Le 2 juin dernier, l'association médicale inter-entreprises du Morbihan et des localités limitrophes (Amiem) a tenu son assemblée générale à Pontivy. Un symbole et un cheminement de la part de deux acteurs, l'Amiem et des patrons pontivyens, qui ont connu une forte divergence de point de vue ces derniers temps. Un petit retour en arrière est nécessaire afin d'en connaître les fondements. « L'association de santé au travail intervient auprès de 220.000 salariés et compte 21.000 entreprises adhérentes. Nous couvrons le département du Morbihan mais aussi des localités limitrophes en Ille et Vilaine, à proximité de Redon et en Loire-Atlantique, près de Blain, » expose Claudie Chédaleux, directrice de la structure. Et pour exercer ses missions, elle peut s'appuyer sur un effectif de 220 salariés dont... seulement 40 médecins et 10 collaborateurs médecins à savoir des généralistes qui entament une reconversion professionnelle en se formant à cette spécialité.
Baisse constante du nombre de médecins
Et c'est là que les choses se compliquent d'autant plus que la pyramide des âges de ces médecins est défavorable : 85 % d'entre-eux ont plus de 55 ans. Cette donnée augure d'un avenir compliqué sans l'arrivée de nouvelles forces vives. Ce que constate l'Amiem sans se défausser. « C'est un changement incroyable si on regarde encore dix ans en arrière », note Marc Lestrohan, président de l'Amiem et Daf du groupe Laudren à Caudan. Un propos qu'argumentent, chiffres à l'appui, Claudie Chédaleux et Géraldine Guillo, en charge de la communication. « Effectivement il y a dix ans, nous avions 78 médecins, deux préventeurs et pas d'infirmières quand aujourd'hui nous nous appuyons sur une cinquantaine de médecins, entre 14 et 16 infirmières et 15 assistants de santé au travail. » L'explication de ce désintérêt des praticiens est générale : cette spécialité est l'une des dernières choisie par les étudiants.
Colère des Pontivyens
L'attractivité du métier n'est pas la seule difficulté à laquelle doit faire face l'Amiem : si pour ces centres principaux situés sur la bande littorale elle rencontre peu de difficultés de recrutements, il n'en est pas de même plus à l'intérieur des terres comme à Ploërmel ou à Pontivy. « Pontivy est l'illustration de ce qui se passe. Nous avions cinq médecins et il n'en reste plus qu'un. Un centre médical un peu plus costaud a vu le jour à Locminé. Quelque 6 à 7.000 salariés devront faire leurs visites là-bas. C'est encore un service de plus qu'on enlève à Pontivy », ont mis en avant Christine Le Strat, maire de Pontivy et d'entrepreneurs parmi lesquels Yves Guillateau, dirigeant de la biscuiterie Joubard et président du club de Pontivy Sud Entreprise qui en a fait un cheval de bataille.
« Moréac : une organisation à l'essai »
Une situation que constate également le patron du Medef, Jean-Pierre Rivery : « Pontivy et Ploërmel sont des bassins d'emploi importants en matière d'agroalimentaire, pour l'agriculture et le tourisme. Gardons ce lien social avec la médecine du travail. » Une réunion a eu lieu entre les différents protagonistes de ce dossier pour trouver un terrain d'entente. L'Amiem ne cache pas sa difficulté à trouver d'autres médecins pour Pontivy. « Une entraide existe depuis Caudan, siège de l'Amiem, et Vannes. Des médecins se déplacent pour venir en soutien à Pontivy. Nous avons ouvert un centre à Moréac car cela fait moins loin pour les médecins qui se déplacent et c'est à proximité de Pontivy. Je rappelle que c'est une organisation à l'essai », insiste Claudie Chédaleux. Dans le Centre-Bretagne, les explications données par les services de santé au travail ont du mal à être entendues. Les chefs d'entreprise mettent aussi en avant ces déplacements à Moréac en pointant du doigt les risques routiers supplémentaires pour ces trajets et le temps passé. « Cela s'est fait un peu en catimini », confie François Coudron, P-dg de Saugera à Pontivy et co-dirigeant d'IPCB à Ploërmel. La rencontre entre les élus de Pontivy Communauté, l'Amiem et les chefs d'entreprise aura permis de s'assurer que le centre de Pontivy ne fermera pas. « Le dialogue n'est pas rompu c'est pour cela que l'assemblée générale de l'Amiem a eu lieu à Pontivy. Nous aimerions aussi via les organisations patronales qu'un représentant pontivyen soit au conseil d'administration. Ceci permettra de s'assurer que les promesses seront tenues », souligne François Coudron.
Recruter des infirmières
Les deux parties s'accordent sur deux choses : aujourd'hui certaines visites de salariés au sein des services de la médecine du travail pourraient être effectuées par d'autres professionnelles de santé. 98 % des salariés venant en visites d'embauches sont aptes. « Cela se justifiait après guerre, aujourd'hui la situation sanitaire a évolué ». Ce faisant entre deux visites médicales, des entretiens infirmiers sont aussi assurés afin de permettre aux médecins de se concentrer sur des visites de maintien dans l'emploi, de prévention ou de conseil. « Nous savons tous que la situation actuelle est insatisfaisante. Je préfère qu'il y ait continuité du service et que certaines visites d'embauche soient assurées par des infirmières qui pourraient réorienter certains salariés vers un médecin si elles l'estiment nécessaires. Et que pour que pour des postes spécifiques, ces visites relèvent du praticien ». Si ce n'est pas la mesure la plus connue, la loi El Khomri prend en effet en compte cette pénurie de médecins et les problématiques que rencontre la Médecine du travail. Une partie de la solution réside peut-être là d'autant plus que les candidatures d'infirmières ne manquent pas. « Nous recevons deux à trois demandes par semaine », conclut l'Amiem.
La Médecine du travail connaît de profondes mutations. Les évolutions du service passent parfois mal comme à Pontivy où les patrons se sont sentis lésés. Des propositions ont été faites sans dissiper toutes les craintes. La loi El Khomri pourrait offrir des solutions.