La création du groupe Podeliha en juin dernier a scellé le rapprochement de deux leaders: Le Val de Loire, première entreprise sociale pour l'habitat (ESH) de la région avec 9.700 logements gérés, et le groupe Castors et sa SCIC les Castors Angevins, premier opérateur de l'accession sociale à la propriété du Maine-et-Loire.
«Concurrence exacerbée»
Deux activités complémentaires qui ont justifié une première alliance en 2008, sous forme de GIE. Celle-ci leur a permis d'étendre leur gamme de produits en accession à la propriété. Une équipe commune commercialisait depuis l'ensemble des programmes. Insuffisant, cependant, pour faire face aux enjeux du marché. «Aujourd'hui nous sommes dans un contexte de concurrence exacerbée avec l'arrivée de grands opérateurs: Immobilière 3F à Angers [Ndlr: le groupe 3F possède 195.000 logements sociaux dans 13 régions] ou le Lillois Vilogia à Nantes, explique Francis Stéphan, directeur général de Val de Loire. Et le paysage est en train de se transformer avec la constitution de groupes nationaux. L'époque des acteurs locaux atomisés est révolue.» Une tendance déclenchée en grande partie par la loi Borloo pour la ville et la rénovation urbaine en 2003, puis les rapports Attali de2008 et2010, qui recommandent le regroupement des organismes. «Les pouvoirs publics veulent réduire le nombre d'interlocuteurs», constate Francis Stéphan. La création du groupe Podeliha doit ainsi permettre de proposer une offre globale à ses clients et de mobiliser plus de moyens en commun au service du développement de l'entreprise. Notamment dans le domaine des équipements structurants tels que les foyers logements, foyers handicapés, gendarmerie, maison-relais... Avec plus de 600 logements devant être produits cette année (422 en locatif plus soixante en accession à la propriété côté Val de Loire, respectivement 40 et 100 pour les Castors), l'objectif est aussi de mettre plus de poids dans la balance.
2011, un tournant stratégique
Dans un contexte de finances publiques fragilisées, Le Val de Loire est également attentif à la volonté de l'État d'allouer des subventions en priorité aux secteurs dits «tendus» en offre de logements. En clair: être présent pour capter ces financements. Un nouveau paramètre dont l'opérateur anticipe l'application à l'échelle de la région, vers l'agglomération nantaise et la zone littorale. Déjà présent dans la communauté de communes des Herbiers en Vendée, avec 70 pavillons en cours de réalisation, Podeliha vise aujourd'hui le marché régional et même plus loin à terme, après 80 ans passés en Anjou. «Aujourd'hui nous avons la pointe du pied en Vendée, demain nous aurons un pied entier dans d'autres départements», annonce Francis Stéphan.
Le prisme des marchés
Lesquels? Tout dépendra des nouvelles alliances conclues en 2011. Son groupe est déjà en discussion avec des opérateurs vendéens et un professionnel nantais, en vue de nouveaux partenariats, voire de l'extension du groupe. L'idée étant, encore une fois, de pouvoir proposer une offre variée (location, accession, vente HLM, copropriété...). Avec la concurrence accrue et les réformes publiques, les bailleurs sociaux ont aussi vu leurs pratiques évoluer avec le développement des collaborations avec les promoteurs classiques (cf. interview ci-contre). Au final, une véritable révolution du métier en l'espace d'une décennie qui pousse Le Val de Loire à regarder «davantage à travers le prisme des marchés». Sans pour autant négliger la mission de service public. D'autant plus importante qu'aujourd'hui, 85% de la demande se porte sur le «très social». Comprendre: les demandeurs vivant en dessous du seuil de pauvreté, dont le nombre a doublé en dix ans. Un vrai défi, puisque seulement 25% des logements actuellement produits entrent dans cette catégorie. Pour pallier l'écart, l'opérateur peut compter sur son offre ancienne existante, mais devra également construire et puiser dans ses ressources, comme l'explique Francis Stéphan: «Pour afficher des loyers très bas, il faut des subventions. Or l'État se désengage et les collectivités sont à bout de souffle. Il nous faut donc des capitaux propres et, pour les dégager, des actionnaires forts ou passer par des regroupements...» Ce qui signifie, là encore, attaquer de nouveaux marchés.
Le Val de Loire
(Angers) Président: René James Dg: Francis Stéphan CA 2009: 42M€ 200 collaborateurs 02.41.68.77.22 @email