Lorraine : Transalliance et Air Liquide lancent la première station multi-énergies propres d'Europe

Lorraine : Transalliance et Air Liquide lancent la première station multi-énergies propres d'Europe

Le transporteur lorrain Transalliance et le groupe Air Liquide viennent de mettre en service la première station multi-énergies propres de France. Cette installation combine gaz naturel comprimé, liquéfié et azote liquide.

Une fois la vanne verrouillée, le chauffeur appuie sur un gros bouton « start », pour déclencher la livraison : quelques minutes plus tard, plusieurs centaines des kilos de gaz naturel liquéfié sont injectées dans les réservoirs d’un camion flambant neuf, aux couleurs de Transalliance. Peu de différence avec un plein réalisé avec du diesel, si ce n’est quelques précautions supplémentaires. « Il y a là tout un marché qui s’ouvre », estime Pierre-Etienne Franc, le vice-président d’Air Liquide Marchés et Technologies avancées. « Très rapidement, nous allons ouvrir une dizaine de stations de ce type en France. » Et c’est à Fléville, à quelques kilomètres de Nancy, que ce bouleversement sur le marché de la mobilité aura commencé : allié au groupe Air Liquide (CA : 16,4 Md€), Transalliance a mis en service, pour un investissement de 2M¤, la première station multi-énergies propres dédiée au transport routier. Propre, car le gaz naturel va permettre aux véhicules d’émettre 60 % de CO2 en moins. Concrètement, les camions roulant au gaz naturel peuvent venir faire le plein chez Transalliance en gaz naturel liquéfié, comprimé et en azote liquide, pour le transport réfrigéré.


40 magasins à livrer

L’histoire commence par un appel d’offres passé par la Samada, la filiale logistique du groupe Samada : « C’est le groupe Transalliance qui nous a proposé d’aller vers du gaz naturel », souligne Jean-Pierre Devilliers, le directeur général de la Samada. « Depuis cette station, nous allons livrer près de 40 magasins Monoprix et Naturalia, sur un espace allant du Luxembourg à la Franche-Comté. » Engagé sur la motorisation au gaz depuis le début des années 2000, la Samada a concrétisé ses ambitions en 2007 avec 26 véhicules opérant en Ile-de-France, depuis le pôle logistique de Sénart. « Notre volonté avance, puisque nous serons à 65 véhicules sur l’Ile-de-France à la fin de l’année, auxquels il faut ajouter les 14 opérant depuis Fléville », détaille Jean-Pierre Devilliers. Avec une particularité en Lorraine : les véhicules de transport réfrigéré ont été équipés d’un système fonctionnant à l’azote liquide, permettant ainsi de réduire le bruit et les émissions de CO2 du groupe froid des camions. L’objectif est donc d’assurer une logistique urbaine plus propre et plus silencieuse, mais les progrès techniques de la propulsion au gaz naturel permettent de tout simplement remplacer les camions fonctionnant au diesel par des engins propulsés par le gaz naturel liquéfié.


Surcoût de 30 %

Le dernier né du groupe Iveco peut franchir 1.500 kilomètres avec un plein de GNL, sans pour autant sacrifier les performances : 400 chevaux et un couple de 1.200 Nm. « Tous les constructeurs vont s’y mettre », assure Alexandre Michel. « Il est évidemment encore trop tôt pour dire quelle technologie va s’imposer pour assurer un transport propre, mais actuellement le gaz est la technologie la plus mûre, tant en terme de fiabilité que de sécurité ». Sans dévoiler le montant investi, le groupe Transalliance a acheté 14 camions fonctionnant au gaz naturel : une flotte dont le surcoût par rapport à son équivalent en diesel et d’environ « 30 % » estime Alexandre Michel. « Sur le long terme, pour l’instant, les coûts de fonctionnement sont encore supérieurs de 6 à 7 % », détaille le P-dg. Pour autant, « le marché bouge », estime Philippe Lerminet, directeur général France de Transalliance. « Depuis 2 ans, la grande distribution nous sollicite de plus en plus sur ces sujets. C’est avec les volumes que les écarts de prix vont se réduire, mais notre position, c’est d’être des pionniers, de prendre le risque. » Dimensionnée pour servir jusqu’à 80 véhicules par jour, la station de Fléville va pour l’instant servir à une quinzaine de véhicules, dédiés à la Samada. « Nous avons fait le choix d’ouvrir cet équipement à tout le monde », souligne Alexandre Michel, qui espère voir d’autres transporteurs locaux se convertir au gaz naturel : « Clairement, le message, c’est "Venez faire le plein de gaz chez nous !" », lance le P-dg.


Un nouveau marché

Très enthousiaste, Pierre-Etienne Franc évoquait une « première mondiale » pour une station de ce type : « Toutes ces technologies, nous les maîtrisons déjà ailleurs, sur d’autres sites. Mais c’est bien la première fois que nous les rassemblons toutes ». Pour le spécialiste des gaz industriels, il y a bien un nouveau marché qui s’ouvre : sur les 12 derniers mois, Air Liquide a mis en service 12 unités de purification de biogaz en Europe, pour un montant de 12M¤. Au total, Air Liquide revendique 50 unités pour une capacité installée de 160.000m³/h, au service notamment des flottes de transports roulant au GNV. « Demain, le biométhane produit localement pourra servir à alimenter des stations comme celle-ci », assure Pierre-Etienne Franc.




Transalliance (Nancy - 54) : P-dg : Alexandre Michel ; Effectif : 3.500 ; CA : 560 M€ ; www.transalliance.fr.