Pour le patron du Cnam et du Céreq, «la France a un dispositif réglementaire et financier correct mais les résultats ne sont pas à la hauteur. Les Français utilisent moins que d'autres les possibilités de se former, surtout pour les basses qualifications. La notion de formation tout au long de la vie n'est pas encore totalement intégrée.»
La réalité du diplôme à la Française
Illustration: le Droit individuel à la formation (Dif) n'est pas encore utilisé «au maximum», de même que la validation des acquis de l'expérience (VAE) mise en place en 2002. Même si Christian Forestier note une «montée en puissance régulière de la VAE partielle.» Or, souligne l'Inspecteur général de l'Éducation nationale, «en France, le diplôme, c'est la réalité: l'emploi démarre avec le bac mais le salaire décolle à bac+2, bac+3. Il n'y a pas d'autres pays où le diplôme acquis à 20 ans influe autant sur la carrière, surtout s'il est élevé.» Et c'est là que le bât blesse! Les statistiques en attestent: plus le diplôme initial est élevé, plus le salarié recourt à la formation professionnelle continue. «Un homme jeune hautement diplômé revient plus rapidement en formation qu'une femme de plus de 50ans sans qualification», souligne Christian Forestier.
«Il faut aller chercher les gens dans les TPE»
Cette situation est à l'origine de la mise en place par la loi de 2009 du Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels (FPSPP) destiné à ouvrir la formation aux publics en difficulté mais dont l'impact financier donne lieu à commentaires. Autre facteur discriminant: l'information circule plus facilement dans les grandes entreprises que dans les TPE et PME où le recours aux dispositifs de formation est en retrait par rapport aux premières. «Il faut aller chercher les gens dans les TPE», soutient l'administrateur délégué du Cnam qui rappelle que le Conservatoire dispose de 30antennes dans les régions de métropole et des Dom-Tom et de centres de formation également régionalisés. Et de donner cet exemple: «dans une entreprise artisanale où le mari est plombier et l'épouse se charge de la comptabilité, c'est à elle qu'il faut proposer une formation adaptée pour lui permettre d'être plus efficace.»
Rôle majeur des Régions
Et la crise? A-t-elle un impact sur la demande de formation? «Chaque fois que le marché du travail se tend, la demande de formation augmente», répond Christian Forestier qui ne constate pas pour autant une ruée. Il préfère évoquer une «évolution positive» et salue au passage le rôle des Régions qui se sont «fortement investies dans cette compétence avec des stratégies souvent très comparables. Objectivement, la formation y a gagné!»
Administrateur général du Conservatoire national des arts et métiers et président du conseil d'administration du Centre d'études et de recherches sur les qualifications, Christian Forestier estime que les salariés français n'utilisent pas assez les dispositifs.