Ils sont une petite trentaine, 35 les bonnes années. Des chefs d'entreprise, actifs ou retraités, s'impliquant dans l'économie locale en distribuant pièces sonnantes et trébuchantes... « Notre rôle dépasse de beaucoup celui d'un pur investisseur », insiste Hervé Baujard, vice-président de l'association des business angels azuréens, Méditerranée Investissements. Épauler, transmettre, investir temps, compétences, réseaux : en bref, actionner tous les leviers à disposition pour aider les start-up à passer le cap de l'amorçage. « C'est le côté intéressant de l'aventure ».
Trois pépites
L'aventure Méditerranée Investissements débute en 2004. Au départ, une poignée d'hommes, guidés par leur seule bonne volonté, qui peu à peu se professionnalisent, mettent en place pratiques et process, gagnent en crédibilité, leur permettant de justifier, 10 ans plus tard, près de 2 M€ investis dans 18 start-up, contribuant ainsi à la création d'environ 70 emplois. Dans le lot, quelques échecs, une majorité qui vivote, et 3 futures pépites portées en étendard : Kinaxia (Sophia Antipolis), Expertnova et Oridao (Montpellier). « La loi SEPA et son volet défiscalisation ont favorisé ce mouvement », se souvient José Massol, président et co-fondateur de Méditerranée Investissements. Mais les années fastes ne durent qu'un temps. Les différentes relectures de la loi ont rendu à partir de 2011 « le dispositif impraticable ». Les anges, du plomb dans l'aile, se séparent du véhicule d'investissement doté de 600 K€ mis en place en 2007 pour désormais investir en direct. « On a perdu en agilité et en force de frappe alors que la chaîne de financement se tend. Le capital-risque, frileux, peine à prendre le relais de l'amorçage dans un contexte économique qui rend le succès plus difficile, rallongeant d'autant le cycle d'investissement », regrette José Massol, obligé de réduire les investissements dans de nouvelles jeunes pousses. L'association préférant concentrer ses efforts sur l'accompagnement des entreprises en portefeuille et sa participation dans des tours de table complémentaires.
Recruter
Autre enjeu pour le club, le recrutement. « Au bout de 5 à 7 ans, le business angel s'épuise. L'âge, la capacité d'investissement, le risque aussi concourent à une certaine démotivation », explique le président du réseau qui affiche un turn-over annuel de 10 à 15 %. Il s'agit donc de recruter entre 3 et 6 anges par an sur un territoire où certes les gens ont du patrimoine, sans que celui-ci ne profite vraiment à l'entreprise et à l'économie réelle. « Le terreau n'est pas très fertile », confirme José Massol qui se « bat, explique, mobilise les forces vives », pour « continuer à exercer cette passion »... encore 10 ans.
Gaëlle Cloarec
Amorçage. Le club de business angels azuréen passe le cap des 10 ans alors que la chaîne de financement des start-up se tend, rallongeant le cycle d'investissement.