Le président de la Fédération du bâtiment du Morbihan ne mâche pas ses mots : « Nous avons perdu en Bretagne l’équivalent d’un CFA depuis la crise. Un tiers des effectifs en apprentissage », déplore Stéphane Le Teuff. En présence du président national, Jacques Chanut, les élus de la Fédération ont évoqué l’ampleur de la tâche.
La Bretagne, la plus forte reprise dans les 5 ans selon la FFB
Or, la Bretagne est la région qui va le plus profiter de la reprise dans les cinq ans à venir. Dans le Morbihan, le nombre d’adhérents à la fédération a enfin repassé le niveau maxi des années 2008-2009. » Il est essentiel de rattraper le temps perdu sous peine de voir des savoir-faire disparaître. La Fédération multiplie les initiatives et les formations, d’autant qu’émergent de nouvelles tendances : retour sur le marché des primo-accédants, encouragés enfin par les récentes politiques nationales et par effet de rattrapage, amélioration certes relative du pouvoir d’achat ces derniers mois, poursuite de la croissance démographique... Tous les scenarii de la Fédération française du bâtiment plaident pour une embellie sur la période 2015-2021. L’activité devrait croître de 2,3 à 3 % par an en Bretagne contre 1,4 et 2,1 % en France.
Ne pas attendre le cycle 2021-2025 !
Il ne s’agit pas d’attendre de voir venir car ces bonnes années se prennent maintenant : après 2021, de nouveaux nuages s’annoncent. Tous les scenarii de la FFB anticipent un déclin de l’activité au-delà, de l’ordre de -0,1 à -1,0 % en Bretagne contre -0,9 à -1,9 % en France. En cause : la pyramide des âges qui se vide par le haut des classes du baby-boom... Imparable. La Bretagne ferait moins pire que les autres pour plusieurs raisons : solde migratoire positif en provenance d’autres régions françaises, importance du parc ancien, chômage contenu, renouvellement des générations...
Une nouvelle carte professionnelle fin 2016
D’autres raisons, plus sectorielles, s’ajoutent : la Bretagne est moins exposée au travail détaché que d’autres régions, en particulier frontalières. Or, le travail déloyal et illégal coûteront entre 50 et 200.000 emplois d’ici 2025 en France. C’est l’un des chevaux de bataille des fédérations. Moins touché que d’autres, le Morbihan ne fait pas exception. Pour faire face, la fédération compte activer d’ici la fin de l’année une carte d’identification professionnelle. « Nous n’avons pas attendu les déclarations du Premier ministre qui affirme que si la directive européenne n’évoluait pas vers le haut, la France ne l’appliquerait pas, observe Stéphane Le Teuff. Les compagnons seront tenus de la porter. Avec un flash code, les services pourront voir in situ si on est à jour de ses cotisations et si l’on n’est détaché ou non. Cette carte va freiner le travail déloyal. Y recourir, c’est se tirer une balle dans le pied, tirer les prix vers des niveaux anormalement bas. »
La pénibilité fait grincer des dents
Si l’Etat est actif sur le dossier de la fraude, il tire contre son camp s’agissant de la pénibilité, autre enjeu majeur abordé en présence du président national. « Nous ne sommes pas contre ce dossier. Outils, matériaux, formations... Nous avons-nous-mêmes beaucoup évolué. Mais c’est irréalisable. On aura des fiches à remplir, on nous demandera d’être arbitres sur le degré de pénibilité du travail de tel ou tel compagnon ! L’Etat lui-même ne se l’applique pas. Un référentiel de branche est en train de s’écrire. Impossible en six mois, or l’Etat nous presse déjà. Nous avons besoin d’un an de report... »