« L’entreprise aura 120 ans l’année prochaine. Je veux l’inscrire dans la durée. Pour cela, il faut qu’on atteigne une certaine taille afin d’avoir des cadres, un directeur général… Cette structuration, qui se justifie seulement si le groupe grossit, permettra d’ouvrir tous les champs possibles au moment de la transmission ».
Vincent Nourrisson est à la tête de l’entreprise familiale montbrisonnaise fabriquant des forets pour le perçage (en marque blanche pour les particuliers ou sous sa marque RISS pour les professionnels). Suite au programme "Stratégie PME", il s’est fixé comme objectif d’atteindre les 17 millions d'euros de chiffre d’affaires, avec 120 salariés, sous cinq ans. Il compte actionner deux leviers principaux pour y parvenir: la diversification produits et l’internationalisation.
Croissances externes
Ces derniers mois, Vincent Nourrisson a déjà activé à deux reprises le levier de la diversification. La première fois en tout début d’année, en reprenant à la barre du Tribunal de commerce le fabricant de mandrins LFA dans le Doubs. Un chiffre d’affaires d’1,1 million d'euros est attendu pour 2017. Grâce à cette reprise, le groupe sera en capacité de proposer des coffrets complets avec forets et mandrins. Le groupe Nourrisson (RN : 300.000€) vient d’opérer une seconde croissance externe. Mi-novembre, le Montbrisonnais a ainsi acquis les PME stéphanoises FOS et ABM, toutes deux propriétés de Philippe Cuilleron. À 64 ans, ce dernier souhaitait céder ses deux activités, très imbriquées au niveau opérationnel, au même industriel. À elles deux, ces deux entreprises en très bonne santé ont réalisé cette année un chiffre d’affaires consolidé de l’ordre de 2 millions d'euros, pour un résultat net avoisinant les 10%. FOS fabrique des outils spéciaux et des outils de forme pour l’industrie mécanique. La seconde des écrous de sécurité et de réglage.
« Nous allons nous compléter. Nous allons apporter à FOS et ABM la partie commerciale qui leur manquait. Nous allons pousser l’activité écrous à l’export grâce à nos filiales à l’étranger (Allemagne et États-Unis NDLR). FOS de son côté va nous amener, notamment, sa connaissance de la vente directe au client», explique Vincent Nourrisson. En reprenant ces deux entreprises stéphanoises, le groupe Nourrisson se positionne ainsi sur le marché industriel, aux cycles différents de son marché habituel du BTP.
Reprendre des parts de marché aux Chinois
À côté de sa stratégie de diversification, Nourisson s’est engagée dans un process de réorganisation industrielle avec une montée en puissance de sa plateforme tunisienne créée fin 2014 (18 personnes sur place). « L’idée est de préparer la fin de l’ère du chinois pas cher », sourit le dirigeant qui dispose pourtant d’une antenne sur place depuis 2008.
« De nombreuses productions que nous avions sur Montbrison sont aujourd’hui parties en Chine et nous devons nous contenter de faire du négoce. Ici, nous ne faisons plus que les forets pour les traverses de chemin de fer notamment. Mais on assiste à une forte augmentation des salaires chinois. En quelques années, les coûts de production ont été multipliés par cinq ! Les Chinois coûtent déjà plus chers que des Tunisiens ou des Bulgares. Bientôt, le marché mondial ne demandera plus la même chose aux Chinois ». Dans cette perspective, Vincent Nourrisson entend jouer le service et la proximité, en positionnant sa plateforme tunisienne. La production de mandrins de LFA a d’ores et déjà été basculée en Tunisie depuis un mois (investissement/déménagement : 500.000€). D’autres productions, ramenées de Chine, pourraient suivre rapidement. « Le paradoxe, c’est que notre filiale chinoise pourra proposer des produits, à bons prix, fabriqués en Tunisie, aux acheteurs des grands donneurs d’ordre du secteur, tous basés en Chine ».