Les Alpes-Maritimes sont un Monopoly géant pour Nathalie Esclapez. Case départ: la Normandie. Mais en deux lancers elle atterrit sur la Côte d'Azur, où elle achète le Club de tennis de John Moore, le Sophia Country Club en 1989. Depuis elle a posé ses galons dans les plus belles rues du département. À la tête de cinq établissements, elle emploie 250 personnes. Dernier coup de poker de la quadragénaire: l'ouverture des thermes marins H2O, en mai2009 à Cannes.
«Passionnée et engagée»
Un investissement qui «révèle l'audace de cette entrepreneuse passionnée et engagée», vante David Lisnard, premier adjoint à la mairie de Cannes. De l'audace, il en fallait pour construire le premier centre de thalasso de Cannes. Nathalie Esclapez a investi 32M€ entre les thermes et le relooking intégral de l'hôtel attenant, l'ex-Sofitel. Rebaptisé 1835 White Palm Hotel, l'établissement du boulevard Jean Hibert est devenu un produit de luxe à la décoration contemporaine. Cette métamorphose a dérouté les clients traditionnels du Sofitel mais Gilles Stellardo, directeur du 1835, est confiant. «2009 a été une année de démarrage un peu chaotique, 2010 sera charnière de positionnement et fidélisation et en 2011, nous récolterons les fruits», confie celui qui, au lendemain du Mipim, a enregistré des réservations pour l'édition 2011 du salon.
Un «côté princesse»
Donc ce n'était pas une folie de sa patronne, qu'il décrit comme «courageuse, intelligente et vive d'esprit»? «Les grandes choses naissent souvent d'une folie, du moment qu'elle est calculée et que les risques sont maîtrisés», estime-t-il. Pour le Niçois, l'entrepreneuse est «en osmose avec le produit, c'est un peu son bébé». En effet, reine dans le hall de son hôtel, Nathalie Esclapez appelle ses employés par leur prénom, pas un quart d'heure sans qu'elle ne soit saluée. «J'ai besoin de contact, avoue-t-elle, j'investis dans des projets coûteux qui me permettent de m'épanouir, où l'affect joue.» C'est ce que la maîtresse des lieux appelle son «côté princesse», même si elle sait que son père aurait préféré des projets rentables immédiatement.
Héritière et transmetteuse
Son père, la quadragénaire en parle énormément. Elle définit Jacques Esnée, industriel dans l'agroalimentaire et grand propriétaire, comme «son financier», «entrepreneur», «agitateur»... Issue de «la bourgeoise locale», Nathalie Esclapez a voulu s'émanciper, «être anonyme et faire mes preuves». Elle fait ses armes en thalasso et comme gérante d'un resto routier à moins de 25ans. En 1989, elle achète le Sophia Country Club, associée à Jean-Michel Hardoin. «Nous nous sommes vite séparés, j'étais une gamine, habituée à avoir autour de moi des gens qui agissent vite je prenais les décisions à la hâte», admet-elle. Mais c'est la «gamine» qui garde le bébé, premier d'une longue série. Ces étapes parfois laborieuses, ont fait de Nathalie Esclapez la batisseuse qu'elle est aujourd'hui. Les valeurs de travail qu'elle a héritées de sa «famille issue du monde paysan pour qui travailler n'est pas un gros mot», la mère de famille les transmet à ses quatre enfants. Les aînés ont travaillé dans ses hôtels, et tous sont «fiers car ils voient que leur père, Frédéric, et moi avons fait quelque chose de pas ordinaire. Nous cherchons à leur en transmettre l'énergie positive», sourit la femme «fidèle en amitié et dans le couple».
«Battante», «bâtisseuse», «femme de caractère», Nathalie Esclapez règne sur quatre hôtels et son dernier coup de poker: le premier centre de thalasso de Cannes. Un investissement audacieux qui enrichit l'offre touristique de la ville.
Lucie Lautrédou