« Le précédent four à pots datait des années soixante il fallait donc le moderniser. » Comme l'explique Jérôme de Lavergnolle, PDG des Cristalleries de Saint-Louis en Moselle-Est (qui appartiennent au groupe Hermès), un nouveau four à pots (équipement de neuf pots pesant chacun 600 kilos, permettant de fusionner les couleurs) vient d'être inauguré, et même béni selon la tradition. « Cela représente un investissement total de 3 M€ pour Hermès, puisqu'il a fallu également enlever et remplacer le système de chauffe au gaz au sous-sol. Il ne s'agit pas tant d'augmenter la production, mais d'adapter nos outils afin de gagner en efficacité. » Les 280 salariés étaient présents pour la bénédiction de l'installation. Les Cristalleries de Saint-Louis réalisent 400.000 objets par an, « un travail à la main de très haut artisanat de tradition », précise Jérôme de Lavergnolle.
Deux tiers à l'export
Le b2b représente 57 % de son chiffre d'affaires (qui n'est pas communiqué). Les 33 % restants concernent la vente sous la marque propre de Saint-Louis, où l'export représente les deux tiers de l'activité. « Il s'agit avant tout de l'Europe, notamment l'Italie, la Russie, puis viennent les États-Unis, et l'Asie », ajoute le PDG. Deux nouvelles boutiques vont d'ailleurs ouvrir à Miami en novembre et à Dubaï fin 2016. De la même manière, en excluant l'activité b2b, la production de l'usine mosellane de plus de 400 ans, est répartie de la façon suivante : environ 46 % dans le verre, avec notamment les carafes, les services de table, etc. Les Cristalleries Saint-Louis ont développé leur gamme de luminaires : lustres, chandeliers, etc. qui représente 36 % de la production. 15 % concernent la décoration. « Nous diversifions également notre clientèle dans ce secteur, où nous travaillons avec des architectes dans des projets complets de décoration. » La Cristallerie prépare déjà un nouvel investissement « compris entre 3 et 4 millions d'euros », pour rénover cette fois un four à bassin. « Il s'agit d'un four qui pèse 7 tonnes, chauffant à l'électricité. L'approche est très différente du four à pots, puisque la matière est présente en continu dans la cuve. » Il devrait voir le jour à l'automne 2016. « Nous n'écartons pas l'hypothèse de changer le système de chauffe. »
La Commission en embuscade
Jérôme de Lavergnolle change désormais de casquette, et revêt celle de président de la Fédération des cristalleries, verreries à la main et mixtes (Saint-Louis, Baccarat, Lalique, etc.). Car une directive (la ROHS) de la Commission européenne refait surface. En effet, en 2010 était interdit l'usage du plomb dans les appareils électriques, car s'ils étaient jetés à la déchetterie, ils pourraient polluer l'environnement. « Or, le cristal est fabriqué à partir de la fusion entre du sable, de l'oxyde de plomb, de la potasse et du sulfate de sodium. Sans plomb, ce n'est plus du cristal mais du verre, et les 5.000 emplois de la filière en France se retrouvent victimes d'une législation qui est par ailleurs tout à fait saine et logique. » Une première exemption est accordée en 2011... mais pour cinq ans seulement, et la bataille est donc relancée. « Nous avons fait réaliser toute une série de tests afin d'évaluer les risques pour l'environnement dans le cas où un luminaire en cristal serait jeté, mais là encore ce serait une situation totalement ubuesque, comment peut-on imaginer jeter un tel objet à la décharge ? Le réglement Reach a confirmé que, comme le plomb est transformé dans le cristal, il n'y a absolument aucun risque de migration du plomb », précise Jérôme de Lavergnolle. La filière du cristal a reçu le soutien de la France. La Commission a nommé un cabinet qui devra statuer d'ici décembre. « En attendant, nous vivons avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête.
Cristalleries de Saint-Louis
(Saint-Louis-Lès-Bitche - 57) PDG : Jérôme de Lavergnolle Effectif : 280 salariés CA : nc 03 87 06 40 04 www.saint-louis.com