Lyon Métropole : Les mutations économiques du territoire à la loupe

Lyon Métropole : Les mutations économiques du territoire à la loupe

Une étude économique de l’Agence d’urbanisme de Lyon dévoile les résultats économiques observés depuis l’accession de Gérard Collomb aux commandes de la Métropole. Les évolutions socio-économiques sont positives et mettent en avant les mutations du tissu entrepreneurial de l’aire urbaine de Lyon. Il reste des efforts à mener pour accompagner les entreprises dans leur croissance. Ce sera l’objet du plan 2016-2021.

2001, Gérard Collomb an I. Cette année-là le maire du 9ème arrondissement accède, un peu à la surprise générale, aux commandes de la Ville*.L’élu, associé aux grandes décisions municipales sous Raymond Barre, n’avait pas réellement théorisé la méthode de transversalité qui lui est si chère aujourd’hui, et qu’il nomme « l’esprit de coopération ». Mais pour ce saint-simonien, faire en sorte que l’économie aille bien pour ensuite pouvoir en redistribuer les effets aux plus modestes va de soi. Quinze ans plus tard, quels résultats tirer de cette méthode ? A la veille des vacances scolaires, au dernier étage de la tour Oxygène, le voilà, aux côté de son premier vice-président à l’économie David Kimelfeld, entouré d’un aéropage d’élus patronaux : Emmanuel Imberton (CCI), Laurent Fiard (Medef), Khaled Bouabdallah (Université de Lyon), Alain Audouard (Chambre des Métiers), François Turcas (CGPME) pour en présenter le bilan. Et ce dernier est positif, même si bien des points restent perfectibles. Sont passés au crible dans cette étude de 120 pages les nouveaux secteurs moteurs de la croissance, les zones d’excellence de la Métropole, l’évolution du tissu entrepreneurial, leur degré d’internationalisation, les conséquences sur l’emploi et enfin la position de l’aire urbaine de Lyon par rapport aux autres métropoles européennes.


Emplois


Premier constat, Lyon se place, après Paris, comme la deuxième aire urbaine de France avec 512 communes, 2,2 millions d’habitants et près d’un million d’emplois (3,8% de l’emploi en France). Strasbourg, Lille, Nantes, Bordeaux, Toulouse et Aix-Marseille sont nettement distancées. La Métropole de Lyon (3,2% du PIB français selon l’économiste Laurent Davezies) connait une forte croissance des emplois. Plus 13% depuis 1999 pour ce qui concerne la production de biens exportables. Ce secteur « productif » rassemble même 40% de l’emploi à forte valeur ajoutée, plaçant Lyon en tête devant les sept autres métropoles. Dans la sphère des services ou biens consommés localement, l’emploi progresse également, avec +26% d’emplois depuis 15 ans. L’étude relève en outre une nette montée en qualification à la fois des actifs et des emplois (+69% de cadres en 13 ans).


Secteurs d’excellence


Surprise du côté de l’industrie qui avec 137300 emplois (+18% en 13 ans) est plus importante qu’à Toulouse, capitale de l’industrie aéronautique. L’auteur du rapport, Vincent Couturier, indique que « malgré la désindustrialisation globale du pays, de plus en plus d’industries vendent du service, ce qui développe mécaniquement l’emploi, tandis que de plus en plus de services s’industrialisent ». Par ailleurs, le tissu industriel est largement diversifié sur le territoire, avec une dizaine de secteurs comptant chacun entre 10.000 et 15.000 emplois. L’auteur note aussi « un bon phénomène de résilience : lorsqu’un secteur décline, un autre prend le relais ». Ainsi la mécanique, l’équipement ou la métallurgie forment un socle solide qui vient en soutien de secteurs d’excellence que sont les cleantech, biotechs etc.


Ecosystème entrepreneurial et internationalisation


Le système entrepreneurial apparaît en constant renouvellement. Chaque année 40% des établissements connaissent un changement : déménagement, changement d’actionnariat, création de poste etc. Et 2/3 des entreprises de l’aire lyonnaise ont moins de 10 ans. Ainsi en 2014, 22.000 nouvelles entreprises ont vu le jour. Le bémol : une très grande majorité ne compte aucun salarié. C'est un point noir que le président de la CCI de Lyon Emmanuel Imberton entend corriger.
Du côté de l’internationalisation de l’économie locale, les pouvoirs publics se félicitent de compter 730 entreprises à capitaux étrangers de plus de 20 salariés et 815.000 emplois directs. Les Etats-Unis, l’Allemagne mais aussi la Suède incarnent les trois pays les plus représentés sur le territoire, avec une forte croissance des pays émergents dont les capitaux pesaient 26% en 1999 et 34% aujourd’hui.


Programme 2016-2021


Le programme métropolitain d’action économique 2016-2021 est désormais en cours d’élaboration. Parmi les points que Gérard Collomb entend améliorer figurent la montée en puissance des PME, qui doivent grandir et entrer dans le petit monde des ETI. Le président de Lyon-Métropole veut aussi "marketer", à l’image de ce qu’il est parvenu à faire avec le Biotech et Medtech, les secteurs d’excellence du territoire que sont l’assurance (April, Apicil), la cybersécurité (avec le Forum TAC), la forte présence d’entreprises au service de la pétrochimie (avec le cluster RACE). Le sénateur-maire veut aussi croire que la nouvelle région Auvergne-Rhône-Alpes sera un terreau d’opportunités pour son territoire, qui se matérialise déjà avec l’arrivée de Michelin au sein de French Tech Lyon. Sur ce point, politique, il affirme néanmoins sa grande autonomie. « Avec les lois de décentralisation, glisse-t-il, Lyon est la seule métropole qui peut légalement déployer son schéma de développement économique indépendamment de la Région. Ce n’est pas notre souhait aujourd’hui. Mais si, dans 20 ans par exemple, nous ne nous entendions plus avec la Région, nous aurions la capacité de décider seuls ».


* (Le baron rebelle, Régis Guillet, Armand Colin, 2013).