Métropole lilloise : Comment les PME contournent les bouchons

Métropole lilloise : Comment les PME contournent les bouchons

Face à la thrombose lilloise source d'improductivité, dénoncée de toutes parts, des entreprises ont trouvé la parade. Covoiturage, télétravail, horaires décalés... Les PME font sauter le bouchon avec des outils efficaces, pas si compliqués à activer. Témoignages.

Le moindre pépin sur l'asphalte lillois déclenche l'asphyxie de la métropole, déjà surchargée par son trafic européen. Au volant, chacun l'a déjà testé et y va de sa petite combine pour éviter les bouchons, mais l'itinéraire bis (voire ter) ne suffit plus. Les temps de trajet s'allongent et, avec eux, l'improductivité grandit côté employeurs. Les acteurs économiques et consulaires tirent la sonnette d'alarme. Halte à la thrombose! «Lille cumule les handicaps avec le passage d'une autoroute internationale utilisée comme un boulevard périphérique et il est interdit d'en parler. Il y a un blocage», analyse Jean-Pierre Guillon. Le président du Medef régional en appelle au consensus. Il y a 20ans déjà, le journaliste Pierre Garcette écrivait: «Je ne puis m'empêcher de penser à la phrase, prophétique, de René Sedillot: "En matière de circulation, on voit toujours trop petit!" Les bouchons ne datent pas d'aujourd'hui.» À Roncq, le patron de la Ferme de la Gontière (280salariés) Didier Motte fulmine quand il verse sa contribution transport (2% de sa masse salariale), alors qu'aucun transport en commun ne dessert son secteur. «La métropole lilloise a choisi le taux le plus élevé!»




La Mondiale, le pionnier

Nombreux sont ceux qui s'offusquent régulièrement contre le goût de bouchon, y compris le préfet. Plus rares sont les entreprises qui ont mis en place des solutions de contournement. Ces quelques pionnières ont pourtant beaucoup à partager. Parmi elles, La Mondiale a été précurseur des plans de déplacement. Métro, covoiturage, deux-roues... Tout est fait pour faciliter la vie des 1.450salariés du siège de Mons-en-Baroeul qui ne compte que 383 places de stationnement. «Les salariés d'AG2R, intégrés récemment, viennent à 70% en transport en commun», note Monique Mackiw, DRH adjointe et directrice du site.




Auchan covoiture À la centrale d'achats d'Auchan, à Villeneuve-d'Ascq, la direction a aussi regroupé tous ses sites éclatés de la métropole. Sur place, les effectifs ont doublé. «Nous sommes passés de 1.200 à 2.400salariés, regroupés pour éviter les mouvements entre la centrale et les quatre sites que nous avions en location», indique Véronique Gaucher, directrice des services généraux. Un nouveau bâtiment a été érigé et le parking volontairement restreint. De 1.685 places, le site est passé à 2.315places, mais l'idéal aurait été d'en prévoir 2.600. Impossible! Véronique Gaucher et son équipe ont anticipé l'engorgement, car cette véritable fourmilière reçoit aussi 28.000fournisseurs par an. D'une vingtaine de places de covoiturage réservées, le parking en compte aujourd'hui 106, pour 234adeptes, convaincus grâce à un portail intranet performant avec enquête des besoins au préalable. «Les entreprises sont craintives mais ce n'est pas compliqué à mettre en place. Un groupe peut réaliser jusqu'à 100€ d'économies mensuelles et tous les six mois, il bénéficie d'un lavage extérieur gratuit. C'est un geste fort de l'entreprise», se félicite Véronique Gaucher qui a recensé plus d'un cinquième des effectifs adepte des modes «doux». Auchan a aussi obtenu une ligne de bus à sa porte, utilisée chaque jour par 150personnes. Plus rares sont les utilisateurs des vélos acquis par l'entreprise pour rallier le métro.

Salti roule à vélo

Le vélo, c'est le dada de Salti, loueur de matériel professionnel dont le siège est basé sur la zone de la Pilaterie, à Marcq-en-Baroeul où travaillent 89salariés. «Nous en avions acheté trois; nous allons en racheter deux supplémentaires vu l'engouement», se réjouit Jean-Sébastien Guiot, P-dg lui-même utilisateur. Ses collaborateurs peuvent à loisir se rendre du Vélopole du métro, où ses vélos sont en sécurité, à l'entreprise et vice-versa.

Opti-Machines recrute proche Bien en amont, dans leurs recrutements, les entreprises lilloises y regardent maintenant aussi à deux fois. Patron d'Opti-Machines, au bord de la rocade nord-ouest à Wambrechies, Philippe De Leeuw a déjà «perdu» un salarié du fait de son éloignement. «Je fais le choix géographique dans mes recrutements, annonce cet ancien cadre parisien. Les bouchons, je sais ce que c'est! Nous avons mieux à faire dans un bureau qu'une demi-heure coincés dans notre voiture.»

Cosyn et Aoyama en décalage

Décaler les horaires, c'est la solution retenue par bon nombre dont Bruno Cosyn, P-dg de la société éponyme à Roncq: «A la mise en place des 35h, en 2000, j'ai proposé à mes salariés de travailler 39h sur quatre jours et demi, soit 8h30 par jour, en commençant tôt le matin. À 7h le matin, je n'ai quasiment jamais de retardataire, témoigne-t-il. Au lieu de faire 35h, plus 8 à 10h improductives et fatigantes sur la route, mes salariés réalisent 39h payées et accroissent leurs salaires par le biais de 4h supplémentaires par semaine.» Parce que ses salariés étaient «en stress»
, parce que trop en retard, Philippe Beuscart dirigeant d'Aoyama à Villeneuve-d'Ascq a lui aussi proposé de décaler les horaires. «Ils arrivent beaucoup plus détendus et ont le temps de prendre un café. Avant, ils embauchaient à 9h. On a avancé une première fois à 8h30, puis à 8h il y a six mois, et parfois même à 6h. C'est devenu pire qu'à Paris! Un chef de ventes d'Arras m'a quitté. Il arrivait le matin tremblant. Nous avons pris le Grand Stade en plus... La localisation de l'entreprise devient problématique. Je pense à délocaliser ma boîte!, confie-t-il dépité. On ne tient pas compte des entreprises. Cela dessert aussi les classes moyennes.»

G.Bertrande et S.Mahias