Nathalie Le Meur : «Pas de projets sans concertation»
# Conjoncture

Nathalie Le Meur : «Pas de projets sans concertation»



Se lancer dans l'éolien à dimension nationale, quand on est une PME bretonne, n'est-ce pas difficile?

Oui, d'autant que nos concurrents sont de grands groupes. Mais notre assise financière est parfois meilleure que la leur. En revanche, nous sommes dans un secteur à risque. Le photovoltaïque possède un délai de développement plus court et un cadre législatif différent. Mais concernant l'offshore, le cadre règlementaire est flou. Nous avançons à l'aveugle depuis le début. Notre stratégie va se définir en fonction des réflexions de l'État.


Vos partenaires sont avant tout des collectivités, comment les approchez-vous?

Nous avons démarré il y a dix ans, pensant que la dimension environnementale que nous apportions serait bien accueillie. C'était avant la «vague » écologique et cette notion était alors encore trop floue pour être plébiscitée par tous. Nous n'avons pas changé de méthode, au contraire ! Notre moteur reste la concertation. Si les projets n'étaient pas portés par des territoires, les parcs ne sortiraient pas de l'eau. Dans le terrestre, certains projets ont mis trois ans à se concrétiser, d'autres près de neuf ans ! Dans l'éolien offshore, il y a beaucoup de contraintes à prendre en compte : la richesse environnementale, le paysage, les usagers de la mer comme les plaisanciers et les pêcheurs professionnels... Les parcs doivent être conçus avec les populations. Les études d'impacts guident notre réflexion. L'idéal serait que les résidents locaux deviennent investisseurs des parcs quand c'est possible. Ainsi ils récupéreraient leur investissement grâce à la revente de l'énergie auprès d'EDF.


D'après vous, le projet d'éoliennes flottantes que vous développez avec DCNS, constituerait un fort gisement de croissance?

Avec le projet Winflo, labellisé par le Pôle Mer, nous avons réuni un consortium d'industriels et d'institutionnels: DCNS, SAIPEM, Invivo, l'ENSIETA et l'Ifremer. Si cet équipement coûte plus cher à mettre en oeuvre, il est aussi moins risqué pour les utilisateurs car plus éloigné des côtes. Là-bas, les ressources en vent sont plus régulières et plus importantes. Les politiques doivent prendre les bonnes décisions: ce projet pourrait créer plus de 1.000 emplois directs et 5.000 emplois indirects d'ici à 2020. La fabrication et la maintenance doivent être locales.

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