Nanosatellites : Le réveil des industriels ?
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Nanosatellites : Le réveil des industriels ?

Spatial. Au Toulouse Space Show, le Cnes a lancé le club Nanosat et soutenu la création du Centre spatial universitaire de Toulouse, portant sur les nano systèmes spatiaux. Quels sont les acteurs du nanosat en Occitanie ? Pourquoi de plus en plus d'entreprises s'y intéressent-elles ?

Ils étaient une trentaine d'organismes, écoles, industriels et laboratoires, à assister au lancement du tout nouveau club Nanosat coordonné par le Cnes, lors du Toulouse Space Show fin juin. Un succès révélateur d'une prise de conscience de l'intérêt de ces satellites de petite taille, dans la lignée du New Space, où des entreprises comme OneWeb ou SpaceX cassent les codes du spatial étatique traditionnel. « C'est un club national, pour fédérer les forces sur les nanosatellites et organiser des rencontres », explique Lionel Suchet, directeur de l'innovation au Cnes.




Montpellier précurseur

Jusqu'à présent, les nanosat étaient surtout traités dans les universités, en raison de leur intérêt pédagogique évident - permettre à l'étudiant de mener à terme un projet complet de satellite. En France, c'est à l'université de Montpellier que le premier Centre spatial universitaire (CSU) a été mis en place en 2011, dont les projets sont financés par la Fondation Van Allen. Le premier cubesat (10x10x10 cm) français y a été fabriqué, puis mis en orbite en 2012. Plusieurs nanosat y sont en développement aujourd'hui. Et pour Frédéric Saigné, directeur de la Fondation Van Allen, l'intérêt des industriels est de plus en plus marqué. « Dans le nouveau bâtiment où le CSU vient d'emménager, plusieurs sociétés s'installent, comme les Toulousains Intespace et Trad, ou encore Tecnalia et Systheia. » Membre fondateur de la Fondation Van Allen, Intespace, à titre d'exemple, veut déployer dans ce nouveau bâtiment un centre d'essais. « Nos clients seraient les sociétés qui développent des équipements embarqués sur satellites et les fabricants de nanosatellites, quand ce marché-là sera plus développé », annonce Frank Airoldi, le p-dg d'Intespace.






Un nouveau GIS toulousain

À Toulouse, le monde scientifique et universitaire planche depuis des années sur les nanosatellites mais ce n'est que fin juin, au Toulouse Space Show, qu'a été créé le CSU Toulouse. Aux manettes, l'Isae-Supaero, le CNRS, l'Enac, l'Université Paul Sabatier, l'Onera, l'Insa Toulouse et l'INP Toulouse, avec le soutien du Cnes. La mission de ce groupement d'intérêt scientifique : fédérer les actions de recherche et de formation pluridisciplinaires dans les nano systèmes spatiaux. « Le premier nanosat à être conçu et fabriqué à l'ISAE - avec l'aide de l'Irap et de l'Onera - sera lancé en 2017 pour une mission scientifique », évoque Bénédicte Escudier, professeur et coordinatrice des affaires spatiales à l'Isae, ainsi que du CSU Toulouse. Et la nouveauté, c'est que « les entreprises nous sollicitent aujourd'hui pour coopérer sur les nanosat. Car nous pouvons les aider à tester leurs algorithmes, leurs équipements, leurs technologies, à travers l'envoi dans l'espace de nanosat. »




L'apport industriel de Nexeya

Dans cette filière en essor mais encore très immature, un industriel toulousain se démarque : Nexeya. Le groupe travaille depuis des années au développement d'une plateforme nanosat multimission, adaptable et modulaire, avec ses partenaires (Steel Electronique, Erems, Comat, M3 Systems et les Bordelais TDM et IMS). Un outil de plus grande taille, pour des usages de collecte de données ou d'observation, et qui pourra être produit de manière industrielle dans les locaux de Nexeya. Peut-être un peu trop précurseur, Nexeya, qui avait démarré ces travaux « dans l'indifférence tolérée des agences et des constructeurs spatiaux », a besoin aujourd'hui d'un premier client. « Si l'on veut avoir un produit time-to-market, il faut que ces acteurs rentrent dans la danse ! », alerte Nicolas Multan, directeur de la business line Space Systems.




Un engouement certain mais en manque d'investisseurs

L'activisme en la matière du pôle Aerospace Valley fait aussi bouger les lignes. Ce dernier a ainsi lancé l'an dernier un appel à idées sur le développement d'une charge utile qui pourrait être embarquée sur la plateforme de Nexeya. Seize projets ont été proposés notamment en provenance de l'étranger. Un engouement que Laurent Francillout, délégué espace à Aerospace Valley, explique par le vrai changement de paradigme qu'induit le nanosat. « Cet outil impose de nouveaux business models, de nouveaux process, il adresse des services différents et est clairement tiré par un usage. Et ce sont souvent des acteurs qui ne viennent pas du spatial (mais du numérique par exemple) qui s'y intéressent, apportant un esprit d'innovation. » Le nanosat devient d'ailleurs source d'entrepreneuriat, comme le démontre la start-up Earthcube fraîchement créée à Toulouse (cf ci-dessous). Reste le nerf de la guerre : « Il faut, aujourd'hui, que des capitaux privés prennent le relais et développent la filière ! », conclut Laurent Francillout.



Agnès Baritou

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