Malgré la réforme de 2009 instituant une nouvelle façon de travailler sur les quais avec le commandement unique sur les terminaux, le port de Marseille-Fos ne cesse de voir ses trafics dégringoler. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : - 67 % pour le brut via la SPSE (Société du pipe-line sud européen), - 13 % pour le trafic GPL, - 24 % pour les raffinés, - 8 % pour le gaz naturel liquéfié... Sur les quatre premiers mois de l'année, les trafics énergétiques accusent un recul sans précédent. La voie d'eau siphonne le port de Marseille dont les hydrocarbures représentent 60 % des tonnages et, in fine, une part non négligeable des recettes. « Le secteur du raffinage en Europe est en restructuration et nous prévoyons une nouvelle contraction des imports de brut de 10 à 15 % en 2013 », annonce Arnaud Ranjard, directeur du développement du GPMM. En matière énergétique, le port enchaîne les mauvais coups. Dernier en date ? La décision de la raffinerie Miro Oberrhein de Karlsruhe (Allemagne) en septembre dernier de délaisser Fos et le SPSE au bénéfice du Tal, le pipeline transalpin qui transite par le port de Trieste, à l'extrême Est de l'Italie. Le président de l'Union française des industries pétrolières, Jean-Louis Schilansky, résume en quelques mots la crise énergétique que traverse le port : « Il y a eu d'abord la fermeture de la raffinerie Petroplus de Reichstett (en janvier 2011, Ndlr), puis l'arrêt de la raffinerie de LyondellBasell de Berre (en janvier 2012, Ndlr) ». La crise de l'industrie pétrochimique a en effet un impact non seulement sur les trafics de vracs liquides, en recul de 8 % en cumul à fin avril, mais également sur l'ensemble de la filière et les produits dérivés de cette industrie.
Les vracs en légère augmentation
De son côté, GDF Suez a annoncé la mise sous cocon, le mois dernier, de deux centrales à gaz Combigolfe et Cycofos. Il faudra donc s'attendre à une nouvelle chute des imports de gaz du côté des terminaux de FosMax LNG. Au même moment, tous les producteurs de gaz envoient leurs cargaisons en Asie, où la demande ne cesse de grimper depuis l'accident nucléaire de Fukushima, au Japon. De leur côté, les trafics de vracs sont en augmentation de 2 % de janvier à avril. « Arcelor a augmenté ses entrées de charbon depuis la remise en service du deuxième haut-fourneau. La centrale thermique de Meyreuil, qui avait subi un arrêt technique l'an dernier, devrait tourner à plein régime. Du côté des céréales, les perspectives sont bonnes », souligne Xavier Hauterat, directeur de la société de manutention Carfos. S'agissant des marchandises diverses, la progression s'avère timide à fin avril (+1 %) et les résultats contrastés selon les secteurs. Le trafic roulant (remorques, voitures) accuse un recul de 6 % (aussi bien sur la Corse que sur le Maghreb) alors que le nombre de conteneurs progresse de 4 % totalisant près de 350.000 Evp sur quatre mois.
Le port aurait-il raté le coche ?
Batimex, importateur de près de 500 conteneurs par an chargés de biens de consommation fabriqués en Chine, avait déserté le port de Marseille durant les grèves de 2007 et 2008, au profit des plateformes d'Anvers et de Zebbrugge et avait complètement réorganisé sa logistique en ce sens. Interrogé sur la nouvelle organisation du travail sur les quais phocéens, son gérant, Jean-Yves Baetman, se dit satisfait : « J'ai fermé ma plate-forme de Lille il y a six mois et tout se passe bien à Marseille. Cependant, nous faisons face à une baisse de la consommation, les gens n'achètent plus. Les intempéries ont également freiné la vente de produits de jardinage. Nous avons un retard de trois à quatre mois sur la saison. Les rayons de Castorama sont pleins ». Le port de Marseille aurait-il raté le coche ? « Le port était fermé durant les années où tout allait bien. Alors que les autres ports européens faisaient du gras, il était au bord du gouffre », commente Jean-Yves Baetman.
Entre janvier et la fin du mois d'avril, le tonnage global du port de Marseille a reculé de 5 % s'établissant à 28,2 millions de tonnes. Une érosion imputable en partie à la restructuration de l'industrie du raffinage et non au manque de fiabilité.