Bretagne
"L’investissement dans les entreprises va repartir"
Interview Bretagne # Industrie # Conjoncture

Hervé Mattei directeur régional Bretagne de la Banque de France "L’investissement dans les entreprises va repartir"

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Alors que l’inflation marque le pas après des années de hausse, la Bretagne présente des signes prometteurs pour l’économie locale. Hervé Mattei, directeur régional Bretagne de la Banque de France, analyse les dernières statistiques et confirme les données encourageantes pour les mois à venir. Les secteurs de l’électronique et de l’électrique font figure de locomotives.

Hervé Mattei, directeur régional Bretagne de la Banque de France — Photo : Carole André

Quelles sont les grandes tendances que vous avez décelées lors de votre étude de rentrée sur l’activité économique des entreprises en Bretagne ?

Nous avons eu confirmation du reflux de l’inflation. Nous sommes sur une moyenne annuelle de 2,5 %, sachant que l’objectif de la Banque centrale européenne est de 2 %. Cette stabilité des prix est positive pour l’économie. Les entreprises sont plus confiantes en période de stabilité. Nous avons analysé les tendances pour plusieurs grands secteurs de l’économie : l’industrie, les services marchands et le commerce de gros et la construction. Dans les services, l’inflation reste assez tenace, portée par des salaires qui ont augmenté ces dernières années et des difficultés de recrutement de main-d’œuvre. Pour rappel, les services marchands représentent environ 50 % de l’activité économique bretonne. Dans la construction, le bilan est contrasté. Si des secteurs s’en tirent bien comme celui de la rénovation dans l’ancien porté par les travaux de rénovation énergétique, la construction neuve est en difficulté. Les carnets de commandes sont en baisse dans le neuf. Les travaux publics tiennent bien et restent dans une bonne dynamique. Enfin, la rentrée s’avère bonne sur le plan industriel au niveau des carnets de commandes.

Quel est le bilan du côté de l’emploi ?

Le taux de chômage en Bretagne est bas. Avec 5,9 % de taux de chômage, on n’est pas loin du plein-emploi. Certains bassins d’emploi, comme celui de Vitré en Ille-et-Vilaine, présentent même des taux parmi les plus bas de France. La région est généralement très dynamique avec une stabilité dans les effectifs. Cela crée tout de même un marché du travail tendu, avec des difficultés de recrutement déclarées plus importantes qu’au niveau national.

"La région est généralement très dynamique avec une stabilité dans les effectifs", expose Hervé Mattei sur la situation de l’emploi — Photo : Carole André

Quel est le rôle de la Banque de France dans l’analyse de la conjoncture économique ?

Notre institution a plusieurs missions, notamment celle de réaliser des études de conjoncture. Ces études permettent d’apporter des informations fraîches sur les entreprises. Nous avons un panel de 450 entreprises représentatives du tissu économique breton qui répond chaque mois à nos questions sur la santé financière de leur entreprise. En plus, chaque année, nous interrogeons un panel plus large : 1 313 entreprises représentant un effectif total de près de 149 000 salariés. En Bretagne, nos questionnaires concernent 87 % de TPE/PME, 12 % d’entreprises de taille intermédiaire et 0,2 % de grandes entreprises. Ces informations indépendantes sont attendues par les chefs d’entreprise, les décideurs politiques et bien sûr le gouverneur de la Banque de France qui a besoin de savoir ce qu’il se passe sur le terrain.

Avez-vous pu identifier les locomotives économiques de la région et au contraire, les secteurs qui souffrent le plus ?

Comme locomotives de la région, on peut citer les secteurs de l’électronique et de l’électrique. Tout ce qui relève du numérique et de la défense, ce sont des domaines qui fonctionnent bien. Les chantiers navals aussi se portent bien. Du côté de ceux qui souffrent, il y a l’hôtellerie et la restauration, qui ont pâti notamment d’une mauvaise météo cet été. Les PME du gros œuvre et de la construction de maisons individuelles ont du mal en ce moment. Le secteur souffre à cause de la crise immobilière. Enfin, les commerces de centre-ville font face à de réels défis. Il y a des changements de comportement des consommateurs qui impactent fortement le petit commerce. C’est un secteur qui doit s’adapter aux nouveaux modes de consommation.

Enfin, en Bretagne, il y a tout le secteur de l’industrie agroalimentaire qui a un rôle de stabilisateur de l’économie. Ces industries assurent un socle d’activités qui permet à l’économie locale de résister.

"Un climat de confiance est rétabli"

Comment qualifieriez-vous le moral des patronnes et des patrons bretons ?

On ne peut pas dire que c’est l’euphorie mais l’on voit clairement qu’un climat de confiance est rétabli. Il y a eu une chute au moment de la dissolution de l’Assemblée nationale par le président de la République. Il y a eu de l’attentisme et des interrogations. Avoir un gouvernement, quel qu’il soit, cela remonte le moral des patrons qui regagnent confiance dès qu’il y a un cap qui est fixé. Les décisions qui seront prises par ce nouveau gouvernement auront également un impact sur la vie économique. Notre rôle n’est pas de les commenter mais de les analyser et de voir les répercussions qu’elles auront sur les prévisions économiques.

Au final et au vu des indicateurs que vous avez analysés, l’économie bretonne tient-elle la marée ?

Ce que l’on peut retenir, c’est que la Bretagne est résiliente. Malgré une croissance faible d’environ 1 %, les investissements tiennent. Ils sont majoritairement stables et 35 % des industriels prévoient même des hausses dans les investissements.

"Alors que la Banque centrale européenne a baissé ses taux, il est fort probable que les ménages vont se tourner à nouveau vers l’immobilier"

La rentabilité s’effrite un peu notamment à cause du renchérissement des salaires. En France, on note une augmentation des salaires de 3,5 % en 2024 alors que l’inflation reflue vers les 2 %. Il faudra un peu de temps pour que cela s’équilibre. D’un autre côté, le taux d’épargne des ménages est important (18 % au niveau national) ce qui implique un gain de pouvoir d’achat. Nous pensons que la consommation va repartir et donc que l’investissement dans les entreprises va repartir aussi. En Bretagne, l’industrie est très liée à la consommation des ménages. Alors que la Banque centrale européenne a baissé ses taux en septembre, il est fort probable que les ménages vont se tourner à nouveau vers l’immobilier. C’est prometteur pour les secteurs liés à la construction et au bâtiment. Il reste toutefois l’inconnue de l’incertitude géopolitique, qui peut avoir des effets sur les prix de l’énergie en particulier.

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