La Ville de Nantes a t-elle favorisé Effia, une filiale de la SNCF, dans l'attribution de la délégation de service public de la fourrière ? Ou le garage Louis XVI, qui vient de perdre ce marché qu'il détenait depuis 2005, est-il un « mauvais perdant », comme l'affirme le directeur général des services de la Ville ? Entre la PME nantaise, rachetée à l'été 2012 par la société parisienne Jean Jaurès Expansion, et la mairie de Nantes, la hache de guerre est très clairement déterrée. En cause, la perte par le garage Louis XVI du marché de la fourrière nantaise, qui est passé au 1er janvier et ce, pour huit ans, aux mains d'Effia.
Première procédure annulée
Président de Jean Jaurès Expansion, Romain Raguin a « le sentiment que tout a été fait pour favoriser la candidature d'Effia ». Le dirigeant parisien, qui dit être à la tête d'une entreprise employant 150 salariés et pesant 20 millions d'euros de chiffre d'affaires, pointe du doigt un certain nombre d'irrégularités.À commencer par la décision de la Ville d'annuler la procédure de délégation de service public de la fourrière en 2012. « On était la seule société à déposer une offre sérieuse. Mais la Ville a considéré qu'il n'y avait pas suffisamment de concurrence », explique Romain Raguin. Une nouvelle procédure s'engage, mais avec des règles du jeu différentes.
Le terrain de la discorde
En particulier parce que la mairie de Nantes mettra désormais gratuitement à disposition du détenteur du marché de la fourrière un terrain, à Saint-Herblain. « Nous voulions lever ce qui constituait une barrière à l'entrée, pour permettre une vraie mise en concurrence », explique Benoist Pavageau, directeur général des services de la Ville de Nantes. La décision est mal perçue par le dirigeant du garage Louis XVI qui possède déjà un terrain équipé et agréé par la préfecture pour accueillir les voitures. Alors qu'Effia n'en a pas...
Qui a la meilleure offre ?
La deuxième attaque de Jean Jaurès Expansion porte sur la qualité des offres remises. « Nous avions la meilleure offre », martèle Romain Raguin. « Faux, rétorque Benoist Pavageau. Leur offre était moins bonne ». Chiffre à l'appui. Selon la mairie, sur huit ans, l'offre d'Effia rapporterait 316.000 euros à la Ville quand celle de Louis XVI se limiterait à 271.000 euros, dans un marché où les prix (fixés par arrêté ministériel) et les volumes (la fourrière ne peut intervenir que sur une décision de la police) échappent au contrôle des entreprises. Louis XVI conteste ce bilan financier. Les projections du nombre de véhicules enlevés par Effia seraient « fantaisistes », car beaucoup trop optimistes, juge Romain Raguin. Pour le dirigeant parisien, l'offre d'Effia est basée sur une augmentation, « irréaliste », de 50 % du nombre d'enlèvements en 2021. « Mensonge », répond Benoist Pavageau. La situation est tellement tendue que les deux parties ne s'entendent même pas sur le nombre d'enlèvements réalisés par le garage Louis XVI... en 2012 ! 5.753, dit la Ville de Nantes, 4.800 jure-t-on chez Louis 16.
Transparence financière
Au-delà des aspects financiers, Benoist Pavageau s'interroge sur le manque de transparence de l'offre de Louis XVI. « Effia va dédier une société à la fourrière. Alors que Louis XVI dispose d'autres activités en plus de la fourrière. Tout est mélangé : cela pose la question de la réalité de leurs coûts », explique le directeur général des services. En effet, dépannage et garage assurent 75 % des quatre millions d'euros de chiffre d'affaires de Louis XVI, la fourrière ayant rapporté 740.000 euros en 2012 à la PME de 32 salariés.La rupture entre Louis XVI et la Ville est aujourd'hui consommée. Les deux parties se livrent à une guerre sans merci où tous les coups sont permis. Chacun brandit sans vergogne son lot d'insinuations nauséabondes visant à déstabiliser l'adversaire.La bataille se joue sur le plan médiatique, mais pas seulement. Louis XVI a déjà attaqué la mairie, en référé, au tribunal administratif. La juridiction ayant donné raison à la Ville, les dirigeants de Louis XVI envisagent d'initier une deuxième procédure, dont le jugement ne devrait pas être prononcé avant un an.
Marché public Venant de perdre le marché nantais de la fourrière, confié à une filiale de la SNCF, le garage Louis XVI attaque en justice la Ville de Nantes.