Avec les commandes records d’Airbus, de Naval Group ou des Chantiers de l’Atlantique, l’industrie ligérienne entre dans une nouvelle phase de croissance. Comment y répondez-vous ?
C’est une excellente nouvelle pour notre territoire, mais cela nous met en responsabilité. Ces commandes ne se réaliseront pas sans compétences humaines. À Saint-Nazaire, par exemple, nous avons créé avec Naval Group et les Chantiers de l’Atlantique un bloc naval unique en France : un module technique de formation, qui a nécessité un million d’euros d’investissement, il sera également adaptable aux besoins en compétences de Naval Group. Il permet de former 48 personnes en temps réel sur 8 métiers de la construction maritime. Cela illustre notre capacité à répondre aux besoins des industriels en faisant du sur-mesure. De la même façon, nous sommes en lien constant avec Airbus pour anticiper leurs besoins à six mois. Par exemple, nous savons qu’Airbus doit intégrer 500 personnes au second semestre de l’année 2025. Nous sommes déjà en ordre de marche pour sourcer, recruter et former, afin que les compétences soient disponibles dès que la chaîne de production s’intensifiera.
Cette écoute est-elle aussi mise en place avec les entreprises de second rang, les sous-traitants ?
Bien sûr. Nous avons mis en place un dialogue constant avec les grands donneurs d’ordre, mais aussi avec tout l’écosystème de sous-traitants qui gravitent autour. C’est ce qui nous permet d’être réactifs et pertinents. Notre rôle, c’est aussi d’éviter que la pénurie de compétences ne vienne freiner cette dynamique industrielle, à tous les niveaux de la chaîne de valeur.
C’est donc un modèle de formation connecté en temps réel aux besoins des entreprises ?
Exactement. Nous avons un outil précieux : l’ORCI, notre Observatoire Régional des Compétences Industrielles, cofinancé avec la Région Pays de la Loire. Il recueille chaque année des données très fines sur les besoins des entreprises industrielles et leur évolution. C’est un outil de prospective opérationnel qui alimente notre feuille de route. Par ailleurs, notre gouvernance, composée d’industriels qui siègent au conseil d’administration, nous permet d’ajuster nos formations en temps réel aux besoins concrets du terrain.
Notre force, c’est l’agilité et le sur-mesure. Nous ne sommes pas figés. Chaque mois, nous sommes capables d’adapter un référentiel, de faire évoluer une formation, d’intégrer un nouveau module technique en fonction des technologies ou des contraintes de production.
Manitou Group, Daher, Safran, Airbus, Naval Group, MFC, Terrena ou encore Groupe Pilote font appel à vos services. Quels sont les savoir-faire que ces entreprises viennent chercher à la Fab' Academy ?
La Fab' Academy est l’école de formation aux métiers de l’industrie, pilotée par l’UIMM (Union des Industries et Métiers de la Métallurgie), présente sur l’ensemble des Pays de la Loire. Nous sommes le bras armé de la formation professionnelle industrielle du territoire. Notre mission repose sur trois piliers : attirer les futurs talents par l’apprentissage, renforcer la compétitivité des entreprises par la formation continue, et être un acteur des politiques publiques de l’emploi.
Notre approche est inclusive et globale : du CAP à l’école d’ingénieur, de l’apprenti au salarié en reconversion. Nous accueillons aussi bien des jeunes que des adultes, des salariés que des demandeurs d’emploi.
Quels sont vos moyens et votre périmètre d’action ?
Notre chiffre d'affaires annuel est d'environ 28 millions d'euros, principalement répartis entre 13 millions d'euros provenant de l'apprentissage (1 500 apprentis), 13 millions d'euros issus pour la formation continue, et 2 millions d'euros pour la formation des demandeurs d'emploi. Nous formons chaque année 10 000 personnes sur six sites principaux à Nantes, Saint-Nazaire, Angers, La Roche-sur-Yon, Le Mans et Laval, plus une antenne à Cholet. Nous investissons massivement : 120 millions d'euros sur six ans pour construire nos campus. Sur ce point, le soutien de la Région Pays de la Loire, quasiment à hauteur de 40 millions d'euros, est déterminant. Mais nous avons aussi eu le soutien des agglomérations où nous sommes implantés, hormis celle de Nantes Métropole, et celui de l'Opco 2i (l'opérateur de compétences interindustriel agréé par l'État français). Evidemment le reste du financement est assumé par nos fonds propres et nos chambres syndicales territoriales UIMM. Le site de Nantes, par exemple, compte 14 000 m2 dont 8 000 d'ateliers et plus de 60 salles de cours.
