« Nous sommes dans un monde de risque zéro. On n'aide que ceux qui n'en ont pas besoin. Vous pouvez avoir un superprojet, du moment que vous êtes dans le transport, vous êtes sur la liste rouge. » Thomas Wilson est remonté. Et pour cause. Le repreneur des transports Munster, spécialisés dans le transport sur plateau et dans la location de véhicules industriels avec chauffeurs, a dû demander le placement de son entreprise en redressement judiciaire, le 5 décembre dernier. « Quand j'ai repris l'entreprise au groupe Transalliance fin 2010, Munster perdait plus d'1 M€ par an. En 2011, j'ai sorti un résultat à - 250.000 €. J'ai envoyé mes résultats mi-2012. Le couperet a été immédiat. Nous avons été placés sur la liste rouge des assurances-crédits de nos fournisseurs de gasoil. »
500.000 € en trois jours
Concrètement, au lieu de payer son carburant à 30 jours, Munster a dû régler immédiatement tous ses achats. « En trois jours, nous avons mangé 500.000€ de trésorerie. » Pour faire face et préparer une croissance externe, Thomas Wilson a vendu son activité parisienne de balisage de chantiers et négocié avec des clients des paiements anticipés. Cela n'a pas suffi. « Notre projet de croissance externe est tombé à l'eau en raison d'un problème de fonds de roulement. Les banques n'ont pas suivi. À partir de ce moment, je savais qu'on allait droit au redressement judiciaire. Nous n'avions plus de projet de développement, nous allions dans le mur », confie Thomas Wilson. L'entrepreneur a donc décidé de demander le placement en redressement judiciaire. « C'est très difficile psychologiquement de dirze à ses fournisseurs qu'on ne peut plus les payer, d'annoncer à ses salariés que l'avenir est sombre... Mais j'ai préféré déposer rapidement, avant d'être vraiment sous terre. Il y avait réellement péril, nous avions perdu 1 M€. » D'abord orienté vers un plan de cession « pour le bien des salariés », Thomas Wilson a finalement fait un virage à 180º et proposé un plan de continuation. « Les repreneurs potentiels n'ont pas concrétisé, dans leurs offres de reprise, les promesses qu'ils m'avaient faites, notamment en termes de reprise des salariés. Or, je veux pouvoir me regarder en face et me dire que je fais le maximum pour mes salariés. »
Dépasser le cap des 20 M€
Accepté par le Tribunal de commerce, le plan de continuation a été revalidé en mai dernier. En septembre prochain, Thomas Wilson devra convaincre définitivement. « Le redressement judiciaire engage des contraintes très fortes mais offre aussi des opportunités. Nous les avons toutes exploitées », assure le dirigeant de Munster. Plan social avec suppression de six emplois, renégociation des contrats d'assurance et autres... La PME a aussi quitté ses locaux de Saint-Just-Saint-Rambert pour emménager dans des locaux quatre fois moins onéreux à Veauche. « Au total, nous avons réalisé une économie mensuelle de 60.000 euros sur nos frais de structure. » Deuxième axe de travail : une croissance externe. « Cela peut sembler paradoxal quand on est en redressement judiciaire, mais c'est vital : nous devons dépasser les 20 M€ de chiffre d'affaires. C'est la taille critique à atteindre pour lisser nos coûts. » Cible, à atteindre rapidement donc, une entreprise de transports sur plateau générant entre 5 et 6 M€ de chiffre d'affaires. « Entre une PME comme la nôtre et un groupe, les écarts de prix sont énormes. L'achat de camions nous coûte deux fois plus cher. Sur une année, cela représente un différentiel de 600.000€ en notre défaveur. C'est énorme ! » Thomas Wilson réfléchit aussi à un recentrage de son activité sur le transport sur plateau. « L'activité location est trop périlleuse. Easydis est notre unique client... » Même avec des projets solides, Munster devra s'acquitter de ses dettes, 2 M€ environ, pour sortir du redressement judiciaire. « Pour une entreprise qui pèse 20 M€ de chiffre d'affaires, c'est facilement supportable. Cela l'est moins pour une entreprise qui en pèse 12. »
Munster
(Veauche) Gérant : Thomas Wilson 115 salariés CA 2012 : 14,5 M€ www.transports-munster.fr