la chaux

Si les tests sont concluants, le groupe envisage de se passer de la chaux. "Pour déployer le procédé à l’échelle du groupe, il faudrait installer une unité disposant de notre nouveau produit par région, soit une douzaine en France", décrit le directeur adjoint de la recherche et développement pour le groupe NGE. Les premières commercialisations du nouveau traitement pourraient intervenir à la fin de l’année 2026. "Certains donneurs d’ordres ont de l’appétence pour ces sujets innovants visant à réduire l’empreinte environnementale des chantiers", assure le directeur régional Grand Est de NGE, en soulignant que le procédé BioCiter ne renchérit pas le coût du traitement des sols. "Pour l’instant, le coût de notre nouveau produit est comparable à celui de la chaux", assure Anthony Baux. "Mais avec les augmentations prévues sur le prix de la chaux, nous serons compétitifs."

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