À quelles filières vos formations s’adressent-elles ?
La moitié de nos activités s’adresse aux entreprises de la métallurgie, notre ADN, mais l’autre moitié concerne l’inter-industrie, c’est-à-dire des secteurs variés comme l’agroalimentaire, la chimie, la plasturgie, le textile ou la cybersécurité industrielle. Le seul secteur agroalimentaire représente à lui seul 30 % de l’ensemble des personnes formées, soit une part très significative de notre activité. Ces secteurs non-métallurgiques comptent ainsi pour 48 % de nos publics formés, preuve que notre mission dépasse largement le strict cadre de la métallurgie.
Vous intervenez également dans les situations de crise, comme les plans sociaux, qui font la Une de l’actualité en ce moment…
Tout à fait. Nous sommes souvent sollicités pour être au cœur des dispositifs de reclassement. Sur Le Mans, par exemple, nous travaillons avec les acteurs de l'automobile en difficulté. L'objectif est de ne pas perdre les compétences : nous formons pour les transférer vers d'autres secteurs en tension, comme l'agroalimentaire ou l'aéronautique. C'est un enjeu économique mais aussi social majeur. Ce travail, nous le faisons en lien avec France Travail, les missions locales, les services de l'État et nos chambres syndicales territoriales. Il s'agit d'accompagner les personnes dans une trajectoire professionnelle nouvelle, parfois en leur faisant découvrir des métiers qu'ils n'auraient jamais imaginé exercer.
Vous insistez aussi beaucoup sur la question de l’attractivité des métiers…
C’est essentiel. L’industrie a longtemps souffert d’une mauvaise image. On disait aux jeunes voilà 30 ans : "si tu es nul à l’école, tu iras à l’usine". C’est fini ! L’industrie, aujourd’hui, c’est propre, moderne, technologique, ce n’est plus Germinal. Un soudeur participe à la construction du futur porte-avions français, ce n’est pas rien, et les salaires de l’industrie sont attractifs ! Nous avons aussi un rôle pédagogique : montrer aux collégiens, lycéens, familles, que l’industrie offre des perspectives d’évolution, de rémunération, d’épanouissement et de fierté. Pour cette raison, notre communication représente un budget d’un million d’euros par an, avec des campagnes ciblées, du sponsoring sportif, une présence numérique forte. Nous voulons être visibles partout, y compris sur LinkedIn, Facebook, mais surtout sur Instagram et TikTok où sont nos jeunes. Le savoir-faire est important, mais le faire savoir l’est tout autant.
Comment la Fab' Academy fonctionne-t-elle au quotidien ?
Nous avons 250 salariés permanents et travaillons avec environ 400 prestataires formateurs experts. Tous nos formateurs viennent de l’industrie. Que ce soit les maths ou l’histoire, ils savent contextualiser les savoirs, les rendre utiles, concrets et leur donner du sens. Les taux de réussite sont là : 95 % aux examens, 88 % d’insertion dans le métier visé un an après. Nous sommes ce que j’appelle une usine-école : un environnement où l’on apprend les gestes du métier dans des conditions réelles, avec les technologies les plus récentes, mais aussi celles d’avant pour comprendre d’où elles viennent.
L’écologie fait-elle partie de vos valeurs ?
Elle est au cœur de notre démarche. Nous sommes le seul centre de formation industrielle labellisé RSE. Nos bâtiments sont solarisés, à 80 % autonomes énergétiquement, sans climatisation. Et nous formons aussi nos élèves à la transition écologique. On forme des professionnels, oui, mais aussi des citoyens. C’est un enjeu de compétitivité et d’engagement, mais aussi un enjeu pour attirer les jeunes talents que nous formons.
Et l’avenir ?
Nous inaugurons le 27 novembre 2025 notre centre du Mans, spécialisé dans l'usinage et la maintenance, avec 23 millions d'euros d'investissement. Il marque l'aboutissement de cette dynamique initiée en 2020, à Nantes, puis à Angers (2022), La Roche-sur-Yon (2023) et Saint-Nazaire (2024). Ce centre répond aux besoins du territoire : filière automobile, agroalimentaire, mécanique de précision. Nous continuerons à développer notre réseau, à adapter nos contenus, à innover pédagogiquement pour former les talents de l'industrie de demain.