Loïg Chesnais-Girard : « Résolument optimiste et volontariste ! »
Interview # Conjoncture

Loïg Chesnais-Girard Loïg Chesnais-Girard Loïg Chesnais-Girard : « Résolument optimiste et volontariste ! »

Pour Le Journal des entreprises, Loïg Chesnais-Girard fait un tour d'horizon de l'actualité économique régionale. Le premier vice-président du conseil régional en charge de l'économie revient sur l'équilibre territorial, la LGV, l'emploi et la formation, les liens avec les EPCI, etc.

Le Journal des entreprises : Quelles sont vos priorités actuelles en matière d'économie régionale ?

Loïg Chesnais-Girard : De l'emploi, de l'emploi, de l'emploi ! L'objectif pour nous c'est de reconquérir les emplois perdus au cours des années passées. Nous sommes en phase de baisse du chômage sur la Bretagne... (NDRL : depuis cette interview, les chiffres sont repartis à la hausse, lire page 3 et 10). Le nombre de créations d'emplois est assez dynamique aussi. Après, l'attractivité du territoire fait que nous gagnons des habitants tous les ans et qu'il nous faut donc davantage d'emplois encore que dans d'autres territoires.

Avez-vous un objectif chiffré en terme d'emplois ?

L.C.G. : Non. Notre seul objectif est de créer des emplois : de qualité, durables, partout en Bretagne ! À partir de là, nous avons une attention sur chacun des 59 EPCI (Établissements publics de coopération intercommunale) de la région. Puisque dans chacun de ces territoires, vous avez de belles pépites d'entreprises qui peuvent continuer à croître, mais aussi des opportunités de créations d'entreprises ou d'implantations exogènes.

Justement, par rapport aux EPCI, pourquoi la Région se tourne davantage vers ces établissements, alors que les CCI peuvent déjà remplir ce rôle de guichet d'accueil et de coordination ?

L.C.G. : Les CCI sont nécessairement partenaires, par leur statut. Nous leur reconnaissons bien entendu leur place. Les entreprises sont en contact permanent avec les interlocuteurs de leur territoire. À la Région, nous gérons en direct les grands comptes : PSA, D'Aucy, Damen... Nous sommes en train de travailler l'interconnexion entre la Région et les EPCI pour être en capacité de bien répondre aux besoins des entreprises, notamment les TPE-PME pour lesquelles le maillon EPCI est indispensable. Le couple EPCI-Région s'accélère donc. Il ne faut pas que les CCI vivent cela comme une agression. Une demande est également faite aux CCI de bien être présentes, notamment sur les dossiers tels que l'accompagnement des TPE et des commerçants, pour lesquels nous leur demandons leur assistance pour l'analyse des dossiers. Et puis, il y a notre travail de réflexion stratégique mené auprès des grandes filières en fonction des positionnements des CCI, des chambres de métiers... Sur l'innovation, les CCI sont à nos côtés plus que jamais.

Avec la fin des compétences économiques des Départements, des structures comme Idéa35 ou Cad22 se sont éteintes avec une transition plus ou moins assurée, qui a pris le relais ?

L.C.G. : La Région et les EPCI ! Dans les Côtes-d'Armor, vous avez huit EPCI... Les présidents d'EPCI que je rencontre me disent tous qu'ils veulent un service économique chez eux. Ils ont les hommes et les femmes pour le créer et capables de monter en ingénierie. La Région connecte ensuite son service économique avec le leur, sur chacun des territoires. Certains EPCI ont besoin de progresser et ont encore du travail à faire, mais dans l'ensemble tous sont en train de se structurer pour faire plus que seulement l'aménagement des zones d'activités. Certains feront appel à nous pour de l'accompagnement financier. Cette année, nous passerons 59 conventions avec un bloc de stratégie régionale commune - la Glaz économie -, un volet territorial des accompagnements régionaux déclinés localement et un troisième volet de service public d'accompagnement des entreprises pour le même niveau d'information.

Et votre positionnement concernant d'éventuelles fusions, à l'instar de BDI - la Meito, etc ?

L.C.G. : Il y a toujours des mouvements dans le monde économique, sinon c'est la mort... BDI-Meito, c'est fait ! L'autre action qui est passée relativement inaperçue, c'est Act Food Bretagne : nous avons créé une fédération des centres techniques de l'agroalimentaire avec ID Mer, le Ceva, l'Adria, Végénov et le Zoopôle. Quand un industriel d'envergure nationale, européenne voire mondiale vient en Bretagne inventer un produit de demain, il a des problématiques transverses auxquelles Act Food pourra répondre de façon unique et globale lui évitant ainsi X cahiers des charges. C'est une belle innovation bretonne. Et le premier succès d'Act Food est d'avoir remporté l'appel à projets national pour créer un institut Carnot, accélérateur de l'innovation agroalimentaire. Act Food travaille en concertation avec le pôle Valorial et le Centre culinaire contemporain. Les trois directeurs sont mis en tension, dans le bon sens, et montent des projets ensemble.

Autre élément d'attractivité du territoire en vue : la LGV... Ne craignez-vous pas une Bretagne à deux vitesses avec Rennes en pole position ?

L.C.G. : Absolument pas ! Il y a une intensité forte à Rennes, reconnue comme l'un des phares de la Bretagne. Mais il y a une diversité et une richesse économiques à Brest tout aussi importante. Il n'y a pas de rupture entre Rennes et Brest. Je n'ai pas d'inquiétude pour Rennes ou Brest, deux métropoles qui se tiennent, s'assument et se développent ; j'ai des sujets d'attention pour les zones périphériques. Brest n'est pas la zone périphérique de la Bretagne ! C'est, pourquoi pas, le point le plus éloigné de Brest et de Rennes. Effectivement, nous avons une attention particulière sur le pays de Redon, sur le pays de Fougères, sur le Centre Bretagne...

Comment faire pour aider ces territoires ?

L.C.G. : Il faut être en capacité de discuter avec ces territoires pour trouver les solutions les plus pertinentes pour attirer de l'emploi, consolider l'emploi en place et continuer à innover. Le déploiement de la fibre est l'une des réponses. Le deuxième sujet important, c'est la formation. Les entreprises doivent pouvoir trouver des hommes et des femmes formés dans les bassins d'emploi car, même en Bretagne, il y a un sujet de mobilité. La Région a une ambition forte dans le développement économique, dans la formation, mais aussi l'orientation. Nous sommes une région résolument optimiste sur l'avenir et volontariste !

Cybersécurité, EMR... autant de sujets émergents en Bretagne, mais qui tardent parfois à donner du résultat non ?

L.C.G. : En matière de cybersécurité, nous comptons bien être leader européen. À Bruxelles, nous sommes déjà regardés avec envie. On manque de personnels avec des tensions sur les salaires. Le spot majeur est à Rennes avec la DGA-MI. Rennes est un phare mais pas exclusif. Vous avez des projets cyber à Lorient, à Lannion avec Nokia, à Brest dans le domaine naval... Sur les EMR, l'enjeu n'est pas de remplir le port de Brest, mais de maximiser les emplois. Nous avons des discussions commerciales en cours avec des industriels, mais je n'ai pas d'annonce à faire. Les travaux ne sont pas finis. Nous sommes en train de dérouler un plan d'action, avec méthode. Oui, Saint-Nazaire et Le Havre nous ont doublé sur certaines installations parce qu'ils avaient de la place, mais nous ne sommes pas en retard et aurons notre place en 2019-2020...

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