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Loire Offset Titoulet : son plan de bataille pour retrouver le chemin de la croissance
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Pierre Mougne Pierre Mougne Loire Offset Titoulet : son plan de bataille pour retrouver le chemin de la croissance

Loire Offset Titoulet vient de sortir du redressement judiciaire dans lequel elle se trouvait depuis février 2016. L'imprimerie stéphanoise relève aujourd'hui la tête. Pierre Mougne, directeur général de la PME depuis 2012, livre le plan de bataille élaboré avec les actionnaires.

Le Journal des Entreprises : Loire Offset Titoulet, l'entreprise née de la fusion en 2008 de l'imprimeur Loire Offset et du façonnier Titoulet, est sortie du redressement judiciaire il y a quelques semaines, une procédure de 18 mois. Qu'est ce qui avait mené à une telle dégradation économique de l'entreprise ?

Pierre Mougne : L'idée du rapprochement entre ces deux entreprises était de construire une entreprise performante en France, sur le marché du livre, en proposant une solution complète. Ce projet, mené par les deux actionnaires actuels (Philippe Reymondier et Patrick Titoulet NDLR) s'est accompagné de la construction d'un nouveau bâtiment pour regrouper les deux entités et d'un plan d'investissement important. Au total, entre 2010 et 2013, 25 millions d'euros ont été injectés dont 7 millions d'euros pour l'acquisition d'une rotative. L'ambition était alors d'atteindre assez rapidement le seuil des 25 millions d'euros de chiffre d'affaires (contre 19 millions correspondant à l'addition des chiffres d'affaires des deux entreprises NDLR).

Mais cette montée en charge n'a pas eu lieu ?

P.M. : Et non malheureusement... L'imprimerie n'a pas échappé à la crise économique. Se sont ajoutés des problèmes de démarrage de nos machines, et la goutte d'eau, une ardoise de 600.000 euros d'un gros client. Nous avons vite compris que le chiffre d'affaires n'atteindrait pas les objectifs envisagés. Loire Offset Titoulet n'a plus dégagé de bénéfices à partir de 2011. Nous avons pris des mesures pour nous maintenir en attendant que l'activité décolle : une recapitalisation, des lease back, la vente des anciens locaux et une tentative de conciliation concernant notre crédit-bail. La quasi-totalité de l'investissement avait été faite en crédit-bail, avec des mensualités assez élevées correspondant à 3,8 millions d'euros par an. La conciliation ayant échoué, nous avons dû déposer le bilan en février 2016.

Avec le recul, diriez-vous que cet investissement de 25 millions d'euros était disproportionné ? En d'autres termes, était-ce une erreur ?

P.M. : Puisque je connais la suite de l'histoire, je ne peux évidemment pas dire que ce choix était le bon. Si c'était à refaire, nous ne referions pas un investissement aussi ambitieux. Mais d'un autre côté, quelle serait notre position si nous n'avions pas investi ? Aujourd'hui, 35 % (en valeur) de nos produits passent par la fameuse rotative.

Votre plan de continuation a été validé par le Tribunal de commerce fin mai. Quel est votre plan de bataille ?

Les solutions que nous avions imaginées pendant la conciliation restaient d'actualité puisque c'était bien le crédit-bail qui plombait nos comptes. Pendant la période de RJ, les partenaires ont été plus ouverts à la négociation car le risque de liquidation était bien présent.Et puis, nous avons eu l'appui de notre administrateur. Nous avons donc pu diviser par deux nos mensualités en rallongeant de six ans notre plan de remboursement. Cette étape est transitoire. Nous cherchons toujours un investisseur prêt à reprendre nos murs à nos crédits-bailleurs pour nous les louer ensuite à des conditions plus avantageuses. En parallèle, nous avons fait un plan d'économie structurelle en interne : nous avons réduit la voilure de notre agence parisienne, nous avons travaillé sur notre parc voitures, et nous avons fait un plan de remises en concurrence de nos principaux fournisseurs. Nous avons réussi, avec ce travail sur nos achats, à économiser plus de 300.000 euros (sur un montant total de 6 millions d'euros environ). 6 personnes ont dû être licenciées et nous n'avons plus remplacé les départs naturels. Au final, nous sommes passés d'un effectif de 175 personnes à 155.

Quels objectifs avez-vous annoncés au Tribunal ?

P.M. : Nous avons prévu un retour à la rentabilité pour 2019 avec un chiffre d'affaires de 20 millions d'euros

Quels sont vos leviers pour atteindre ce volume ?

P.M. : Déjà, la sortie du redressement judiciaire en elle-même est une bouffée d'air car la procédure nous handicapait avec un certain nombre de clients. Beaucoup de prospects attendaient notre sortie de RJ avant de se concrêtiser. Nous allons étoffer notre équipe commerciale et développer encore plus notre activité liée à notre rotative. Cette machine nous permet de nous positionner sur des marchés où nous avons moins de concurrence et donc plus de latitude pour faire de la marge. Nous faisons déjà beaucoup de livres notamment des manuels scolaires mais nous pouvons désormais explorer les marchés des catalogues industriels, des revues de luxe...Nous voulons aussi nous positionner de façon plus importante sur les marchés publics. Sur notre secteur d'activité, nous sommes considérés comme une grosse entreprise. Nous sommes donc taillés pour les grands comptes. Et puis, nous allons essayer de canaliser les commandes en allant vers des cahiers des charges standardisés pour les commandes les plus courantes.

Chat échaudé craint l'eau froide. Les investissements de 25 M€, c'est terminé ?

P.M. : De 25 millions je ne sais pas, mais les investissements certainement pas. L'imprimerie est une entreprise très capitalistique. Il faut lourdement investir pour se maintenir et se développer. Nous serons probablement amenés à réinjecter de l'argent rapidement. Cela passera probablement par une association avec un nouveau partenaire. En attendant, les actionnaires ont décidé d'une recapitalisation par remontée de leurs comptes courants (montant non communiqué).

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