Marketing territorial : Territoires en quête d'investisseurs

Marketing territorial : Territoires en quête d'investisseurs

Le Mipim, qui s'est tenu courant mars à Cannes, réunissait des territoires venus du monde entier en quête d'investisseurs. Provence et Côte d'Azur y étaient présents et ont défendu leurs atouts.

Certes, on est encore loin de l'affluence record de 2008 (29.300 participants). Toutefois, avec 22.000 accrédités en 2015, le Mipim de Cannes remonte doucement la pente. Ainsi, 4.500 investisseurs ont durant quatre jours sillonné les allées du Palais des festivals cannois, où les territoires du monde entier exposaient leurs grands projets d'aménagement. Istanbul, Stockholm, Paris, Berlin, mais aussi Marseille Provence, Nice Côte d'Azur ou encore Sophia Antipolis. « C'est un événement majeur pour nous en termes de visibilité nationale et internationale. Il permet d'informer les grands opérateurs de l'immobilier d'entreprises des opérations d'aménagement du territoire et tout particulièrement celles de l'Eco-Vallée », confirme Christian Tordo, Monsieur Économie de la Métropole azuréenne, dont le stand occupait cette année 250 m² contre 50 m² il y a trois ans. Preuve de l'intérêt stratégique de cette promotion ciblée pour Nice Côte d'Azur qui attend d'ici à 2025 pas moins de 2,5 Md€ d'investissements publics et privés. À deux pas de là, le stand de Sophia Antipolis, plus petit mais tout autant stratégique. Il s'agit pour la technopole azuréenne de revenir, après de longues années de sommeil, dans le scope des investisseurs avec des projets à court terme, 50.000 m² de bâtiments tertiaires sortiront de terre dans les deux ans, et surtout une vision, Sophia 2030, concrétisée par trois opérations d'aménagement ambitieuses dont le nouveau quartier urbain mixte des Trois Moulins. Un peu plus loin, sur le stand de Marseille Provence Métropole, même volonté de mettre en lumière les 180 ha de terrain commercialisables, avec une perspective de 900.000 m² d'immobilier d'entreprise et un potentiel de plus de 10.000 emplois. « Cette année, nous avons présenté une offre rassemblée, puisque la ville de Marseille, le Grand port maritime, la CCI et Euroméditerranée étaient présents sur le salon », confie Philippe Stefanini, directeur général de Provence Promotion, l'agence de développement économique des Bouches-du-Rhône. Une offre qui a fait mouche puisque des contacts ont été noués avec un opérateur hôtelier du Nord de l'Europe et des investisseurs souhaitant financer les accélérateurs du projet French Tech. Car, qu'on se le dise, la région reste l'une des plus attractives de France. En 2014, Paca a enregistré 96 nouveaux projets d'investissements étrangers, 30 % de plus qu'en 2013. Dans les Alpes-Maritimes, sur les 31 décisions prises en 2014, 58 % proviennent de l'étranger. Un fait habituel pour un département historiquement positionné à l'international, contrairement à celui des Bouches-du-Rhône. « Pour la troisième année consécutive, les implantations issues de l'international sont majoritaires (54 % en 2014, ndlr), alors qu'auparavant le taux était plutôt de 30 % », indique Philippe Stefanini. L'explication est à chercher du côté de la baisse des investissements des entreprises françaises, mais également de l'amélioration de l'image du territoire suite à l'opération Marseille-Provence 2013. « Nous émergeons et nous sommes maintenant sur la carte des possibles ». Toutefois, la toute première décision des entreprises ayant choisi la France, est d'arbitrer entre Paris et la Province. Une fois ce cap passé, place à la concurrence inter-territoire. Cette compétition s'accompagne d'une véritable réflexion marketing. « Chaque territoire est dans une logique de construction d'une identité particulière, relève Jacques Lesieur, directeur de l'agence de développement économique azuréenne Team Côte d'Azur. Sur la Côte d'Azur, nous avons la chance de disposer d'un rayonnement naturel lié aux marques mondialement connues que sont Cannes, Nice, Sophia Antipolis ou encore Monaco. L'objectif est de faire dériver progressivement cette perception touristique vers une attraction économique. » Et cela passe obligatoirement par un positionnement clair. À cet égard, l'exemple de la Métropole azuréenne, positionnée " smart city ", est probant. « Depuis 2008, nous menons une véritable mutation industrielle basée sur l'innovation, la croissance verte et les éco-industries », explique Christian Tordo. Début 2015, Nice a ainsi été classée par le cabinet Juniper parmi les cinq smart cities mondiales aux côtés de Barcelone, Londres, New York et Singapour. De même, en 2014, les décisions d'implantations ont été plus nombreuses sur la Métropole qu'ailleurs dans le département. Une première. « Cela démontre que la stratégie choisie par ce territoire est comprise », analyse Jacques Lesieur. En Provence, là aussi, le défi consiste à sortir du prisme touristique. « Les entreprises européennes connaissent la Provence, pour des raisons touristiques. Notre challenge est donc d'associer Provence et business. Pour les prospects plus lointains, l'essentiel est de savoir ce que nous pesons en Europe dans leur secteur », indique Philippe Stefanini. Aussi, à Provence Promotion, a-t-on travaillé à définir le profil type des entreprises installées. « Les clients potentiels s'identifient plus facilement à d'autres entreprises qu'à un territoire qui leur est inconnu. » De même, les campagnes de publicité menées par Pays d'Aix Développement, dans la presse et les aéroports de Marseille, Lyon, Nice et Montpellier, mettent l'accent sur les grands secteurs d'activité présents dans le département. Quant à la création d'une marque commune à Paca, comme vient de le faire Lyon, Vienne et Saint-Étienne avec " Only Lyon ", tous la rejette. « Nos territoires sont identitairement trop différents », avance Jacques Lesieur. « Ce qui ne nous empêche pas de nous associer lorsque les besoins nécessitent de présenter une vision plus large. Nous avons l'habitude d'opérations partagées, notamment dans le cadre d'Iter », conclut Philippe Stefanini.