Gérer un orchestre réclame des ajustements financiers inhabituels, tant dans le milieu entrepreneurial qu'artistique. Ainsi, Pascal Lamy, président du conseil d'administration de l'association Musiciens du Louvre Grenoble, se félicite que « 65 % des recettes proviennent des spectateurs. Cela nous distingue des autres formations musicales. Nous disposons également de soutiens de l'État, de la Région, du Département et de la Ville, à hauteur de 30 % de notre budget. Mais dans les cinq à dix ans à venir, les financements publics vont maigrir. Nous devons donc augmenter nos recettes de mécénat, qui sont actuellement de 5 %, si nous voulons continuer à produire de la qualité artistique ».Le mécénat s'est enrichi cette année de nouveaux membres. « Mais attention, ce ne sont pas des mécènes philanthropiques qui donnent une obole, prévient le président. Ce sont des partenaires qui sont dans une relation de prestations de services. C'est plus stable et plus durable qu'une version classique du sponsoring. » L'un des objectifs de Pascal Lamy est de développer ce club des mécènes, qui compte aujourd'hui une dizaine de membres, dont la Banque populaire des Alpes, Siemens, Air liquide, Eurotungstène, GEG ou encore CBR bâtiment.
Hors des canons
Le budget global des Musiciens du Louvre Grenoble s'élève entre 3,5 M€ et 4 M€, pour quinze personnes permanentes, dont cinq musiciens. L'ancien directeur de l'OMC admet que la formation grenobloise « est un animal à part dans le paysage musical français, si l'on considère que les autres fonctionnent avec environ 50 % de subventions. Je trouve que cette matrice du business model des Musiciens du Louvre Grenoble est, avec le recul, une bénédiction ! Cela nous rend plus créatifs, même s'il n'est pas facile de mener une telle embarcation. Ce modèle non conventionnel, hors des canons de la profession, suppose une très bonne articulation des équipes, tant artistiques que logistiques. Ça ne marche qu'avec un état d'esprit particulier. »L'orchestre se permet notamment de proposer cette saison deux oeuvres en version scénique, "Orphée et Euridice" de Gluck, et "Histoire du soldat" de Stravinski. « Cette saison nous pousse plus loin, vers tous les publics, tous les formats, toutes les musiques classiques. Nous menons une gamme à plusieurs octaves, qu'il faut gérer... Monter des opéras, ça n'a pas beaucoup de sens d'un point de vue budgétaire. Le risque financier sur un concert de qualité est de l'ordre de 50 à 80.000 €. Sur un opéra grandiose, il est multiplié par six, à 200 ou 300.000 €. C'est très lourd de faire tourner des opéras, ce n'est pas comme un concert. Mais nous ne sommes pas dans la production de saucisses, nous sommes dans le spectacle, un objet à géométrie variable. »
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Musique. Les Musiciens du Louvre Grenoble mènent une entreprise peu commune. L'orchestre offre cette saison deux opéras, ce qui représente un défi économique.