La France est la championne discrète de la RSE avec un score global moyen de 60,4 sur 100. La 6e édition du rapport "Performances RSE des entreprises françaises et européennes", réalisé sur la base de 89 000 évaluations d’entreprises françaises entre 2020 et 2024, attribue à la France la 3e place mondiale. Chaque entreprise est notée sur 21 critères, répartis en quatre grands thèmes : environnement, social et droits humains, éthique et achats responsables.
Seuls quatre pays dépassent la barre symbolique des 60 points : la Finlande, la Suède, la Norvège et la France. Mieux encore, plus d’un tiers des entreprises françaises (36 %) atteignent la catégorie "avancée" – au-dessus de 65 points –, soit presque le double de la moyenne mondiale (20 %). "La France est un pays humaniste, et cela se reflète dans la manière dont nos entrepreneurs conçoivent leurs responsabilités", a souligné lors de la présentation Pierre Pelouzet, le Médiateur des entreprises.
Les raisons du succès de la RSE française
Cette bonne position s’explique par plusieurs facteurs. D’abord un cadre réglementaire robuste, de la loi NRE en 2001 à la loi sur le devoir de vigilance en 2017, en passant par la récente directive européenne CSRD.
Ensuite, une véritable "effervescence" autour de la RSE : labels, chartes, programmes publics et accompagnement institutionnel contribuent à tirer les entreprises vers le haut.
Enfin, les valeurs mêmes des dirigeants français – une attention forte au social et aux droits humains – constituent un terreau favorable.
Le Médiateur des entreprises souligne ainsi "la volonté des acteurs économiques additionnée à un corpus législatif".
Un leadership solide, mais perfectible
Dans le détail, les entreprises françaises, poussées par un cadre réglementaire fort et la richesse du droit du travail, obtiennent leurs meilleurs résultats dans le domaine social et droits humains (avec une moyenne de 63,4 sur 100 points), où PME et grands groupes affichent des scores proches (64,6 pour les grandes entreprises, 63,3 pour les ETI et 63,5 pour les PME).
L’environnement est le terrain privilégié des grandes entreprises (67,6), qui investissent massivement pour réduire leur empreinte. Même si PME et ETI ne sont pas en reste sur le sujet avec respectivement 59,9 et 62,9 points.
Sur le volet éthique, les progrès sont notables depuis une décennie, grâce notamment aux obligations de conformité renforcées.
Enfin, les achats responsables, longtemps parent pauvre de la RSE, connaissent une dynamique forte : 59 % des entreprises françaises évaluées disposaient en 2024 d’une politique en la matière, contre seulement 48 % en 2020. La France se hisse ainsi à la troisième place mondiale sur ce critère avec 50,8 points, avec une progression de 2,7 points en deux ans. Entre cartographie des risques, audits sur site des fournisseurs et accompagnement et formation des fournisseurs, les entreprises multiplient les actions sur le sujet.
Des marges de progression
Si la France peut se féliciter de ce podium, tout n’est pas gagné. Deux tiers des entreprises françaises restent en deçà de la catégorie "avancée", signe que les marges de progrès demeurent importantes. Les politiques d’incitations auprès des fournisseurs, par exemple, restent encore trop limitées, alors qu’elles pourraient renforcer l’adhésion à des pratiques responsables tout au long des chaînes de valeur.
Le Médiateur des entreprises en a profité pour inviter les grands donneurs d’ordres à privilégier les PME françaises. "Acheter français, c’est acheter un niveau de RSE de classe mondiale", a-t-il martelé.
Valoriser un leadership méconnu
Au-delà des chiffres, cette étude est l’occasion pour la Médiation des entreprises de montrer que les entreprises les plus avancées en RSE ont fait preuve d’une meilleure résilience face aux chocs, comme cela a notamment été le cas lors de la crise du Covid. Pour le Médiateur, la RSE constitue un levier de compétitivité hors coût et un facteur de différenciation à l’international. Mais encore faut-il faire savoir ces résultats et les transformer en avantage compétitif, comme le font les entreprises allemandes alors qu’elles sont moins performantes que les entreprises françaises, a souligné Pierre Pelouzet. "Je suis toujours un peu triste que dans notre pays, des performances comme celles-ci ne soient pas suffisamment connues", a-t-il regretté.