Pensez-vous que les mesures prises par le gouvernement suite aux préconisations du rapport Gallois vont permettre aux entreprises françaises de retrouver la croissance?
Nous devons reconnaître que le gouvernement agit enfin en faveur des entreprises. Mais les mesures retenues sont insuffisantes face à l'urgence de la situation. Il y a des décisions qui vont dans le bon sens, comme la réduction des délais de paiement ou le fléchage de l'épargne des Français vers le monde de l'entreprise, mais elles restent pour l'instant du domaine de l'intention. Par contre, les seuls éléments précis, comme ceux relatifs à l'allégement du coût du travail, sont très insuffisants. L'enveloppe de 20milliards qui y est consacrée est minimaliste: les entrepreneurs de Croissance Plus réclamaient 30 à 40milliards. Ensuite, la forme choisie, celle du crédit d'impôt, est complexe. Enfin, l'étalement de l'effort est trop progressif: les effets ne seront effectifs qu'en 2014, parce que le sens des responsabilités des chefs d'entreprises va les inciter à attendre de connaître précisément leur crédit d'impôt avant d'investir. La qualité de diagnostic du rapport Gallois est indéniablemais il aurait fallu aller jusqu'au bout de ses préconisations. Nous sommes actuellement dans la demi-mesure.
Comment obtenir ce choc alors?
Il aurait fallu des mesures applicables immédiatement, et surtout accepter d'ouvrir deux dossiers qui sont prioritaires pour Croissance Plus. Le premier, celui de la réduction de la dépense publique: en France, elle pèse pour 57% du PIB, soit dix points au-dessus de la moyenne de la zone euro! Il faudrait la ramener en cinq ans dans cette moyenne. Le second, celui du temps de travail. Un retour aux 39heures serait de nature à provoquer un choc de compétitivité.
Louis Gallois n'a pas retenu cette dernière option dans son rapport. A-t-il manqué de courage?
Je ne sais pas pourquoi ce dossier n'a pas été ouvert. Pour avoir été auditionné dans le cadre du rapport, et connaissant ceux qui l'ont également été, je pense que 90% d'entre nous ont mentionné cet élément. Peut-être que Louis Gallois a considéré que ce sujet devait être avant tout traité dans les négociations sur la sécurisation de l'emploi qui se tiennent en ce moment avec les partenaires sociaux. Pour moi, il est impossible de parler compétitivité sans revenir sur les 35heures.
Sur le volet social justement, quelle est votre réflexion sur la flexisécurité?
Les entrepreneurs de Croissance Plus demandent plus de simplicité et de flexibilité. Pour un entrepreneur, embaucher peut faire peur car il s'agit d'un engagement risqué. Si on ne facilite pas le droit au licenciement, on prend le risque d'avoir une capacité d'embauche qui n'est pas à son plein potentiel. Je prends l'exemple dans mon entreprise. Si la conjoncture m'amène à ajuster ma capacité de production à hauteur de 5% en France, soit environ 150 personnes, je dois organiser un plan de sauvegarde de l'emploi. Entre toutes les obligations que cela implique, cela me coûtera 40.000 € par personne et durera entre neuf et 18 mois. De l'autre côté de la Manche, une société a pu ajuster sa capacité de 300 personnes en quelques jours pour un coût total de 150.000 €. Bien sûr, c'est ultralibéral et ce n'est pas un exemple à suivre aveuglément: mais entre la situation française et celle au Royaume-Uni, il y a un modèle à trouver.
Vous avez été au côté des «pigeons» contre le projet d'alignement de la fiscalité du capital sur celle du travail. Êtes-vous satisfait des aménagements qui préservent les entrepreneurs?
Les aménagements n'empêchent pas la mise en danger de l'écosystème entrepreneurial, parce que les business angels n'ont pas été pris en compte. Ils vont se désintéresser de l'amorçage car la fiscalité sera confiscatoire. Cette fiscalité compliquera aussi l'entrée de salariés au capital d'une entreprise, ce qui est pourtant un élément fort dans les démarches entrepreneuriales. Le gouvernement s'est trompé d'approche.
Dans quel sens?
Il a essayé de régler le problème en considérant la nature de l'investisseur alors qu'il faudrait considérer la nature de l'investissement. Il n'a pas compris qu'investir dans une jeune entreprise qui peut se planter n'est pas la même prise de risque que d'investir dans France Telecom ou Total. Le gouvernement dit qu'il veut favoriser le risque et éviter la rente, mais si on investit dans des grands groupes, on peut le faire via des systèmes défiscalisés comme le PEA ou l'assurance-vie. Alors que si on mise sur une jeune entreprise, le risque est plus élevé et la fiscalité est confiscatoire. Le système est monté à l'envers!
Rapport Gallois, coup de force des pigeons, tout cela vous laisse penser que les entrepreneurs sont mieux écoutés?
On nous écoute, mais sans toujours nous comprendre. La tendance est d'écouter trop souvent les grands patrons, mais pas les dirigeants de PME. On oublie alors que ce sont eux qui créent 82% des emplois en France. Il en va aujourd'hui de la responsabilité de nos pouvoirs publics de rétablir la vérité sur le rôle que jouent les PME dans l'économie, de mettre fin au désamour national pour l'économie de marché.
Que préconisez-vous en la matière?
Il faut créer des passerelles permanentes entre le privé et l'Éducation nationale. Les entrepreneurs de demain sont les élèves d'aujourd'hui et les enseignants manquent souvent de connaissances sur l'entreprise. Comme leurs élèves, ils devraient avoir des stages en entreprise. Mais il faut aussi en finir avec la politisation de l'économie: ce n'est pas normal qu'un leader syndicaliste appelle à voter pour un candidat. Les sujets économiques sont apolitiques. C'est de l'intérêt général!
Ce qu'on demande au gouvernement, ce ne sont pas que des aides: c'est également de nous proposer un environnement qui rend notre métier compliqué plus facile et lisible.
Pour lui, le «choc de compétitivité» annoncé par le gouvernement n'est qu'homéopathique. 35heures, dette, flexisécurité... Voilà les dossiers qu'Olivier Duha, président de Croissance Plus, aurait voulu voir ouverts.